|
BIOGRAPHIE DE
VESPASIEN
Vespasianus Titus Flavius
Vespasien (9-79)
Empereur romain a qui l'on doit les vespasiennes, grands vases en terre cuite,
hauts comme une amphore, semblables à un tonneau coupé qu'il établit comme urinoirs
à Rome et pour lesquelles il leva une taxe, nommée Chrysagyre. Critiqué
à propos de cette taxe, il répondit : « pecunia non olet », l'argent
n'a pas d'odeur.
On demandait à Vespasien mourant
ce qu'il ressentait : « Je sens, dit-il, que je deviens Dieu. »,
Suétone (Caius Suetonius Tranquillus, 69-125).
Vespasienne
Chaise percée couverte qu'on promenait vers 1840 dans les rues de Paris.
« La Vespasienne
Parisienne
À l'observateur arrêté
Offre asile et commodité. »
Festeau.
Public latrines, public toilets Latrines publiques
Elles manquent à la ville. On est fort, embarrassé dans ces rues populeuses,
quand le besoin vous presse ; il faut aller chercher un privé au hasard dans une
maison inconnue. Vous tâtez aux portes et avez l'air d'un filou, quoique vous
ne cherchiez point à prendre.
Autrefois le jardin des Tuileries, le palais de nos rois, était un rendez-vous
général. Tous les chieurs se rangeaient sous une haie d'ifs, et là ils soulageoient
leurs besoins. Il y a des gens qui mettent de la volupté (*) à faire cette sécrétion
en plein air : les terrasses des Tuileries étoient inabordables par l'infection
qui s'en exhaloit. M. le comte d'Angivillers en faisant arracher ces ifs, a dépaïsé
les chieurs qui venoient de loin tout exprès. On a établi des latrines publiques,
où chaque particulier satisfait son besoin pour la pièce de deux sols ; mais si
vous vous trouvez au faux-bourg St Germain, et que vos viscères soient
relâchés, aurez-vous le temps d'aller trouver l'entrepreneur ? L'un se
précipite dans une allée sombre, et se sauve ensuite ; l'autre est obligé, au
coin d'une borne, d'offenser la pudeur publique ; tel autre se sert d'un fiacre
ou d'une vinaigrette ; il transforme le siège de la voiture en siège
d'aisance : ceux qui se sentent encore des jambes, courent à demi-courbés au bord
de la riviere.
(*) Louis Sébastien Mercier, parisien de naissance, célèbre par
son Tableau de Paris, avait peut-être en mémoire ces vers
de M. de La Fontaine :
Volupté ! Volupté qui fus jadis maîtresse
Du plus bel esprit de la Grèce,
Ne me dédaigne pas ; viens-t'en loger chez moi ;
Tu n'y seras pas sans emploi...
Aujourd'hui les quais qui forment une promenade et qui sont un embellissement
de la ville, révoltent également l'oeil et l'odorat ; il n'appartient peut-être
qu'à un médecin de se promener de ces côtés là : ce seroit pour lui un véritable
thermomètre des maladies régnantes ; il sauroit dans quelle saison de l'année
les estomacs manquent de ton ; et la mal-propreté publique tourneroit du moins
au profit du génie observateur.
Mais les médecins sont devenus orgueilleux ; ils ne regardent plus à la chaise
percée ; ils se moquent même des inspecteurs d'urine. Ils dédaignent avec hauteur
une science nouvelle, longuement écrite et grandement caractérisée sur les quais
de la capitale. C'est là où se réfléchit sans voile l'état de tous les ventres
actifs et passifs ; et les médecins vont feuilleter les livres poudreux des bibliothèques,
tandis qu'il ont sous les yeux la vraie démonstration des épidémies, occasionées
par la nature des alimens, ou par l'inclémence de l'air.
Et d'où vient ce dédain ? Autrefois ils étoient obligés de voir. On leur demandoit
plus encore. Voici les propres mots d'un règlement fait par Henri II : « Sur
les plaintes (dit le roi) des héritiers des personnes décédées par la faute
des médecins, il en sera informé et rendu justice comme de tout autre homicide,
et feront les médecins-mercenaires tenus de goûter les excrémens de leurs patiens,
et de leur impartir toute autre sollicitude ; autrement seront réputés avoir été
cause de leur mort et décès. »
Nous ne renvoyons pas les médecins au règlement de Henri II ; nous disons
seulement qu'ils pourroient faire dans la capitale les observations les plus détaillées,
les plus amples, les plus suivies, juger des formes et des similitudes, étudier
enfin ces physionomies mortes, mais qui parlent encore. Si l'on établit quelque
jour des latrines publiques, ils regretteront peut-être alors la science
expérimentale décédée, qui s'offroit pour les instruire ; l'on marque dans le
Journal de Paris la hauteur de la rivière, l'état du ciel, le vent, le
degré du baromètre, pourquoi à ces observations météorologiques ne joindroit-on
pas l'état des quais ?
Les endroits où l'on a mis pour inscription, défense, sous peine
de punition corporelle, de faire ici ses ordures, sont justement ceux où se
rendent les affairés. L'inscription, au lieu de les écarter, semble les inviter.
Il ne faut qu'un exemple isolé pour amener trente compagnons.
Tel est le résultat d'une immense population. Toute séance à table en exige
une à la garde-robe ; et puisqu'il y a des auberges publiques, pourquoi n'y a-t-il
pas aussi des latrines ?
Les personnes les plus propres et les plus délicates, dont l'imagination est
toujours fleurie, ne vivant point avec ces hommes impolis, qui satisfont grossièrement
les besoins de la nature, les repoussant même loin d'elles et de leur société,
sont obligées néanmoins de communiquer par la vue avec ce qu'ils déposent en plein
air. Les excrémens du peuple avec leurs diverses configurations, sont incessamment
sous les yeux des duchesses, des marquises et des princesses. O quelle moralité
n'y auroit-il pas à fair là-dessus ! Mais, quel dommage ! on ne lit plus
Rabelais.
Les femmes sur ce point sont plus patientes que les hommes ; elles savent si
bien prendre leurs mesures, que la plus dévergondée ne donne jamais le spectacle
qu'offre en pleine rue l'homme réputé chaste. Les observations desirées des médecins,
si un jour elles avoient lieu, ne pourroient déterminer, d'après la notoriété
publique dont nous parlons, que les tempéramens masculins ; il faudroit recourir
ailleurs pour constater celui des femmes.
Louis Sébastien Mercier (1740-1814), Tableau de Paris (1781-1790).
|