D.R. BELAIR - RTMKB

J - K

       

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DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

VI ème ÉDITION

1835

 .

 

J .s.m.
• Lettre consonne, la dixième de l'alphabet, qu'on nomme Ji, suivant l'appellation ancienne et usuelle, et Je, suivant la méthode moderne. On a long-temps appelé cette lettre I consonne, parce que sa forme était anciennement la même que celle de l'I, auquel on donnait, par opposition, le nom d'I voyelle. Un grand J. Un petit j. Le J ne se redouble jamais. On met un point sur le j, excepté quand il est majuscule: Junon, Janus.

. adverbe
• qu'on employait pour Déjà. Il est vieux.

JABLE .s.m.
• .Tonnellerie. Rainure qu'on fait aux douves des tonneaux, pour arrêter les pièces du fond.

JABLER . v. a.
• .Tonnellerie. Faire le jable des douves.
• JABLÉ, ÉE. participe

JABOT .s.m.
• Espèce de poche que les oiseaux ont sous la gorge, et dans laquelle la nourriture qu'ils prennent est d'abord reçue, et séjourne quelque temps avant de passer dans l'estomac. Gros jabot. Cet oiseau a bien mangé, il a le jabot plein. Il n'a rien dans le jabot.
• Fig. et pop., Remplir son jabot, se remplir le jabot, Manger beaucoup, faire un bon repas.
• JABOT, se dit aussi de La mousseline, de la dentelle, etc., qu'on attache par ornement à l'ouverture d'une chemise, au devant de l'estomac. Un jabot de dentelle. Un jabot de point d'Angleterre. Un jabot plissé. Il porte un jabot. Chemise à jabot.
• Fam., Faire jabot, Tirer en dehors le jabot de sa chemise pour en faire parade. Il signifie, au figuré, Se rengorger, se donner des airs avantageux.

JABOTER . v. n.
• Caqueter, parler sans cesse, dire des bagatelles. Elle ne fait que jaboter tout le long du jour. Entendez-vous comme elles jabotent. Il est très-familier.

JACASSER . v. n.
• Crier. Il ne se dit que De la pie. Cette pie ne fait que jacasser.

JACÉE . s. f.
• .Bot. Genre de plantes de la famille des Composées, dont quelques espèces sont cultivées dans les jardins, à cause de la beauté de leur fleur.

JACENT
, ENTE. adj.
• .Palais. Se dit Des biens qui n'ont point de propriétaire connu, d'une succession dont l'héritier n'apparaît point. Biens jacents. Succession jacente.

JACHÈRE . s. f.
• T. d'Agricult. État d'une terre labourable qu'on laisse reposer. Dans ce pays, une terre est ordinairement en jachère de trois années l'une. Laisser une terre en jachère. On ne met jamais ces terres en jachère.
• Se dit aussi de La terre même quand elle repose. C'est une jachère. Labourer des jachères.

JACHÉRER . v. a.
• T. d'Agricult. Labourer des jachères, donner le premier labour à une terre qu'on a laissée reposer.
• JACHÉRÉ, ÉE. participe

JACINTHE . s. f.
• .Bot. Genre de plantes liliacées, dont plusieurs espèces sont cultivées dans les jardins, à cause de l'élégance et de l'odeur suave de leurs fleurs. Jacinthe double. On dit aussi, Hyacinthe.

JACOBÉE . s. f.
• .Bot. Plante à fleurs radiées, espèce de seneçon qu'on nomme aussi Herbe de Saint-Jacques.

JACOBIN
, INE s.
• Nom qu'on donnait autrefois, en France, aux religieux et religieuses qui suivent la règle de Saint-Dominique. Le couvent des jacobins. Il n'était que du langage familier; dans le style grave, on disait, Dominicains, et Filles de Saint-Dominique.

JACONAS .s.m.
• Espèce de mousseline. Une pièce de jaconas. Acheter du jaconas. Un jabot de jaconas.

JACTANCE . s. f.
• Ce mot vient du verbe Jacter, qui n'est plus en usage. Vanterie. Il a bien de la jactance. Il disait cela par jactance. Des discours pleins de jactance.

JACULATOIRE . adj. des deux genres
• Il ne s'emploie que dans cette locution, Oraison jaculatoire, Prière courte et fervente.

JADE .s.m.
• Pierre d'une couleur verdâtre ou olivâtre, fort dure. Un vase de jade. De beau jade. Une pierre de jade.

JADIS . adv.
• Autrefois, au temps passé, il y a longtemps. On pensait jadis tout autrement. Ce palais fut jadis la demeure de tel prince.
• S'emploie quelquefois adjectivement avec le mot temps. Les bonnes gens du temps jadis. Cela était bon au temps jadis. Cet emploi est familier.

JAGUAR .s.m.
• T. d'Hist. nat. Quadrupède du genre des Chats, dont la peau est mouchetée comme celle des léopards et des panthères.

JAÏET .s.m.
• Voyez JAIS.

JAILLIR . v. n.
• Saillir, sortir impétueusement. Se dit surtout De l'eau, ou de quelque autre chose de fluide. L'eau qui jaillit de sa source. Moïse fit jaillir une fontaine du rocher. Quand on lui ouvrit la veine, le sang jaillit avec force. Ce cheval a fait jaillir de la boue en galopant. Une vive lumière jaillit tout à coup à nos yeux.
• S'emploie aussi figurément. La lumière jaillit du choc des opinions. Les traits brillants qui jaillissent de la veine, de l'imagination de ce poëte.

JAILLISSANT
, ANTE. adj.
• Qui jaillit. Il a dans son jardin des eaux jaillissantes. Fontaine jaillissante.

JAILLISSEMENT .s.m.
• Action de jaillir. Le jaillissement des eaux. Le jaillissement du sang.

JAIS .s.m.
• Substance bitumineuse, solide, et d'un noir luisant, qu'on taille pour en faire divers petits ouvrages, comme des colliers, des bracelets, des boutons de deuil, etc. Collier de jais. Bouton de jais. Broderie de jais. Cela est noir comme jais, comme du jais. Huile de jais.
• Se dit aussi de Certain verre qu'on teint de différentes couleurs, et dont on fait divers ouvrages. Du jais blanc. Du jais bleu. Le jais fait de verre est creux en dedans.

JALAGE .s.m.
• Nom d'un droit seigneurial qui se levait sur le vin vendu en détail.

JALAP .s.m.
• (On prononce le P.) Plante dont la fleur ressemble à celle du liseron, et dont la racine, qu'on appelle également Jalap, est un purgatif violent. Racine, résine de jalap. Prendre du jalap. On nomme aussi cette plante Belle-de-nuit.

JALE . s. f.
• Espèce de grande jatte ou de baquet.

JALET .s.m.
• Petit caillou rond. Il est vieux, et ne s'emploie plus que dans cette locution, Arbalète à jalet, ou Arc à jalet, Arbalète avec laquelle on lance des cailloux, de petites boules de terre cuite, ou même des balles.

JALON .s.m.
• Perche ou grand bâton qu'on plante en terre pour prendre des alignements. Couper des branches d'arbres pour faire des jalons. Planter des jalons de distance en distance. Marquer les palissades d'une allée, l'alignement d'un mur avec des jalons.
• S'emploie dans certaines phrases figurées, surtout en parlant Des idées préliminaires ou principales qui servent à diriger dans une étude, dans un travail, etc. Ces grandes époques sont comme des jalons, sont des jalons, à l'aide desquels on se dirige dans l'étude des siècles passés.

JALONNER . v. n.
• Planter des jalons de distance en distance. On le fait aussi actif. Jalonner une allée pour la dresser.
• Dans la Théorie militaire, Jalonner une ligne, une direction, ou simplement, Jalonner, Placer des jalonneurs, ou se placer en jalonneur, pour déterminer une direction, un alignement.
• JALONNER, s'emploie quelquefois figurément. Ces savants jalonnèrent la route pour ceux qui viendraient après eux.
• JALONNÉ, ÉE. participe

JALONNEUR .s.m.
• .Théorie militaire. Homme qu'on place, ou qui se place, en guise de jalon, pour déterminer d'avance une direction, un alignement. Établir, placer des jalonneurs. Le premier, le second jalonneur.

JALOUSER . v. a.
• Avoir de la jalousie contre quelqu'un. Jalouser ses concurrents.
• S'emploie avec le pronom personnel, comme verbe réciproque. On ne voit que trop souvent les gens de même métier se jalouser entre eux.
• JALOUSÉ, ÉE. participe

JALOUSIE . s. f.
• Chagrin, dépit qu'on a de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède, comme la richesse, les succès, la gloire, les talents, etc. Grande, violente, furieuse jalousie. Prendre, concevoir de la jalousie. La jalousie le tourmente. Vos succès lui inspirent un peu de jalousie. Les victoires de Miltiade excitaient la jalousie de Thémistocle. Il en a quelque jalousie. Il a fait cela par jalousie. Je suis l'objet de sa jalousie. Une basse jalousie. Une secrète jalousie. Il y a une ancienne jalousie entre ces deux maisons, entre ces deux nations. Il y a souvent de la jalousie entre les gens de même métier. Jalousie de métier. On le dit quelquefois Des animaux. Ce chien témoigne beaucoup de jalousie lorsqu'il en voit caresser un autre.
• S'emploie particulièrement en parlant De l'amour, et se dit surtout de La crainte que la personne aimée n'éprouve un sentiment de préférence pour quelque autre, ne soit infidèle. Sa femme, sa maîtresse lui donne beaucoup de jalousie. La jalousie de sa femme le tourmente beaucoup. Être possédé du démon de la jalousie. Les tourments de la jalousie.
• Se dit, quelquefois, de La crainte, de l'inquiétude, de l'ombrage qu'un prince, qu'un État donne à d'autres par sa puissance, par ses forces. Les troupes que levait ce prince donnaient de la jalousie à tous ses voisins.
• JALOUSIE, se dit en outre d'Un treillis de bois ou de fer au travers duquel on voit sans être vu. On le dit surtout d'Une espèce de contrevent formé de planchettes minces assemblées parallèlement, de manière qu'on peut les remonter et les baisser à volonté au moyen d'un cordon, et qui servent à se garantir de l'action trop vive du soleil ou de la lumière. Regarder par une jalousie, au travers d'une jalousie. Les cordons d'une jalousie. Baisser, lever la jalousie. Mettre, poser une jalousie à une fenêtre. Peindre des jalousies.
• En termes de Fleuriste, Fleur de jalousie, ou simplement, Jalousie, Fleur que l'on cultive dans les jardins, et que les botanistes nomment Amarante tricolore.

JALOUX
, OUSE. adj.
• Qui a de la jalousie, envieux. Être jaloux de son concurrent. Il est jaloux de votre gloire, de votre puissance. Cet enfant est jaloux des caresses que l'on fait aux autres. Coeur jaloux. Âme jalouse. Regarder d'un oeil jaloux, avec des yeux jaloux, la prospérité d'autrui. Une jalouse haine. On l'emploie aussi, dans ce sens, comme substantif. Votre sort fait bien des jaloux.
• Se dit particulièrement en parlant De la jalousie que cause l'amour. Cet homme est jaloux de sa femme, est jaloux. Elle est jalouse de son mari. Il est jaloux de tous ceux qui parlent à sa maîtresse. Un amant, un mari jaloux. Une femme jalouse. Il est fort jaloux, extrêmement jaloux. Il est jaloux de son ombre. Transports jaloux. Soupçons jaloux; etc. On l'emploie également, dans ce sens, comme substantif. C'est un jaloux, une jalouse. Un vieux jaloux.
• Prov., Il ne dort non plus qu'un jaloux, Il ne saurait dormir.
• JALOUX, se dit quelquefois, figurément et poétiquement, De ce qui fait obstacle aux désirs. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux.
• Il signifie encore, Qui tient beaucoup, qui est fort attaché à quelque chose. Être jaloux de sa réputation, jaloux de son honneur, de ses droits, de ses prérogatives, de son autorité.
• Il signifie également, Qui a à coeur, qui est très-désireux de. Je suis jaloux d'acquérir, de conserver votre estime. Je suis jaloux de vous prouver le désir que j'ai de vous servir. Il est jaloux de lui plaire.
• Dans l'Écriture sainte, Dieu s'appelle Le Dieu jaloux, Pour faire entendre aux hommes qu'il doit être seul adoré.
• JALOUX, se dit, en termes de Marine, mais seulement dans la Méditerranée, D'un petit bâtiment, d'une barque, etc., qui incline facilement, qui roule et se tourmente beaucoup. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiment plus jaloux.
• Se dit également Des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.

JAMAIS . adv. de temps
• En aucun temps. On n'a jamais rien vu de pareil. Je n'en ai jamais entendu parler. Ne me parlez jamais de ces choses-là. On sous-entend quelquefois la négation et le verbe. Son style est toujours ingénieux, jamais recherché. Avez-vous été à Rome? Jamais. Elle m'est plus chère que jamais.
• Se dit aussi quelquefois sans être négatif, comme dans ces phrases: C'est ce qu'on peut jamais dire de plus fort, de mieux. Si vous venez jamais me voir, je vous montrerai telle chose. La puissance des Normands était une puissance exterminatrice, s'il en fut jamais.
• À jamais, Toujours: c'est dans ce sens qu'on dit, Dieu soit béni à jamais.
• Pour jamais, Pour toujours. Adieu pour jamais.
•JAMAIS, s'emploie quelquefois substantivement, et signifie, Un temps sans fin. À tout jamais. Au grand jamais je n'irai là. Jamais, au grand jamais je ne ferai cela. Ce sens est familier.

JAMBAGE .s.m.
• Chaîne de pierre de taille ou de maçonnerie, qui soutient l'édifice, et sur laquelle on pose les grosses poutres. Une poutre posée sur un jambage de pierre dure, de brique.
• Jambage de cheminée, Assises de pierres qui soutiennent le manteau d'une cheminée. On dit de même, Le jambage d'une porte.
• JAMBAGE, parmi les Maîtres d'écriture, se dit Des lignes droites de l'm, de l'n, et de l'u. Les jambages de ces lettres sont mal formés, sont mal liés. Faire des jambages trop maigres.

JAMBE . s. f.
• Cette partie du corps humain qui s'étend depuis le genou jusqu'au pied. La jambe d'un homme, d'une femme. Avoir les jambes grosses, menues, courtes, tortues, cagneuses. Avoir la jambe leste. Être haut des jambes. Être haut sur jambes. De belles jambes. Avoir une belle jambe. Avoir la jambe bien faite, la jambe fine. Le gras de la jambe. Avoir la jambe rompue, cassée, brisée. Avoir les jambes enflées. Avoir des inquiétudes dans les jambes. C'est à peine s'il peut se tenir sur ses jambes, tant il est faible. Une femme qui va à cheval jambe deçà, jambe delà. Avoir un bon cheval entre les jambes. En termes de Manége: La science du cavalier consiste dans l'accord de la main et des jambes. Se servir de la jambe de dedans. Soutenir la jambe de dehors. Ce cheval sent très-bien les jambes, Il est sensible aux aides de ces parties.
• Se dit également de La partie du corps de certains animaux qui répond à la jambe dans l'homme. Les jambes d'un cheval, d'un boeuf, d'un chien. Les jambes d'une autruche. Les jambes de devant, les jambes de derrière d'un cheval, d'un chien, etc. Un cheval qui a les jambes bien saines. Ce cheval a les jambes arquées, enflées, foulées, ruinées, usées. Ce chien va à trois jambes. On l'emploie aussi très-souvent, dans ce sens, en termes de Manége. Retenir la jambe de dedans du cheval, ou celle du dehors, la gauche ou la droite, celle du montoir ou du hors montoir, en mettant la rêne à soi. La jambe de devant du côté du montoir. Changer la direction de telle ou telle jambe de l'animal par l'action oblique et croisée de l'une ou de l'autre rêne. Saisir avec précision le temps des jambes du cheval.
• Jambe de cerf, La partie du pied d'un cerf comprise entre le talon et les ergots qu'on appelle Les os.
• Jambe de bois, Morceau de bois taillé pour tenir lieu de jambe. Porter, avoir une jambe de bois. Se dit quelquefois, par extension, de Celui qui porte une jambe de bois. C'est un vieux invalide, une jambe de bois.
• Fam., Avoir de bonnes jambes, les jambes bonnes, Être en état de bien marcher, de marcher longtemps. Figurément, N'avoir plus de jambes, N'avoir plus la force de marcher.
• Aller, courir à toutes jambes, Aller, courir fort vite, soit à pied, soit à cheval. Je trouvai un homme à pied qui courait à toutes jambes. Ce cavalier allait à toutes jambes.
• Par menace et par exagération, Je lui romprai bras et jambes, Je le maltraiterai, je le rouerai de coups.
• Fig. et fam., Couper bras et jambes à quelqu'un, Lui retrancher beaucoup de ses prétentions, de ce qu'il regarde comme ses droits. Cet arrêt nous a coupé bras et jambes. Il signifie plus ordinairement, Ôter à quelqu'un le moyen d'agir, d'arriver à ses fins, de réussir. La perte de son protecteur lui a coupé bras et jambes. Ce malheur, ce contre-temps lui a coupé bras et jambes. Il signifie encore, Frapper d'étonnement, de stupeur. Cette nouvelle me coupa bras et jambes.
• Fig. et pop., Prendre ses jambes à son cou, Partir sur l'heure, s'enfuir. On dit quelquefois, dans le même sens, Jouer des jambes.
• Fig. et fam., Avoir ses jambes de quinze ans, se dit D'une personne âgée qui est encore ferme sur ses jambes.
• Fam., Renouveler de jambes, Recommencer à marcher avec de nouvelles forces; et, figurément, Reprendre une nouvelle ardeur dans l'affaire, dans l'entreprise dont on s'occupe.
• Prov., fig. et pop., Faire jambes de vin, Boire deux ou trois coups, pour être en état de marcher plus délibérément.
• Prov. et fig., Cela ne lui rend pas la jambe mieux faite, ou par ironie, Cela lui fait une belle jambe, se dit De ce qui n'apporte aucun avantage à quelqu'un, de ce dont il ne retire que peu ou point d'utilité. Vous n'en aurez pas la jambe mieux faite, pour l'avoir empêché d'obtenir cet emploi. En aurai-je la jambe mieux faite?
• Prov. et fig., Jeter un chat aux jambes à quelqu'un, Rejeter la faute sur lui, ou Lui susciter malignement un embarras.
• Prov. et fig., Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe, Déranger avec facilité les projets de quelqu'un, et, par supériorité d'esprit ou de conduite, l'amener aux vues que l'on a soi-même. N'ayez rien à démêler avec lui, il vous jouerait par-dessous la jambe. Il les a tous joués par-dessous jambe.
• Prov. et pop., Il a la jambe tout d'une venue comme la jambe d'un chien; ou simplement, Il a la jambe tout d'une venue, se dit D'un homme qui n'a pas le gras des jambes marqué.
• JAMBE, se dit, par analogie, Des deux branches d'un compas, des deux règles mobiles d'un compas de proportion, etc.
• Jambes de force, se dit de Deux grosses pièces de bois qui, étant posées sur les extrémités de la poutre du dernier étage d'un bâtiment, vont se joindre dans le poinçon pour former le comble. Ces jambes de force sont trop faibles, sont trop grosses. Remettre une jambe de force à la place d'une autre qui est cassée, qui est pourrie.
• Jambe sous poutre, La chaîne de pierre de taille mise dans un mur pour porter la poutre. La jambe sous poutre a manqué, il faut la rétablir.

JAMBÉ
, ÉE. adj.
• Qui a la jambe bien faite. Il ne s'emploie guère qu'avec l'adverbe bien. C'est un jeune homme bien jambé. Il est très-familier.

JAMBETTE . s. f.
• Petit couteau de poche dont la lame se replie dans le manche. Porter une jambette dans sa poche.

JAMBIER
, IÈRE. adj.
• T. d'Anat. Qui appartient ou qui a rapport à la jambe. Aponévrose jambière. Les trois muscles jambiers.
• Se dit, substantivement, Des muscles jambiers. Le jambier antérieur. Le jambier postérieur.

JAMBON .s.m.
• La cuisse ou l'épaule d'un cochon ou d'un sanglier, qui a été salée. Jambon de sanglier. Jambon de cochon. Jambon fumé. Jambon bien salé. Gros jambon. Jambon de devant. Jambon de derrière. Jambon de Mayence, de Bayonne. Jambon de Portugal ou de Lamego. Une tranche de jambon. Pâté de jambon. Jambon à la broche.

JAMBONNEAU .s.m. diminutif.
• Petit jambon. Manger du jambonneau.

JAN .s.m.
• T. du Jeu de trictrac, qui désigne Les deux tables de jeu: celle dans laquelle on range la pile des dames en commençant la partie, est le Petit jan; l'autre est le Grand jan.
• Faire son petit jan, faire son grand jan, Remplir toutes les cases dans l'une de ces deux parties.
• Jan de retour, se dit Lorsque, après avoir passé toutes ses dames dans le jeu de l'adversaire, on revient dans son propre jeu. Faire son jan de retour. En être au jan de retour.

JANISSAIRE .s.m.
• Soldat de l'infanterie turque, qui servait à la garde du Grand Seigneur. Les janissaires firent bien leur devoir dans cette bataille. Le corps des janissaires a été détruit par le sultan Mahmoud, en 1826.

JANSÉNISME .s.m.
• Doctrine de Jansénius sur la grâce et la prédestination. La morale austère du jansénisme.

JANSÉNISTE . adj. et s. des deux genres
• Partisan du jansénisme. Il était janséniste. C'était un zélé, une zélée janséniste. La querelle des molinistes et des jansénistes. On dit aussi, Les principes jansénistes, la morale janséniste, etc.

JANTE . s. f.
• Pièce de bois courbée qui fait une partie du cercle de la roue d'un carrosse, d'un chariot, d'une charrette, etc. Il y a une jante rompue. Il faut remettre une jante. Les jantes de la roue.

JANVIER .s.m.
• Le premier mois de l'année, suivant l'usage actuel. Ce fut Charles IX qui, par l'ordonnance de Roussillon du mois de janvier 1563, établit que l'année, au lieu de commencer à Pâques, commencerait le premier janvier, au premier janvier. Au mois de janvier. Cela eut lieu en janvier.

JAPON .s.m.
• Nom que l'on donne à la porcelaine apportée du Japon. Ces tasses et cette théière sont d'ancien japon.

JAPPEMENT .s.m.
• Action de japper. Il ne se dit que Des petits chiens.

JAPPER . v. n.
• Aboyer. Se dit plus ordinairement Du cri des petits chiens. Ce chien ne fait que japper.

JAQUE . s. f.
• Vieux mot qui signifiait, Un habillement court et serré. Il n'est plus usité que dans la locution suivante: Jaque de mailles, Armure faite de mailles ou annelets de fer qui couvrent le corps depuis le cou jusqu'aux cuisses. Il avait, il portait une jaque de mailles.

JAQUEMART .s.m.
• Figure de fer, de plomb ou de fonte, qui représente un homme armé, et qu'on met quelquefois sur le haut d'une tour pour frapper les heures avec un marteau sur la cloche de l'horloge. Le jaquemart qui est sur le clocher de telle église.
• Prov. et par dérision, Être armé comme un jaquemart, se dit D'un homme armé de cuirasse, et embarrassé de ses armes.

JAQUETTE . s. f.
• Sorte d'habillement qui descend jusqu'aux genoux ou plus bas, et qui était anciennement à l'usage des paysans et des hommes du peuple. Une grande jaquette. Jaquette à pointe. Jaquette grise.
• Se dit encore de La robe que portent les petits garçons avant qu'on leur donne la culotte. Il était à la jaquette. Il portait encore la jaquette. Enfant à la jaquette.
• Pop., Trousser la jaquette à un enfant, Le fouetter.

JAQUIER .s.m.
• .Bot. Genre de plantes monoïques, dont l'espèce la plus connue est l'Arbre à pain, ainsi nommé parce que son fruit contient une pulpe blanche et farineuse qui a le goût de la mie de pain frais: cet arbre croît naturellement dans les îles de la mer du Sud, dans les Moluques, etc.

JARDIN .s.m.
• Lieu découvert, ordinairement fermé de murailles, de fossés, de haies, et joignant les maisons, dans lequel on cultive des légumes, des fleurs, des arbres, etc. Grand jardin. Beau jardin. Jardin potager. Jardin fruitier. Le jardin des Tuileries. Jardin des plantes, des simples, ou Jardin botanique. Jardin d'agrément. Jardin français, ou Jardin régulier. Jardin anglais, ou Jardin agreste, pittoresque. Les allées d'un jardin. Les fruits d'un jardin. Faire un jardin. Travailler à un jardin. Se promener dans un jardin.
• Prov. et fam., Faire d'une chose comme des choux de son jardin, En disposer comme si on en était le maître, le possesseur. Il semble que cela soit à vous, vous en faites comme des choux de votre jardin.
• Prov. et fig., Jeter une pierre, des pierres dans le jardin de quelqu'un, Mêler dans un discours des paroles qui attaquent quelqu'un indirectement. Ne Voyez-vous pas qu'en disant telle chose, il jetait des pierres dans votre jardin? Ce mot est une pierre jetée dans mon jardin.
• JARDIN, se dit quelquefois, figurément, d'Un pays fertile et dont la culture est très-variée. La Touraine est le jardin de la France.

JARDINAGE .s.m.
• L'art de cultiver les jardins, ou Le travail que l'on fait aux jardins. Il entend bien le jardinage. Les produits du jardinage.
• S'emploie aussi comme nom collectif, et se dit Des parties d'un terrain qui sont cultivées en jardins. Il n'y a dans cette ville que les deux tiers de maisons, le reste est en jardinage.
• Se dit quelquefois Des plantes potagères que le jardin produit. Mener une voiture de jardinage au marché.

JARDINER . v. n.
• Travailler au jardin. Il ne se dit guère que D'une personne pour laquelle ce genre de travail est un amusement, un passe-temps. Il s'occupe à jardiner. Il s'amuse à jardiner. Il se plaît à jardiner. Il est familier.

JARDINET .s.m. diminutif.
• Petit jardin. Il n'y a qu'un jardinet. Petit jardinet.

JARDINEUSE . adj. f.
• .Joaillerie. Se dit Des émeraudes qui ont quelque chose de sombre et de peu net. Une émeraude jardineuse.

JARDINIER
, IÈRE s.
• Celui, celle dont le métier est de travailler aux jardins, ou qui cultive un jardin pour en vendre les produits. Bon jardinier. C'est votre jardinier, votre jardinière. Jardinier-fleuriste. Vous trouverez de ces fruits, de ces fleurs, de ces arbustes chez tel jardinier.
• Se dit aussi de Celui qui entend bien l'ordonnance, la culture, l'embellissement des jardins, et qui en donne les dessins. Cet homme est un très-habile jardinier, un excellent jardinier. Ce sens est maintenant peu usité.
• JARDINIÈRE, féminin, se dit aussi d'Un meuble d'ornement qui supporte une caisse dans laquelle on cultive des fleurs. Une jardinière d'acajou. Cette jardinière est fort élégante.
• JARDINIÈRE, en termes de Cuisine, Mets composé de diverses sortes de légumes, principalement de navets et de carottes. Servir une jardinière pour entremets.
• JARDINIÈRE, en termes de Couture, Petite broderie de fil, étroite et légère, faite au bord d'une manchette de chemise, ou de quelque autre vêtement semblable.

JARDONS .s.m. pl.
• T. d'Art vétérinaire. Tumeurs calleuses qui viennent aux jambes d'un cheval, et qui sont placées en dehors du jarret, au lieu que l'éparvin est en dedans.

JARGON .s.m.
• Langage corrompu. Cet homme parle si mal français, que je n'entends point son jargon.
• Se dit aussi, abusivement et par mépris, Des langues étrangères qu'on n'entend pas. Je ne sais quelle langue parlent ces gens-là, je n'entends pas leur jargon.
• Il signifie encore, Le langage particulier que certaines gens adoptent. Les bohémiens, les gueux, les filous ont leur jargon particulier que personne n'entend. Le jargon des précieuses. Le jargon des petits-maîtres.
• Ce mot est familier dans toutes ses acceptions.

JARGON .s.m.
• .Joaillerie. Espèce de diamant jaune.

JARGONNER . v. n.
• Parler un langage barbare, corrompu, non intelligible. Ils jargonnaient ensemble.
• Il est quelquefois actif. Qu'est-ce qu'ils jargonnent? Ils jargonnaient je ne sais quoi. Il est familier dans les deux sens.
• JARGONNÉ, ÉE. participe

JARRE . s. f.
• Grand vaisseau de terre vernissé dans lequel on met de l'eau, pour la conserver, particulièrement sur les navires. Mettre de l'eau dans des jarres. Les jarres se fabriquent en Provence.
• Se dit également Des fontaines de terre cuite dont on se sert dans les maisons.

JARRET .s.m.
• La partie du corps humain qui est derrière le genou, et qui lui est opposée. Il a le jarret souple. Plier le jarret. Roidir, tendre le jarret.
• Se dit aussi de L'endroit où se plie la jambe de derrière des animaux à quatre pieds. Les jarrets d'un cheval ne sont beaux qu'autant qu'ils sont proportionnés, larges, souples, secs et nerveux. Couper les jarrets aux chevaux. Mettre un jarret de veau dans le pot.
• Fig. et fam., Être ferme sur ses jarrets, Faire bonne contenance.
• JARRET, en Architecture, Espèce de saillie ou de bosse qui est une défectuosité. Cette voûte a un jarret.

JARRETÉ
, ÉE. adj.
• Se dit De tout quadrupède qui a les jambes de derrière tournées en dedans, et si peu ouvertes, que les deux jarrets se touchent presque en marchant. Je ne veux point de ce mulet, il est jarreté. Cette jument serait belle, si elle n'était pas jarretée.
• Se dit aussi, en Architecture, D'une surface qui a un jarret. Pilastre jarreté. Voûte jarretée.

JARRETIÈRE . s. f.
• Sorte de ruban, de courroie, de tissu dont on lie ses bas au-dessus, ou au-dessous du genou. Belles jarretières. Jarretières de rubans. Jarretières de laine. Jarretières élastiques. Attacher, détacher, nouer, dénouer ses jarretières, une jarretière. Votre jarretière traîne. La jarretière de la mariée. L'ordre de la Jarretière.
• Fig. et fam., Il ne lui va pas à la jarretière, Il a bien moins de mérite, de capacité, de science que lui.

JARS .s.m.
• Le mâle de l'oie. Un beau jars. Il faut un jars à vos oies.
• Fig. et pop., Il entend le jars, Il est fin, on ne lui en fait pas accroire aisément.

JAS .s.m.
• .Marine. Assemblage de deux pièces de bois qui sont ajustées par le milieu à l'extrémité de la verge d'une ancre, et qui servent, lorsqu'on jette l'ancre, à la tenir placée de manière qu'une de ses pattes ou becs morde sur le fond. On dit aussi, Jouail.

JASER . v. n.
• Causer, babiller. Vous jasez beaucoup. Elles ont jasé toute la soirée. Il ne fait que jaser. Prov., Vous jasez bien à votre aise, vous avez les pieds chauds. Voyez PIED.
• Il signifie familièrement, Dire et révéler quelque chose qu'on devait tenir secret. Gardez le secret, car si vous allez jaser, vous nous perdrez. Ah! je vois bien qu'un tel a jasé. Dans son interrogatoire, on le fit jaser.
• Se dit, par extension, Des geais et de quelques autres oiseaux, particulièrement des pies, des perroquets, des merles qui parlent. Cette pie jase tout le jour.
• Prov., Jaser comme une pie, comme une pie borgne, Parler beaucoup, babiller.

JASERIE . s. f.
• Babil, caquet. Jaserie continuelle. Il est familier.

JASEUR
, EUSE s.
• Causeur, babillard. C'est un grand jaseur, une grande jaseuse.
• Se dit aussi de Celui qui est sujet à redire ce qu'il entend. Défiez-vous de lui, c'est un jaseur. Il est familier dans les deux sens.

JASMIN .s.m.
• Arbuste sarmenteux, dont on connaît plusieurs espèces, et qui produit des fleurs odoriférantes. Jasmin commun. Jasmin d'Espagne. Fleurs de jasmin. Jasmin jaune, ou Jasmin de jonquilles. Un berceau de jasmin.
• Il se prend souvent pour Les fleurs de cette plante. Jasmin double. Cueillir du jasmin. Bouquet de jasmin. Le jasmin s'emploie souvent en parfumerie. Eau de jasmin. Huile de jasmin. Poudre de jasmin. Pommade de jasmin. Gants parfumés avec du jasmin, ou simplement, Gants de jasmin.

JASPE .s.m.
• Pierre dure et opaque, de la nature de l'agate. Jaspe-onyx. Jaspe sanguin. Jaspe panaché. Jaspe d'Orient. Jaspe purpurin. Jaspe blanc. Vase de jaspe.

JASPER . v. a.
• Bigarrer de diverses couleurs, en imitant le jaspe. Jasper la tranche d'un livre.
• JASPÉ, ÉE. participe, Peint et bigarré, naturellement ou par art, d'une manière qui imite le jaspe. Marbre bien jaspé. Colonne jaspée. Cette tulipe est jaspée. Ce livre est relié en veau jaspé. Poules jaspées.

JASPURE . s. f.
• Action de jasper, ou Le résultat de cette action. La jaspure d'un livre.

JATTE . s. f.
• Espèce de vase de bois, de faïence, de porcelaine, etc., qui est rond, tout d'une pièce, et sans rebord. Grande jatte. Petite jatte. Jatte de bois. Jatte de porcelaine. Une jatte pleine de lait, ou simplement, Une jatte de lait.
• Fig. et fam., Cul-de-jatte, se dit d'Une personne estropiée qui ne peut faire usage ni de ses jambes ni de ses cuisses pour marcher. Il est cul-de-jatte. C'est un cul-de-jatte.

JATTÉE . s. f.
• Plein une jatte. Une grande jattée de soupe. Une jattée de lait.

JAUGE . s. f.
• La juste mesure que doit avoir un vaisseau fait pour contenir quelque liqueur ou du grain. Ce tonneau, ce boisseau, cette pinte n'est pas de jauge, n'a pas la jauge.
• Il se prend quelquefois pour Cette verge de bois ou de fer avec laquelle on mesure la capacité des futailles. Il avait une jauge. Mesurer avec la jauge.
• Se dit aussi d'Une futaille qui sert d'échantillon, d'étalon pour ajuster et échantillonner les autres. Cela est échantillonné, étalonné à la jauge et fût de Paris.
• Il signifie encore, Une boîte percée de plusieurs trous, qui sert aux fonteniers à mesurer la quantité d'eau fournie par une source.
• Se dit pareillement, dans quelques autres Arts, de Divers instruments qui servent à prendre des mesures. Jauge de charpentier. Jauge pour mesurer la grosseur des cordages. Etc.

JAUGEAGE .s.m.
• Action de jauger. Il a fait le jaugeage de ces tonneaux. Il entend le jaugeage.
• Il signifie aussi, Le droit que prennent les jaugeurs. Il y a tant pour le jaugeage et courtage.

JAUGER . v. a.
• Mesurer un tonneau, une futaille, et en général un vase quelconque, pour voir s'il est de la mesure dont il doit être. Il a jaugé ces tonneaux, ces futailles, etc. Ces pintes, ces pots ont été jaugés.
• Il signifie aussi, Mesurer un navire pour en connaître la capacité. Méthode pour jauger les navires. On a jaugé ce bâtiment, il est de cinq cents tonneaux.
• JAUGÉ, ÉE. participe

JAUGEUR .s.m.
• Celui dont l'emploi est de jauger. Maître jaugeur.

JAUNÂTRE . adj. des deux genres
• Qui tire sur le jaune. Cela est jaunâtre, de couleur jaunâtre.

JAUNE . adj. des deux genres
• Qui est de couleur d'or, de citron, de safran. Drap jaune. Couleur jaune. Fleur jaune. Cela est jaune. Il a le teint jaune. Cela est jaune comme du safran, comme de l'or, comme de l'ocre.
• Fam., Être jaune comme un coing, comme souci, comme safran, Avoir le teint fort jaune.
• Prov. et fig., Montrer à quelqu'un son bec jaune, Lui faire voir sa sottise, son ineptie, lui montrer qu'il est encore fort ignorant. On dit aussi, Faire payer à quelqu'un son bec jaune, Lui faire payer sa bienvenue. Dans ces deux phrases, on prononce, et dans la première on écrit plus ordinairement, Béjaune.
• En Médec., Fièvre jaune, ou Typhus d'Amérique, Affection aiguë très-grave, dans le cours de laquelle la peau et les tissus blancs se teignent ordinairement en jaune.
• JAUNE, est aussi substantif masculin, et signifie, La couleur jaune. Jaune pâle. Jaune doré. Jaune couleur de citron, ou Jaune-citron. Quelle couleur est-ce-là? C'est du jaune, de beau jaune.
• Se dit également de Certaines matières qui ont une couleur jaune, et qui servent à teindre ou à colorer en jaune, comme le Jaune de Naples, et le Jaune de montagne.
• Jaune d'oeuf, Cette partie de l'intérieur de l'oeuf qui est jaune. Avaler un jaune d'oeuf. Dorer de la pâte avec des jaunes d'oeufs.

JAUNIR . v. a.
• Rendre jaune, peindre ou teindre en jaune. Le soleil jaunit les moissons. Il faut jaunir cette toile. Jaunir un plancher.
• JAUNIR, est aussi neutre, et signifie alors, Devenir jaune. Ces fruits commencent à jaunir. Les blés jaunissent. Toute la campagne jaunissait. Cet homme a beaucoup de bile, il jaunit à vue d'oeil.
• JAUNI, IE. participe

JAUNISSANT
, ANTE. adj.
• Qui jaunit. On ne l'emploie guère que dans le style poétique. Les blés jaunissants. Des moissons jaunissantes.

JAUNISSE . s. f.
• Maladie qui jaunit la peau, et qu'on peut attribuer à la présence de la bile dans le sang. Les médecins la nomment Ictère. Cette fille a la jaunisse. Tel remède guérit de la jaunisse. Ces animaux sont sujets à la jaunisse.

JAVART .s.m.
• T. d'Art vétérinaire. Tumeur dure et douloureuse qui vient au bas de la jambe des chevaux, et qui est analogue à celle que, dans l'homme, on appelle Clou ou Furoncle. Un gros javart. Il est venu un javart à ce cheval. Javart simple. Javart nerveux. Javart encorné.

JAVEAU .s.m.
• T. d'Eaux et Forêts. Nom qu'on donne à une île formée de sable et de limon par un débordement d'eau.

JAVELER . v. a.
• T. d'Agricult. Mettre les blés par petites poignées, et les laisser couchés sur les sillons, afin que le grain sèche et jaunisse. Il faut javeler ces blés, ces avoines.
• Il est aussi verbe neutre; et dans ce sens on dit: Le blé javelle. Il faut laisser javeler ce blé, cette avoine.
• JAVELÉ, ÉE. participe, Avoines javelées, Celles dont le grain est devenu noir et pesant par la pluie qui les a mouillées tandis qu'elles étaient en javelle.

JAVELEUR .s.m.
• T. d'Agricult. Celui qui javelle. Il y avait tant de javeleurs dans ce champ.

JAVELINE . s. f.
• Espèce de dard long et menu. Lancer une javeline. On ne se sert plus de javeline à la guerre.

JAVELLE . s. f.
• T. d'Agricult. Plusieurs poignées de blé scié, qui demeurent couchées sur le sillon jusqu'à ce qu'on en fasse des gerbes. Mettre du blé, de l'avoine en javelle. Grosse javelle. Javelles épaisses. Glaner entre les javelles. Amasser les javelles. Mettre les javelles sur le lien.
• Se dit aussi Des petits faisceaux de sarment. Mettez une javelle au feu.

JAVELOT .s.m.
• Espèce de dard, arme de trait. Lancer, darder un javelot.

JE . Pronom de la première personne du singulier, et des deux genres
• Voyez NOUS.
• Il est toujours le sujet de la proposition, ou, comme on parle en Grammaire, le nominatif du verbe. Quand le verbe commence par une voyelle ou une h non aspirée, on élide l'e. Je dis. Je fais. Je lirai. J'aime. J'écrirai. J'honore. Je hais. Je vous assure que... Je m'y trouverai. Je ne lui en veux rien dire.
• Il est quelquefois séparé du verbe, dans certaines formules, par l'énonciation des qualités de celui qui parle; comme, Je soussigné, conservateur des hypothèques, certifie que...
• Il se met après le verbe, soit dans les façons de parler interrogatives ou admiratives, comme: Que ferai-je? Que répondrai-je? Que deviendrai-je? Où suis-je? soit quand le verbe se trouve enfermé dans une espèce de parenthèse, comme: Vous remarquerez, lui dis-je, que... Osez-vous, lui répondis-je, me parler de la sorte? soit quand on l'emploie par manière de souhait, comme: Puissé-je vous voir aussi heureux que vous le méritez! soit dans ces phrases et autres semblables: Dussé-je en périr, Fussé-je au bout du monde, Quand je devrais en périr, Quand je serais au bout du monde; soit quand on s'en sert pour exprimer le doute, comme: Peut-être irai-je, peut-être n'irai-je pas; Encore ne sais-je; soit enfin quand il est précédé de la conjonction Aussi, ou de certains adverbes semblables, comme: Aussi puis-je vous assurer; Aussi ne lui en ai-je rien dit; En vain prétendrais-je le persuader; Malaisément viendrais-je à bout de cela; Inutilement voudrais-je m'y opposer. Lorsqu'il est ainsi placé après le verbe, c'est toujours immédiatement, sans qu'on puisse rien mettre entre-deux.
• Fam., Je ne sais quoi, ou substantivement, Un je ne sais quoi, se dit d'Une qualité, d'un sentiment indéfinissable. Je ne sais quoi, ce je ne sais quoi qui charme, qui séduit. Un je ne sais quoi m'avertit que je dois me défier de cet homme.

JECTISSES . adj. f. pl.
• Se dit Des terres qui ont été remuées ou rapportées. Il ne faut pas bâtir sur ce fonds, ce sont des terres jectisses.
• En termes de Maçonnerie, Pierres jectisses, se dit Des pierres qui peuvent se poser à la main, dans toutes sortes de constructions.

JÉHOVAH .s.m.
• Nom de Dieu en hébreu. Les Juifs, par respect, ne prononçaient point le nom de Jéhovah.
• Se dit aussi de L'assemblage de caractères qui représente ce nom. On a gravé un Jéhovah au-dessus de l'autel.

JEJUNUM .s.m.
• (On prononce Jéjunome.) T. d'Anat., emprunté du latin. Le second intestin grêle, ainsi nommé parce qu'on le trouve souvent vide.

JÉRÉMIADE . s. f.
• Se dit, par allusion aux Lamentations de Jérémie, d'Une plainte fréquente et importune. C'est une jérémiade. Aurez-vous bientôt fini vos jérémiades? Il est familier.

JÉSUITE .s.m.
• Nom des membres de l'ordre religieux appelé Compagnie ou Société de Jésus. Le général des jésuites. Les jésuites furent expulsés de France en 1764. Un collége tenu par des jésuites. Il étudia chez les jésuites.
• Jésuite de robe courte, Laïque affilié à l'ordre des jésuites.

JÉSUITIQUE . adj. des deux genres
• Qui appartient, qui est propre aux jésuites. Il ne se dit qu'en mauvaise part. Morale jésuitique. Imbu des doctrines jésuitiques.

JÉSUITISME .s.m.
• Système de conduite des jésuites ou de leurs adhérents; caractère de ce qui est propre aux jésuites ou conforme à leur doctrine.

JÉSUS .s.m.
• .Papeterie. On appelle Papier nom de Jésus, ou simplement, Papier jésus, Une sorte de papier de grand format, qui s'emploie principalement dans l'imprimerie, et dont la marque portait autrefois le nom de JÉSUS (I. H. S.).

JET .s.m.
• Action de jeter, ou Mouvement qu'on imprime à un corps en le jetant. Le jet d'une bombe, d'une pierre. Un jet rapide.
• Le jet des bombes, L'art de lancer les bombes.
• Arme de jet, Toute arme propre à lancer des corps avec force, comme une arbalète, une fronde, etc.
• Jet de pierre, se dit d'Autant d'espace qu'en peut parcourir une pierre qu'un homme jette de toute sa force.
• Jet de marchandises, se dit, à la mer, Quand on est forcé de jeter, pour alléger le navire, une partie des marchandises dont il est chargé.
• En termes de Pêche, Le jet d'un filet, se dit en parlant D'un filet qu'on jette pour prendre du poisson. Acheter le jet du filet, Acheter tout le poisson qui sera pris par le coup de filet.
• En termes de Peinture, Le jet d'une draperie, La manière plus ou moins naturelle dont les mouvements, les plis d'une draperie sont rendus dans un tableau. Des draperies d'un beau jet.
• JET, se dit aussi Du calcul qui se fait par les jetons. Calculer au jet et à la plume. Ce sens a vieilli.
• JET, en termes de Fonderie, Action d'introduire, de faire couler la matière dans le moule, lorsqu'elle est en fusion. On ne l'emploie guère que dans cette locution adverbiale, D'un seul jet, qui se dit en parlant D'une pièce dont toutes les parties sont fondues à la fois dans un seul moule. Fondre, couler une figure d'un seul jet. Cette statue équestre est d'un seul jet.
• Fig., D'un seul jet, se dit, en Littérature et dans les Arts, en parlant D'une composition faite avec rapidité et sans y revenir à plusieurs fois. Cette pièce de vers a été faite d'un seul jet. On dit aussi, Ce n'est qu'un premier jet, en parlant De ce qui n'est qu'ébauché, des idées que l'on s'est hâté de fixer sur la toile ou sur le papier, dans un moment d'inspiration. On dit dans le même sens, Le premier jet d'un ouvrage. On dit encore, adverbialement, Du premier jet, Du premier coup, sans qu'il ait été nécessaire d'y revenir. J'ai fait cette tirade du premier jet.
• JET, se dit aussi, en termes de Fonderie, Des ouvertures ménagées pour donner passage à la matière en fusion, et la distribuer dans toutes les parties du moule.
• JET, se dit encore d'Un liquide qui jaillit avec force en filet, en colonne, etc. Un jet de sang. L'eau s'échappait de tous côtés par petits jets. Un jet plus gros que le bras. On dit de même, Un jet de vapeur.
• Jet d'eau, se dit surtout de L'eau qui s'élance d'une fontaine jaillissante, et qui s'élève. Un beau jet d'eau. Ce parterre est orné de jets d'eau.
• Jet de lumière, Rayon de lumière qui paraît subitement.
• Jet d'abeilles, Nouvel essaim qui sort de la ruche.
• JET, se dit en outre Des bourgeons, des scions que poussent les arbres, les vignes. Cet arbre a fait, a donné de beaux jets cette année.
• Cette canne est d'un seul jet, Elle n'a point de noeuds, elle n'est point entée. Voilà une canne d'un seul jet, d'un beau jet. On dit quelquefois absolument, Un jet, Une canne d'un seul jet. Voilà un beau jet, un jet bien droit. Ce jet est fort cher.
• JET, en termes de Fauconnerie, Menue courroie qu'on met autour de la jambe de l'oiseau. Ôter les jets à un oiseau.

JETÉ .s.m.
• Un des pas de la danse. Jeté battu.

JETÉE . s. f.
• Amas de pierres, de sable, de cailloux et d'autres matériaux jetés à côté du canal qui forme l'entrée d'un port, liés fortement, et ordinairement soutenus de pilotis, pour servir à rompre l'impétuosité des vagues. Faire une jetée à l'entrée d'un port. À l'extrémité de la jetée.
• Se dit aussi Des amas de pierres, de sable et de cailloux jetés dans la longueur d'un mauvais chemin pour le rendre plus praticable. Ce chemin est devenu très-commode depuis qu'on y a fait une jetée.

JETER . v. a.
• (Je jette. Je jetais. J'ai jeté. Je jetterai. Jetant.) Lancer avec la main ou de quelque autre manière. Jeter des pierres. Jeter un dard, un javelot. Jeter des fusées, des grenades. Jeter ses armes pour s'enfuir. Jeter quelque chose au vent. Jeter quelque chose en l'air. Jeter quelque chose à la tête. Jeter de l'eau par la fenêtre. Jeter un filet dans l'eau pour pêcher. Jeter un palet. Jeter les dés hors du cornet. Jeter quelque chose au feu. Jeter de l'huile dans le feu. Cela n'est bon qu'à jeter au feu. Jeter de l'argent au peuple. Jeter des fleurs devant le saint sacrement. Jeter des semences en terre. Jeter des marchandises à la mer pour alléger le navire. Jeter de l'eau bénite. Jeter quelque chose de haut en bas.
• Jeter un châle, une mante, un manteau, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un, Mettre avec quelque promptitude un châle, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un. On dit aussi, Ce vêtement, cette draperie, etc., est jetée avec grâce, avec élégance, en parlant D'un vêtement, d'une draperie disposés avec une négligence qui a de la grâce, etc.
• En termes de Peinture, Jeter une draperie, Donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. Ce peintre jette mal ses draperies. Les plis de cette draperie sont bien jetés.
• En termes de Marine, Jeter l'ancre, La faire tomber dans la mer, pour arrêter le navire. Jeter le plomb, la sonde, Laisser tomber la sonde pour connaître la hauteur de l'eau ou la qualité du fond.
• Aux Jeux de cartes, Jeter ses cartes, Les jouer.
• Jeter les fondements d'un édifice, Les asseoir, les établir. Figurément, Jeter les fondements d'un empire, d'un royaume, d'une république, etc., Fonder un empire, etc.
• Jeter un pont sur une rivière, Construire, établir un pont sur une rivière. Cela se dit surtout en parlant Des ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.
• Prov. et fig., Jeter de l'huile sur le feu, dans le feu, Exciter une passion déjà très-vive, très-violente; aigrir des esprits qui ne sont déjà que trop aigris.
• Prov. et fig., Il n'en jetterait pas sa part aux chiens, se dit D'un homme qui se croit bien fondé dans les prétentions qu'il a sur quelque chose.
• Prov. et fig., Jeter son bien, jeter tout par les fenêtres, Dissiper son bien en folles dépenses. C'est un homme d'ordre, et qui ne jette point son bien par les fenêtres. On dit aussi, C'est un homme d'ordre, et qui ne jette rien.
• Fig. et fam., Jeter une marchandise à la tête, L'offrir à vil prix. Il y avait tant de gibier au marché, qu'on le jetait à la tête.
• Fig. et fam., Jeter une chose à la tête de quelqu'un, La lui offrir sans qu'il la demande. Ne pensez pas que je lui jette mon bien à la tête, que je lui jette ma fille à la tête. On dit de même, avec le pronom personnel, Se jeter à la tête de quelqu'un, et absolument, Se jeter à la tête, S'offrir à lui avec empressement, et sans être recherché. Il ne faut pas se jeter à la tête des gens. Il est fort imprudent de se jeter ainsi à la tête.
• Fig. et fam., Jeter de la poudre aux yeux, Éblouir, surprendre par de faux brillants, par des raisons spécieuses, etc. Il a jeté de la poudre aux yeux à toute l'assemblée. Ce discours a jeté de la poudre aux yeux. Il croyait nous jeter de la poudre aux yeux.
• Fig. et fam., Jeter le froc aux orties, Renoncer à la profession monacale; et, par extension, Renoncer à l'état ecclésiastique. On le dit aussi De toute personne qui, par inconstance, renonce à quelque profession que ce soit.
• Fig. et fam., Jeter le grappin sur quelqu'un, Se rendre maître de son esprit.
• Prov. et fig., Jeter son plomb sur quelque chose, Porter ses vues sur quelque chose, former un dessein pour parvenir à quelque chose. Il a jeté son plomb sur cet emploi.
• Prov. et fig., Jeter le manche après la cognée, Abandonner une affaire, une entreprise, par chagrin, par dégoût, par découragement.
• Fig. et fam., Je jetai mon bonnet par-dessus les moulins. Phrase par laquelle on terminait les contes que l'on faisait aux enfants, et qui signifie, Je ne sais ce que tout cela devint, je ne sais comment finit le conte, l'histoire.
• Prov. et fig., Jeter son bonnet par-dessus les moulins, Braver les bienséances, l'opinion publique. Cette femme a jeté son bonnet par-dessus les moulins.
• Prov. et fig., Jeter sa langue aux chiens, Renoncer à deviner quelque chose. Il m'est impossible de trouver le mot de cette énigme, je jette ma langue aux chiens.
• Prov. et fig., S'il disait, s'il faisait telle chose, il ne serait pas bon à jeter aux chiens, Tout le monde le blâmerait et crierait après lui.
• Fig., Jeter un voile sur quelque chose, Le passer sous silence. Jetons un voile sur le passé, sur les horribles détails de ce crime.
• Fig., Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers, Le mettre ou le faire mettre au cachot, en prison.
• Fig., en termes de Guerre, Jeter des hommes, jeter de l'infanterie, de la cavalerie, jeter des munitions, des vivres, etc., dans une place, Les y faire entrer promptement dans le besoin.
• En termes de Fauconnerie, Jeter le faucon, Le laisser partir pour le vol. En parlant De l'autour, on dit, Lâcher.
• JETER, s'emploie aussi figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, dans l'acception de Mettre, placer, diriger, envoyer, etc., et souvent avec l'idée d'une certaine violence, de quelque soudaineté ou rapidité dans l'action. Quand le Créateur nous jeta sur la terre. Il fut malgré lui jeté sur le trône. Il prétendait qu'on avait jeté un sort sur son troupeau. Jeter rapidement ses idées sur le papier, sur la toile, etc. Jeter un coup d'oeil sur quelqu'un, sur quelque chose. Jeter un regard, des regards de compassion sur une personne. Jeter des oeillades. Jeter les yeux sur quelqu'un, sur quelque chose. En jetant les yeux de ce côté, j'aperçus une lumière. Avez-vous jeté les yeux sur son mémoire? Jeter un regard sur le passé. Jeter l'effroi, l'épouvante dans une maison, dans le camp, etc. Jeter du ridicule sur quelqu'un. Jeter de l'odieux sur une action. Jeter son soupçon, ses soupçons sur quelqu'un. Jeter des soupçons dans l'esprit de quelqu'un. Jeter des semences de vertu dans le coeur d'un jeune homme. Ce mot jette quelque obscurité dans la phrase. Cela peut jeter une vive lumière, un grand jour sur les causes de tel événement. Jeter quelqu'un dans le péril, dans un danger. Jeter dans l'inquiétude. Cela me jette dans un grand embarras. La surprise où les jeta cette nouvelle. Jeter dans l'illusion. Jeter dans l'erreur.
• Jeter les yeux sur quelqu'un, signifie quelquefois, Avoir sur quelqu'un des vues particulières. Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre.
• Jeter des propos, Avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou à découvrir quelque chose. Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre.
• Jeter des soupçons contre quelqu'un, Faire soupçonner quelqu'un.
• Jeter au sort, Décider quelque chose par la voie du sort.
• Le sort en est jeté, Le parti en est pris. On dit dans le même sens, Lé dé en est jeté.
• Fig. et fam., Jeter son dévolu sur quelqu'un, sur quelque chose, Arrêter ses vues, fixer son choix sur quelqu'un, sur quelque chose.
• En termes d'Impr., Jeter un blanc, Ménager, laisser un blanc. On dit à peu près de même, Jeter une espace, une interligne.
• JETER, se dit quelquefois dans le sens de Pousser avec violence, tant au propre qu'au figuré. Jeter un homme par terre. Les vents nous jetèrent sur un écueil. La tourmente politique les avait jetés loin de leur patrie.
• Fig. et fam., Jeter une maison, une cloison, un mur, etc., par terre, Démolir, abattre une maison, une cloison, etc. On dit dans le même sens, Jeter bas.
• En termes de Marine, Jeter son navire à la côte, ou Se jeter à la côte, S'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.
• JETER, signifie aussi, Pousser, envoyer, lancer hors de soi. Un animal qui jette son venin. Le tronc de cet arbre jette une espèce de gomme. Cette fontaine jette beaucoup d'eau. Une montagne qui jette des feux. Un tison qui jette des étincelles. Cette lampe jette beaucoup de lumière, jette un éclat très-vif.
• Jeter des larmes, Pleurer. Il ne jeta pas une larme.
• Jeter un soupir, un cri, Faire un soupir, un cri. Fig. et fam., Jeter les hauts cris, Se récrier, se plaindre hautement.
• Fig. et fam., Cet homme jette un vilain coton, Il perd son crédit, sa réputation. On dit ironiquement, dans le même sens, Il jette un beau coton. On dit aussi D'un homme atteint d'une maladie qui le fait dépérir, Il jette un mauvais coton.
• Fig. et fam., Il a jeté tout son venin, Dans l'emportement de la colère, il a dit tout ce qu'il avait sur le coeur contre un tel.
• Fig. et fam., Jeter son feu, tout son feu, Faire et dire tout ce qu'inspire la colère, de manière que l'on en est plus tôt apaisé. Jeter feu et flamme, Se livrer à de grands emportements de colère.
• Jeter son feu, signifie aussi, Faire d'abord preuve de talent, de génie, et ne pas réaliser ensuite les espérances que l'on avait données de soi. On dit dans un sens analogue, Cet auteur a jeté son feu, tout son feu dans le premier acte de sa tragédie, dans son premier volume.
• JETER, se dit particulièrement Des ulcères, des abcès, etc. Cet abcès jette du pus. Absol.: Ces ulcères, ces pustules jettent beaucoup. Sa plaie commence à jeter.
• Se dit également Des chevaux. Ce cheval jette sa gourme, une fausse gourme. Absol., Ce cheval jette, il est morfondu.
• JETER, se dit en outre Des mouches à miel qui produisent et mettent dehors un nouvel essaim. Ces mouches n'ont point jeté cette année. Les bonnes mouches jettent deux fois l'an. Cette ruche n'a pas encore jeté.
• Se dit encore Des arbres et des plantes qui produisent des bourgeons ou des scions. Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions. Absol.: Les arbres commencent à jeter. La vigne ne jette pas encore.
• Jeter de profondes racines, S'enraciner profondément. Se dit au propre et au figuré. Ces arbres ont jeté de profondes racines. Cet abus avait jeté de si profondes racines, qu'il était bien difficile de l'extirper.
• En termes de Vénerie, Ce cerf jette sa tête, Il quitte son bois.
• JETER, signifie aussi, Calculer avec des jetons. Jetez ces sommes-là. Je les ai jetées, et j'ai trouvé qu'elles montent à... Apprendre à jeter. Ce sens est vieux.
• JETER, en termes de Fonderie, Faire couler du métal fondu dans quelque moule, afin d'en tirer une figure. Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en argent. Jeter en sable. Jeter en moule. Ce fondeur jette bien.
• Fig. et fam., Cela ne se jette pas en moule, Cet ouvrage ne peut se faire qu'avec beaucoup de soin et de temps.
• JETER, avec le pronom personnel, signifie, tant au propre qu'au figuré, Se lancer, se précipiter, se porter impétueusement dans, contre, vers quelqu'un ou quelque chose. Se jeter par la fenêtre. Se jeter dans le feu, dans un puits, dans la mer. Notre vaisseau alla se jeter contre les rochers. Se jeter au cou de quelqu'un pour l'embrasser. Je me jette à vos pieds. Il s'est jeté dans mes bras. Se jeter sur quelqu'un pour le maltraiter. Il se jeta sur son ennemi. Les chiens se jetèrent sur le loup. Un animal qui se jette sur sa proie. Il se jeta au milieu des ennemis. Il s'y jette à corps perdu. Se jeter dans les réformes. Se jeter dans la dévotion. Abandonner un excès pour se jeter dans l'excès contraire. Se jeter volontairement dans le péril. Se jeter dans un parti.
• Ce fleuve, cette rivière se jette dans telle autre, se jette dans la mer, dans un lac, etc., Ce fleuve, cette rivière se rend, va se perdre dans telle autre, etc.
• Se jeter sur quelque chose, signifie quelquefois, S'y porter avidement. Les soldats se jetèrent sur ces provisions et les pillèrent. On servit une pyramide de fruits, tout le monde se jeta dessus.
• JETER, avec le pronom personnel, signifie quelquefois particulièrement, Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure et disparut. Il se jeta dans le plus épais du bois. Il se jeta dans telle place avec trois mille hommes, et y fit une longue résistance.
• Fig., Se jeter dans un couvent, S'y retirer.
• JETÉ, ÉE. participe

JETON .s.m.
• Pièce de métal, d'ivoire, etc., plate et ordinairement ronde, dont on se servait autrefois pour calculer des sommes, et dont on se sert encore pour marquer et payer au jeu. Jetons de cuivre. Jetons d'argent. Jetons d'or. Jetons d'ivoire. Faire faire des jetons. Une bourse de jetons. Compter avec des jetons. Marquer avec des jetons.
• Jeton de présence, Jeton de métal que l'on donne, dans certaines sociétés ou compagnies, à chacun des membres qui sont présents à une séance, à une assemblée.
• Prov., Être faux comme un jeton, Avoir un caractère faux.

JEU .s.m.
• Divertissement, récréation, tout ce qui se fait par esprit de gaieté et par pur amusement. Les jeux de l'enfance. Des jeux bruyants. Leurs jeux sont quelquefois troublés par des rixes. Il était grave jusque dans ses jeux. C'est un jeu bien innocent. Jeu sans malice. Jeu d'enfant. Jeux de société. Jouer à de petits jeux. Il a dit cela par manière de jeu. On ne veut pas lui faire de mal, ce n'est qu'un jeu.
• Jeux d'esprit, Certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. On appelle aussi, figurément, Jeux d'esprit, Certaines productions d'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts-rimés, etc.
• Jeux de main, Jeux où l'on se frappe légèrement les uns les autres. La main chaude est un jeu de main. On appelle aussi Jeux de main, L'action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant. Les jeux de main finissent souvent par des querelles.
• Prov., Jeux de main, jeux de vilain, ou au singulier, Jeu de main, jeu de vilain, Les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés.
• C'est un rude jeu, se dit D'un jeu qui va à fâcher ou à blesser quelqu'un. On dit proverbialement, dans le même sens, Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font; ou absolument, Ce sont jeux de prince.
• Fig. et fam., C'est un jeu à se rompre le cou, les jambes, etc., se dit D'une action qui expose à se tuer, à se rompre les jambes, etc.
• Fig. et fam., Le jeu lui plaît, se dit en parlant D'une personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît.
• Fig. et fam., Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit D'une affaire grave et sérieuse, ou d'un engagement dont on ne peut se dédire.
• Prendre quelque chose en jeu, Le prendre en plaisanterie.
• Cela passe le jeu, cela est plus fort que le jeu, Cela passe la raillerie.
• Fam., Ce n'est qu'un jeu, se dit D'une chose qu'on fait facilement. Les plus grandes fatigues, les plus grandes difficultés ne sont qu'un jeu pour lui.
• Se faire un jeu de quelque chose, Y mettre son plaisir. Il ne se dit qu'en mauvaise part. Il se fait un jeu de mes tourments. Il se faisait un jeu de l'affliger.
• Jeu de mots, se dit d'Une certaine allusion fondée sur la ressemblance des mots. C'est un froid jeu de mots. Ce jeu de mots est assez heureux, assez plaisant.
• Fig., Jeu de la nature, se dit de L'action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire; ou de La chose même qui est ainsi produite. On admire le jeu de la nature dans les pierres qui représentent des arbres, des animaux, des ruines. La nature, dans ses jeux, est infiniment variée. Cette coquille est un jeu de la nature.
• Poétiq., Les jeux de la scène, Les représentations théâtrales.
• Poétiq. et fig., Les jeux sanglants de Mars, La guerre, les combats.
• Fig., C'est un jeu du hasard, se dit De ce qui n'est qu'un effet du hasard.
• Fig., Le jeu, les jeux de la fortune, Les vicissitudes de la fortune.
• JEUX, au pluriel, se dit quelquefois, en poésie, de Certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie. Les Jeux, les Ris et les Grâces. Les Jeux et les Plaisirs. Les Jeux et les Amours. Etc.
• JEU, se prend particulièrement pour Un exercice de récréation qui a de certaines règles, et auquel on hasarde ordinairement de l'argent. Il y a des jeux de hasard, comme le passe-dix, le trente et quarante, le biribi; des jeux de calcul ou de combinaison, comme les dames, les échecs; des jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le trictrac, le piquet; des jeux de commerce, comme la plupart des jeux de cartes; des jeux d'adresse, comme le jeu de paume, le jeu du billard, etc. Le brelan est un jeu de renvi. Un beau jeu. Un jeu divertissant. Un sot jeu. Un vilain jeu. Un jeu ennuyeux. Un jeu sérieux. Les règles du jeu. Intéresser le jeu. Aucun jeu ne lui plaît. Les phrases suivantes et d'autres semblables s'appliquent surtout Aux jeux de commerce ou de hasard, comme les cartes et les dés. La passion du jeu. Aimer le jeu. Être adonné au jeu. Être âpre, ardent, attaché au jeu. Heureux, malheureux au jeu. Je crains le jeu. Perdre au jeu. Gagner au jeu. Vivre du jeu. Le jeu l'a ruiné. On ne saurait le tirer du jeu. Sortir du jeu. Se mettre au jeu. S'engager au jeu. Tromper au jeu. Escamoter au jeu. C'est de l'argent du jeu. La perte, le gain du jeu. Le hasard, la bizarrerie du jeu. Le jeu lui en dit, ne lui en dit pas. Ils prirent querelle sur le jeu. Ceux qui regardent ne doivent point parler sur le jeu.
• Par extension, Jeu de bourse, se dit de Toute espèce d'agiotage sur les fonds publics.
• Académies de jeux, ou Jeux publics, Lieux où l'on donne à jouer à toutes sortes de jeux. Maison de jeu, Lieu où l'on ne joue habituellement qu'à des jeux de hasard. Les banquiers d'une maison de jeu. On demanda la suppression des maisons de jeu.
• La ferme des jeux, La ferme des maisons de jeu publiques.
• Il y a grand jeu dans cette maison, Il s'y rassemble beaucoup de joueurs.
• Tenir un jeu, Donner à jouer chez soi ou en public. On tient un jeu dans cette maison. Les gens qui tiennent des jeux dans une foire.
• Tenir le jeu de quelqu'un, Jouer pour quelqu'un.
• Mettre au jeu, Donner, déposer son enjeu. Tout le monde a mis au jeu.
• L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, La somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu.
• Tenir jeu, Continuer à jouer avec une personne qui perd. Couper jeu, Se retirer avec gain, et ne vouloir pas tenir jeu.
• Aux Jeux de renvi, Ouvrir le jeu, Faire la première vade. Fermer le jeu, Tenir la dernière vade, et ne point faire de renvi.
• Entrer en jeu, se dit, à certains Jeux de cartes, De celui qui, ayant levé une main, est en état de jouer comme il lui plaît. Cela signifie aussi, figurément et familièrement, Entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc.
• D'entrée de jeu, Dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée de jeu il perdit la moitié de son argent. Cela se dit aussi, figurément et familièrement, pour D'abord. D'entrée de jeu il fit voir son extravagance.
• Se piquer au jeu, S'opiniâtrer à jouer, malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. On dit aussi, figurément et familièrement, Se piquer, être piqué au jeu, en parlant D'une personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve.
• Jouer bon jeu, bon argent, Jouer sérieusement et avec l'intention de payer sur-le-champ. On dit dans un sens analogue, Jouer de franc jeu.
• Fig. et fam., Bon jeu, bon argent, Tout de bon, sérieusement. Ils se sont battus bon jeu, bon argent. Ils vont plaider bon jeu, bon argent.
• Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas la chandelle, La chose dont il s'agit ne mérite pas les soins qu'on prend, les peines qu'on se donne, la dépense qu'on fait.
• Prov. et fig., À quel jeu l'a-t-on perdu? se dit en parlant D'un homme qui ne va plus dans une maison, dans une compagnie où il avait coutume d'aller.
• Fig. et fam., Mettre quelqu'un en jeu, Le citer sans sa participation, le mêler à son insu dans une affaire. Il m'a mis en jeu mal à propos. On dit aussi, Mettre une chose en jeu, La faire agir, l'employer. Il mit en jeu toutes les ressources de son imagination.
• JEU, se prend aussi pour Les règles du jeu, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. C'est le jeu, le vrai jeu. Ce n'est pas mon jeu que de jouer ainsi. Ce joueur a un jeu perfide.
• Fig. et fam., C'est son jeu, se dit en parlant De celui qui fait précisément ce qui convient le plus à ses intérêts, ce qu'il doit faire pour réussir. C'est son jeu de tirer l'affaire en longueur. On dit de même, C'est un homme qui sait bien son jeu.
• JEU, signifie encore, L'assemblage des cartes qui viennent à chacun des joueurs, et dont il doit se servir; Les points qu'on amène aux dés; ou, en général, La situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. Regarder son jeu. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu, bien du jeu. Il lui est rentré vilain jeu, un jeu détestable. J'ai ruiné mon jeu en écartant. Cette carte a bien raccommodé mon jeu. On voit votre jeu. Cachez votre jeu. J'ai gagné à jeu découvert. Voilà mon jeu sur la table. Montrez votre jeu. Nous ne ferons pas un grand coup, le jeu est trop partagé. J'ai fort mauvais jeu. Je n'ai point de jeu. Mon jeu s'est bien fait. Mon jeu est meilleur, vaut mieux que le vôtre. Avoir jeu sûr. Il ne joue jamais qu'à jeu sûr. Il ménage, il conduit bien son jeu.
• Donner beau jeu, Donner des cartes qui font un jeu favorable.
• Fig. et fam., Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un, Lui présenter une occasion favorable de faire ce qu'il souhaite. On dit dans un sens analogue, Avoir beau jeu.
• Perdre à beau jeu, Perdre quoiqu'on ait un beau jeu; et, figurément et familièrement, Échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré.
• Prov. et fig., À beau jeu beau retour, se dit Pour faire entendre qu'on saura bien rendre la pareille, ou même qu'on l'a déjà rendue.
• Prov. et fig., À tout venant beau jeu, se dit Pour exprimer qu'on est en état de tenir tête à tous ceux qui se présenteront.
• Prov. et fig., Faire voir beau jeu à quelqu'un, Le maltraiter, lui nuire par vengeance, par un mouvement de colère; ou L'emporter sur lui dans une discussion.
• Prov. et fig., Si on le fâche, on verra beau jeu, se dit Pour donner à entendre qu'on ne peut s'attaquer à quelqu'un sans éprouver les effets de son ressentiment.
• Prov. et fig., Faire bonne mine à mauvais jeu, Dissimuler adroitement et cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Dans le même sens, on dit simplement, Bonne mine et mauvais jeu, en parlant D'une personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin et de l'inquiétude.
• Fig. et fam., Jouer à jeu sûr, Être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
• Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins.
• Fig. et fam., Cacher son jeu, Dissimuler son habileté en feignant de ne pas savoir bien jouer. Dans une acception plus figurée, Cacher, couvrir son jeu, Cacher ses desseins, ses vues, etc., ou les moyens qu'on met en oeuvre pour réussir. On dit dans le même sens, Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert.
• Aux Jeux de cartes, Avoir le jeu serré, Ne jouer qu'à beau jeu, et ne point se hasarder. Figurément, Agir avec beaucoup de prudence, de réserve, de manière à ne pas donner prise sur soi. Aux Échecs, Avoir le jeu serré, se dit D'un joueur qui n'étend pas assez son jeu. Au Trictrac, Le jeu de ce joueur est serré, est pressé, Les cases les plus éloignées sont faites, et s'il amène des cinq ou des six, il ne pourra les jouer utilement.
• JEU, signifie également, Ce que l'on met au jeu. Jouer gros jeu, petit jeu. Jouer un jeu d'enfer. Il joue un jeu à se ruiner. Tirer le jeu. Faire le jeu. Jeu fait.
• J'y vais du jeu, Je suis du jeu, et par abréviation, J'en suis. Expressions qu'on emploie, au Jeu du brelan, et aux autres jeux de renvi, Pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu.
• Jouer beau jeu, Jouer le jeu que les autres veulent.
• Fig. et fam., Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.
• Prov. et fig., Tirer son épingle du jeu, Se dégager adroitement d'une mauvaise affaire. Il s'était mis dans ce parti, dans une fâcheuse intrigue, mais il a tiré son épingle du jeu. Il signifie particulièrement, Retirer à temps les avances qu'on avait faites dans une affaire qui devient mauvaise.
• JEU, se dit encore, au Jeu de paume, de Chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point. Ils sont à deux de jeu.
• Fig. et fam., Être à deux de jeu, se dit De deux personnes qui ont, l'une à l'égard de l'autre, un avantage ou un désavantage égal. On le dit aussi De deux personnes qui se sont rendu réciproquement de mauvais offices. On le dit encore De deux personnes qui ont été également maltraitées dans quelque affaire.
• JEU, se dit, par extension, d'Un lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de paume. Un jeu de longue paume. Un jeu de courte paume. Un jeu de boule. Un jeu d'arquebuse. Entrer dans un jeu de paume. Faire faire des jeux de boule.
• Se dit également de Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de quilles. Un jeu d'oie. Un jeu de cartes. Un jeu neuf. Un vieux jeu. Un jeu complet. Un jeu entier. Il manque une carte à ce jeu, une pièce à ce jeu d'échecs.
• En termes de Marine, Un jeu de voiles, L'assortiment complet de toutes les voiles d'un bâtiment. Un jeu d'avirons, Le nombre d'avirons nécessaires pour un canot.
• JEUX, au pluriel, se dit Des spectacles publics des anciens, comme les courses, les luttes, les combats de gladiateurs, etc.; tels étaient chez les Grecs, Les jeux Olympiques, les jeux Néméens, etc.; et chez les Romains, Les jeux séculaires, les jeux du cirque, les jeux scéniques, etc. --- Jeux publics. Jeux solennels. Jeux anniversaires. Jeux funèbres. Jeux célèbres. Des jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule. On fit, on célébra des jeux sur le tombeau de Patrocle, d'Achille, d'Anchise. On ordonna des jeux en l'honneur de l'empereur. Conduire les jeux. Donner des jeux au peuple. Faire la dépense des jeux. Ouvrir les jeux. Donner le signal des jeux. Commencer les jeux. Voir les jeux.
• Jeux de prix, se dit, en parlant des anciens ou des modernes, Des jeux, des exercices qui exigent de la force, de l'agilité ou de l'adresse, et dans lesquels un prix est destiné au vainqueur, tels que la lutte, la course, le jeu de l'arc, le tir au fusil, etc.
• Jeux floraux, Assemblée qui se tient chaque année à Toulouse, pour la distribution de divers prix qui représentent des fleurs d'or et d'argent, et qu'on donne à ceux qui ont le mieux réussi dans certains genres de poésie, ou dans un discours d'éloquence. Remporter un prix aux Jeux floraux. On nomme Académie des Jeux floraux, Le corps littéraire qui tient cette assemblée et qui décerne ces prix.
• JEU, se dit aussi Du maniement des hautes armes. Le jeu de la hallebarde. Le jeu de la pique. Le jeu du bâton à deux bouts. Le jeu de l'espadon. Ce sens vieillit.
• Se dit également de La façon d'escrimer, de faire des armes. Je sais son jeu. J'ai étudié son jeu. Son jeu est de porter en parant, etc.
• Fig. et fam., Savoir le jeu de quelqu'un, Connaître sa manière d'agir.
• JEU, se dit également de La manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu beau, le jeu brillant, le jeu large, hardi. Un jeu doux, pur, délicat. Demi-jeu.
• Fig. et fam., C'est le vieux jeu, se dit De certaines vieilles habitudes, ou de plaisanteries rebattues.
• Jeu d'orgues, se dit de L'instrument qu'on appelle aussi simplement Orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, se dit Des registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc. On dit aussi, Le plein jeu, en parlant de Ce qui sert, dans le même instrument, à produire des sons plus forts.
• Jeu de viole, se disait autrefois de Quatre ou cinq violes de différentes grandeurs, pour jouer les différentes parties de la musique.
• JEU, se dit en outre de La manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien a le jeu brillant, touchant, pathétique. Il a le jeu noble. Le jeu de cette actrice charme tous les spectateurs, son jeu est parfait.
• Jeu de théâtre, se dit de Certains effets de scène qu'on produit surtout par les gestes et par les expressions du visage. Ces jeux de théâtre plaisent beaucoup au public. Jeu muet.
• Prov., C'est un jeu joué, se dit D'une feinte concertée entre deux ou plusieurs personnes.
• JEU, en parlant De certains ouvrages d'art, se dit de L'aisance, de la facilité du mouvement qu'ils doivent avoir. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner, laisser plus de jeu à ce ressort, à la penture de cette porte.
• En Peinture, Il y a du jeu dans cette composition, se dit D'un tableau où il y a du mouvement, une variété d'aspects, où les objets ne sont point entassés, et laissent entre eux l'espace nécessaire à la facilité de leur mouvement.
• JEU, se dit encore de L'action d'un ressort: Le jeu d'un ressort; et aussi de L'action régulière et combinée des diverses parties d'une machine: Le jeu d'une machine. Le jeu des différentes parties d'une machine. Étudier le jeu des organes du corps humain.
• S'emploie quelquefois figurément, dans le sens qui précède. Le jeu des passions humaines. Le jeu de la machine politique.
• En Archit. hydraulique, Jeu d'eau, se dit de La diversité des formes que l'on fait prendre aux jets d'eau en variant celle des ajutages.

JEUDI .s.m.
• Le cinquième jour de la semaine. Jeudi passé. Jeudi dernier. Jeudi prochain. De jeudi en huit. Il y a séance tous les jeudis.
• Prov. et pop., La semaine des trois jeudis, trois jours après jamais, ou simplement, La semaine des trois jeudis, Jamais. Je vous le donnerai la semaine des trois jeudis.
• Jeudi gras, Le jeudi qui précède le mardi gras. Jeudi saint, ou Jeudi absolu, ou Jeudi de l'absoute, Le jeudi de la semaine sainte.

JEUN
(À). loc. adv.
• On l'emploie en parlant D'une personne qui n'a rien mangé de la journée. Il est encore à jeun. Prendre un remède à jeun. Vous ne devriez pas rester si longtemps à jeun.

JEUNE . adj. des deux genres
• Qui n'est guère avancé en âge. Un jeune enfant. Un jeune garçon. Un jeune homme. Une jeune fille. Une jeune personne. Une jeune demoiselle. Une jeune femme. Je l'ai connu tout jeune. Elle est trop jeune pour pouvoir se marier. Il s'est marié très-jeune. Ce garçon est bien jeune. Un jeune avocat. Un jeune médecin. Des jeunes gens nouvellement mariés. Il fait le jeune homme. Elle fait la jeune, mais elle ne l'est plus. Il commence à n'être plus jeune. Un jeune coeur s'enflamme aisément. C'est un jeune fou, un jeune étourdi. Ce sont des jeunes gens. Il est plus jeune, il est moins jeune que moi de deux ans. Quelle est la plus jeune des trois?
• Se dit quelquefois par rapport Aux emplois, aux dignités qu'on ne donne ordinairement qu'à des hommes faits ou à des personnes déjà avancées en âge. Ce précepteur me paraît bien jeune. Il est trop jeune pour un emploi si important. Il a été fait chancelier bien jeune. Il fut maréchal de France très-jeune.
• Jeunes de langue, Jeunes gens que quelques gouvernements entretiennent pour apprendre les langues orientales, et devenir capables de servir de drogmans. Dans cette dénomination, Jeunes est pris substantivement.
• JEUNE, se dit aussi, surtout au sens moral et dans le style élevé, De ce qui appartient, de ce qui est propre à une personne jeune. De jeunes désirs. De jeunes ardeurs. Cette pensée enflammait son jeune courage.
• Le jeune âge, L'âge, le temps où l'on est jeune. Dès son plus jeune âge. Dans mon jeune âge. On dit de même, surtout en poésie, Jeunes ans, jeunes années, jeune saison. Dès ses plus jeunes ans. Dans ses jeunes années. Dans ma jeune saison. On dit encore, familièrement, Dans son jeune temps, dans mon jeune temps, etc.
• Fig. et fam., Une jeune barbe, Un jeune homme. Il veut décider de tout, et ce n'est qu'une jeune barbe.
• Fig. et fam., Il a la barbe trop jeune, se dit D'un jeune homme, quand il veut faire des choses qui demandent plus de maturité, plus d'expérience qu'on n'en peut avoir à son âge.
• Cette couleur est jeune, Elle ne convient qu'à des personnes jeunes. Cette couleur est trop jeune pour moi.
• JEUNE, se dit particulièrement pour Cadet, par opposition à Aîné. Un tel, le jeune. Dubois jeune, pharmacien.
• Se dit aussi, par opposition à Ancien, pour distinguer certains personnages historiques. Pline le jeune. Denys le jeune.
• JEUNE, se dit, par extension, De celui qui a encore quelque chose de l'ardeur, de la vivacité et de l'agrément de la jeunesse. Il ne vieillit point, il est toujours jeune. On le dit, dans le même sens, De ce qui appartient aux personnes. Il a le visage aussi jeune que s'il n'avait que vingt ans. Avoir la voix jeune. Il a toujours l'esprit jeune, l'humeur jeune, le coeur jeune.
• Avoir encore le goût jeune, les goûts jeunes, se dit D'une personne avancée en âge qui conserve les inclinations de la jeunesse.
• JEUNE, signifie quelquefois, Étourdi, évaporé, qui n'a point encore l'esprit mûr. Mon Dieu, qu'il est jeune! Je crois qu'il sera longtemps jeune, qu'il sera toujours jeune.
• JEUNE, se dit également Des animaux, par rapport à l'âge qu'ils vivent ordinairement. Un jeune chien. Un jeune chat. Un jeune oiseau. Un jeune coq.
• Prov., Il est fou comme un jeune chien, se dit D'un jeune garçon étourdi et folâtre.
• Prov., Jeune chair et vieux poisson, La viande des jeunes bêtes est la plus délicate, et les plus grands poissons sont ordinairement les meilleurs.
• JEUNE, se dit pareillement Des arbres et des plantes. Un jeune chêne. Un jeune noyer. Un jeune arbre. Un jeune arbrisseau. Un jeune bois. Un jeune taillis. Un jeune plant. Une jeune vigne. Une jeune plante.
• Se dit particulièrement, dans l'Administration forestière, Des baliveaux de l'âge du taillis, par opposition aux baliveaux modernes, qui ont deux ou trois âges, et aux baliveaux anciens, qui ont plus de trois âges.

JEÛNE .s.m.
• Pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s'abstenir d'aliments par esprit de mortification. L'usage du jeûne est de la plus haute antiquité. Les fêtes d'Éleusine étaient accompagnées de jeûnes. Le jeûne des Turcs pendant la fête du Ramadan. Le jeûne des brahmanes. Le jeûne de Moïse et celui d'Élie durèrent quarante jours. Le jeûne de JÉSUS-CHRIST fut de quarante jours. Parmi les Juifs, la fête des Expiations était précédée d'un jeûne solennel. Ordonner un jeûne public, un jeûne solennel en expiation de quelque crime. Rompre son jeûne. Jeûne de précepte. Jeûne de dévotion. Jeûne volontaire. Par le jeûne et par la prière.
• Se dit particulièrement Du jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner. Le jeûne est de précepte ecclésiastique. Le jeûne du carême. Tous les jours de jeûne. Il est jeûne aujourd'hui. Un jeûne de commandement. Un jeûne ordonné par l'Église. Il y a tant de jeûnes dans l'année. Dans l'ancienne Église, le jeûne se pratiquait d'une autre manière qu'à présent. Pour observer le jeûne, on ne mangeait qu'après le soleil couché, comme font encore les protestants et les calvinistes.
• Prov. et fig., Il a fait bien des jeûnes qui n'étaient pas de commandement, Il a été longtemps sans trouver de quoi manger.
• JEÛNE, se dit aussi, dans une signification générale, de Toute abstinence d'aliments. Un trop long jeûne ruine la santé.
• Se dit quelquefois, figurément et familièrement, de Toute autre espèce d'abstinence ou de privation. Depuis un mois mon médecin m'a défendu de rien lire: c'est un long jeûne qu'il m'a imposé.

JEUNEMENT . adv.
• Nouvellement. .Chasse, qui n'est usité que dans cette phrase, Cerf de dix cors jeunement, Cerf qui a pris depuis peu un cors de dix andouillers de chaque côté.

JEÛNER . v. n.
• S'abstenir d'aliments, ou de certains aliments, par esprit de dévotion, de mortification. JÉSUS-CHRIST jeûna pendant quarante jours. Jeûner et prier. Il jeûne pour se mortifier. Jeûner fort régulièrement. Jeûner au pain et à l'eau. Jeûner par dévotion. Il jeûne tous les samedis. Dans l'ancienne Église, on jeûnait jusqu'au soleil couché. Jeûner tout le carême. Jeûner durant tout le carême. Jeûner deux fois la semaine.
• Il signifie aussi, Manger peu, manger moins qu'il ne faut, ou même ne point manger du tout, soit par une abstinence volontaire, soit par une abstinence forcée et faute d'aliments. C'est un avare qui fait jeûner ses domestiques. Il est trop replet, il faut le faire jeûner pour le guérir. Les soldats ont souvent jeûne pendant cette campagne.
• Il signifie quelquefois, figurément et familièrement, S'abstenir ou être privé de certaines jouissances, etc. Il y a plus de six mois que je n'ai pu aller au spectacle: c'est trop longtemps jeûner.

JEUNESSE . s. f.
• Cette partie de la vie de l'homme, qui est entre l'enfance et l'âge viril; ou L'état d'une personne jeune. Durant la jeunesse. La jeunesse passe bien vite. Dans sa première jeunesse. Dès sa plus tendre jeunesse. Dans sa verte jeunesse. La vigueur, le feu, les feux, l'ardeur, les ardeurs de la jeunesse. L'éclat, la fraîcheur de la jeunesse. Les premiers temps de la jeunesse. Les plaisirs de la jeunesse. Passer sa jeunesse dans les plaisirs. Du tempérament dont il est, il doit avoir eu une jeunesse bien vigoureuse. Les fautes, les erreurs, les égarements de la jeunesse. Il eut une jeunesse étourdie, une jeunesse folle. Il a employé sa jeunesse à voyager. Il a bien employé sa jeunesse. Il a perdu sa jeunesse. Il a bien fait des traits de jeunesse.
• Adverbial. et fam., De jeunesse, Dès la jeunesse. Il est accoutumé à cela de jeunesse. Je sais cela de jeunesse.
• Prov. et fig., Jeunesse est forte à passer, ou mieux, est difficile à passer, Dans la jeunesse on a bien de la peine à modérer ses passions. On dit à peu près dans le même sens, Il faut que jeunesse se passe, On doit avoir de l'indulgence pour les fautes que la vivacité et l'inexpérience de la jeunesse font commettre.
• Avoir un air de jeunesse, Paraître encore jeune, quoique l'on soit déjà d'un certain âge.
• JEUNESSE, signifie, collectivement, Ceux qui sont dans l'âge de la jeunesse, et même Ceux qui sont encore dans l'enfance. Enseigner la jeunesse. Corriger la jeunesse. Élever la jeunesse. L'instruction de la jeunesse. Il ne faut pas donner tant de liberté à la jeunesse. Avoir de l'indulgence pour la jeunesse. Il faut pardonner bien des choses à la jeunesse. La jeunesse est folâtre.
• Prov. et fig., La jeunesse revient de loin, Les personnes jeunes réchappent souvent des maladies les plus dangereuses. Cela se dit aussi pour faire entendre que La jeunesse peut revenir de grandes erreurs, de grands égarements.
• Prov. et fig., Si jeunesse savait et vieillesse pouvait, Si la jeunesse avait de l'expérience, et que la vieillesse eût de la force.
• JEUNESSE, signifie aussi, collectivement, Ceux qui sont de l'âge de vingt ans à trente-cinq ou environ. Il y avait à ce bal bien de la jeunesse. Avez-vous jamais vu plus de jeunesse ensemble, de plus belle jeunesse, une jeunesse mieux faite, plus adroite, plus brave, plus leste?
• Il s'entend quelquefois, dans ce dernier sens, Du sexe masculin seulement. Toute la jeunesse de la ville s'exerçait. On arma toute la jeunesse. La fleur de notre jeunesse a péri dans ce combat.
• Se dit quelquefois, populairement, d'Une personne jeune, et surtout d'Une jeune fille. C'est une jeunesse, une jolie jeunesse. Cette jeunesse-là fait la fière.
• JEUNESSE, se dit aussi, dans un sens analogue au premier, en parlant Des animaux et même des arbres. Cet animal est très-folâtre dans sa jeunesse. On remarque, dans la jeunesse de l'arbre, que...

JEUNET
, ETTE. adj. diminutif.
• Qui est extrêmement jeune. Il est tout jeunet. Elle est bien jeunette. Elle est encore jeunette. Il est familier, et ne s'emploie guère qu'au féminin.

JEÛNEUR
, EUSE. s.
• Celui, celle qui jeûne. Il n'est guère usité qu'avec l'adjectif Grand. C'est un grand jeûneur. C'est une grande jeûneuse. Les Orientaux sont de grands jeûneurs. Il est familier.

JOAILLERIE . s. f.
• Art, métier, commerce de joaillier. Il se mêle de joaillerie. Il s'est enrichi à la joaillerie.
• Se dit aussi Des marchandises qui consistent en joyaux, en pierreries, etc. Une pacotille de joaillerie. Des articles de joaillerie.

JOAILLIER
, IÈRE. s.
• Celui, celle qui travaille en joyaux, en pierreries, ou dont la profession est d'en vendre. Riche joaillier. Marchand joaillier.

JOCKEY .s.m.
• Mot emprunté de l'anglais, qui se dit d'Un très-jeune domestique principalement chargé de conduire la voiture en postillon.

JOCKO .s.m.
• T. d'Hist. nat. Espèce de singe, qu'on nomme aussi Pongo.

JOCRISSE .s.m.
• T. injurieux. Se dit d'Un benêt qui se laisse gouverner, ou qui s'occupe des soins les plus bas du ménage. C'est un jocrisse. Il est populaire.
• Se dit aussi d'Un valet niais et maladroit.

JOIE . s. f.
• Mouvement vif et agréable que l'âme ressent dans la possession d'un bien réel, ou imaginaire. Grande joie. Joie extraordinaire, excessive, immodérée. Longue joie. Courte joie. Fausse joie. Joie publique. Épanchement de joie. Mouvement de joie. Transport de joie. Cris de joie. Larmes de joie. Signes de joie. Marques de joie. Être saisi de joie. Être ravi, transporté de joie, ivre de joie. Donner, causer de la joie à quelqu'un. Le combler de joie. Recevoir de la joie. Tressaillir de joie. Pleurer de joie. Pâmer, mourir de joie. Nager dans la joie. Il ne se sent pas de joie. Vous êtes bien en joie. La joie paraissait sur son visage. Dans la joie où elle était de le revoir, qu'elle avait à le revoir. J'ai eu la joie de les voir unis. La joie épanouit le coeur. J'en ai bien de la joie. Je prends part à votre joie. Quelle joie pour un père! Je vous servirai avec joie. Cette nouvelle remplit la ville de joie. Leur joie se changea en tristesse.
• Feu de joie, Feu qu'on allume dans les rues, dans les places publiques, en signe de réjouissance. On fit des feux de joie pour la naissance de ce prince, pour la prise de cette ville.
• Fam., Être à la joie de son coeur, et mieux, Être dans la joie de son coeur, Être transporté de joie.
• Faire la joie, être la joie de quelqu'un, Être pour lui un grand sujet de joie, faire son bonheur. Ce jeune homme est la joie de ses parents. Ce fils vertueux fait la joie de sa mère.
• Prov., Se donner au coeur joie, ou mieux, à coeur joie de quelque chose, En jouir pleinement, abondamment, s'en rassasier. On dit dans le même sens, S'en donner à coeur joie.
• JOIE, se prend quelquefois pour Gaieté, humeur gaie. Cet homme est toujours en joie. Son air inspire la joie. La joie bruyante des convives. La joie d'un festin.
• Se dit aussi quelquefois, au pluriel, pour Plaisirs, jouissances. Les joies d'une mère. Vivre dans les joies du monde. Les joies du paradis.
• Une fille de joie, Une prostituée.

JOIGNANT
, ANTE. adj.
• Qui est contigu. Il ne se dit que Des maisons, des jardins, et autres possessions en terres. Une maison joignante à la mienne. Un champ joignant la prairie. Les maisons joignantes ont été brûlées.
• Il est quelquefois préposition; et alors il signifie, Tout proche, sans qu'il y ait rien entre-deux. Une maison joignant, tout joignant la sienne. Joignant l'hôtel de... Joignant l'église de...

JOINDRE . v. a.
• (Je joins, nous joignons. Je joignais. Je joignis. J'ai joint. Je joindrai. Je joindrais. Joins. Que je joigne. Que je joignisse. Joignant.) Approcher deux choses l'une contre l'autre, en sorte qu'elles se touchent ou qu'elles se tiennent. Ces pièces de bois n'ont pas été jointes, ne sont pas bien jointes. Joindre deux planches avec de la colle forte, avec des chevilles. Joindre deux morceaux d'étoffe en les cousant ensemble.
• Joindre les mains, Approcher les deux mains en sorte qu'elles se touchent en dedans. Joindre les mains pour prier Dieu, pour demander pardon. Joignez les mains.
• Prov. et fig., Avoir de la peine à joindre les deux bouts de l'année, ou simplement, à joindre les deux bouts, Fournir difficilement à sa dépense annuelle.
• JOINDRE, signifie aussi, Ajouter, mettre une chose avec une autre, en sorte qu'elles fassent un tout, ou que l'une soit le complément de l'autre. Joignez cette maison à la vôtre. Il a joint ces deux jardins. En joignant ces deux sommes, on a pour total... Joindre les intérêts au capital. On a joint à l'ouvrage une table analytique des matières. On est tenu de joindre à sa réclamation les pièces qui constatent, etc. Joignez à cela que...
• En termes de Procédure: Joindre deux instances, deux causes. Joindre un incident à l'instance principale. Joindre le profit du défaut. Etc.
• En Grammaire, Joindre un mot à un autre, avec un autre. On joint quelquefois ce verbe, ou ce verbe se joint quelquefois au pronom personnel, avec le pronom personnel.
• JOINDRE, signifie aussi, Unir, allier. Joindre l'utile à l'agréable. Joindre l'autorité spirituelle avec la temporelle. Joindre la prudence et la valeur, à la valeur, avec la valeur. Joindre la douceur et la majesté. Joignons nos familles par cette alliance. Ils sont joints ensemble pour leur intérêt commun. Ils sont joints d'amitié, il faut les joindre encore d'intérêt. Ils résolurent de joindre leurs forces, de joindre leurs armes, etc. Joindre ses prières à celles d'un autre. Ils joignirent leurs efforts.
• Il signifie aussi, Se réunir à. L'armée de... a joint l'armée de... L'escadre de tel chef a joint l'armée navale.
• Il signifie encore, Atteindre, attraper. Quoiqu'il fût parti avant moi, je le joignis bientôt.
• Joindre quelqu'un, signifie aussi, Se rencontrer avec lui, parvenir à le trouver et à lui parler. Si une fois je puis le joindre, je lui parlerai comme il faut.
• JOINDRE, s'emploie aussi avec le pronom personnel, soit comme verbe réfléchi, soit comme verbe réciproque. L'endroit où une chose se joint à une autre, où deux choses se joignent. Ces deux fruits se sont joints de manière à n'en former qu'un seul. Cette rivière va se joindre à telle autre en tel endroit. À ces premières difficultés vint se joindre une difficulté plus grave encore. En lui se joignaient les qualités les plus opposées. Quand la douceur se joint à une grande fermeté. Ces deux familles se sont jointes par plusieurs alliances. Quand il a vu qu'il était trop faible, il s'est joint à un tel, avec un tel. Il se joignit au parti contraire. Ils se sont joints pour défendre leurs intérêts communs. Ce corps d'armée est allé se joindre à tel autre. Ils se joignirent en tel endroit. Depuis huit jours que nous sommes à Paris l'un et l'autre, nous n'avons pu nous joindre une seule fois.
• Il est quelquefois neutre, mais seulement dans le premier sens. Ces planches, cette porte, ces fenêtres ne joignent pas bien. Faites que cela joigne mieux. Faire joindre deux ais.
• JOINT, OINTE participe, Des ais bien joints. À mains jointes. Sauter à pieds joints. Une instance jointe au principal. Deux armées jointes.
• Ci-joint, Ici joint, ou joint à ceci. Il ne se dit que D'un écrit, d'une pièce que l'on joint à une lettre, à un mémoire, etc. Les papiers ci-joints. Les pièces ci-jointes. La déclaration ci-jointe. Vous trouverez ci-jointe la copie, une copie du traité. Il reste invariable quand le substantif qui suit est employé sans article, ou lorsque, précédant un substantif qui a l'article, il commence la phrase. Vous trouverez ci-joint copie de sa lettre. Ci-joint quittance. Ci-joint l'expédition du jugement.
• JOINT QUE loc. conjonctive, Ajoutez que, outre que. Il n'a pas fait votre affaire, parce qu'il était malade, joint qu'il n'avait pas les papiers nécessaires. On dit plus ordinairement, Joint à ce que, joint à cela que.

JOINT .s.m.
• Articulation, l'endroit où deux os se joignent. Il a le bras cassé au-dessus du joint. Le joint de l'épaule. Trouver le joint.
• Se dit aussi en parlant De quelques autres choses, comme des pierres, des pièces de menuiserie. Remplir les joints des pierres. Il faut que les pierres aient tant de pouces de joint. Ces ouvrages de menuiserie, de marqueterie, de rapport, sont si bien travaillés, qu'on n'en voit pas les joints.
• Fig. et fam., Trouver le joint, Trouver la meilleure façon de prendre une affaire.

JOINTÉ
, ÉE. adj.
• T. d'Art vétérinaire, qui s'emploie surtout avec les mots Court et Long, pris adverbialement. Cheval court-jointé, cheval long-jointé, Cheval qui a le paturon trop court et disproportionné, ou qui a cette partie trop longue. Les chevaux court-jointés deviennent aisément bouletés et droits sur leurs membres. Les chevaux long-jointés ont rarement de la force, ils ne réussissent pas au travail.

JOINTÉE . s. f.
• Autant que les deux mains rapprochées peuvent contenir. Une jointée d'orge. Une jointée d'avoine.

JOINTIF
, IVE. adj.
• T. d'Archit. et de Menuiserie. Qui est joint. Les lattes de ce plafond sont jointives.

JOINTOYER . v. a.
• .Maçonnerie. Remplir les joints des pierres avec du mortier ou du plâtre.
• JOINTOYÉ, ÉE. participe

JOINTURE . s. f.
• Joint. Toutes les jointures du corps. Au-dessus de la jointure. Il avait des douleurs dans les jointures. Ces deux pierres, ces deux morceaux de bois sont si bien ajustés, qu'on ne peut apercevoir la jointure. Il est moins usité que Joint, lorsqu'on parle d'autre chose que des os.

JOLI
, IE. adj.
• Gentil, agréable. Il ne se dit guère que De ce qui est petit en son espèce, et qui plaît plutôt par la gentillesse que par la beauté. Un joli enfant. Une jolie fille. Une jolie personne. Elle est plus jolie que belle. Elle n'est pas belle, mais elle est jolie. Elle a un joli minois. C'est un joli garçon, un joli homme, un joli soldat, un joli officier, un joli cavalier. Il est d'une jolie taille. Avoir de jolis yeux, un joli pied, une jolie main. Un joli chien. Un joli cheval. Un joli cabinet. Un joli habit. Une jolie coiffure. Sa maison de campagne est très-jolie. Un joli site. Un joli paysage. Un joli spectacle. Une jolie fête. Dire de jolies choses. Faire de jolis vers, un joli madrigal, une jolie chanson.
• Fig., C'est un joli sujet, se dit D'un jeune homme qui se distingue et se fait estimer par sa bonne conduite, par son mérite. On a dit, dans le même sens, Il est joli garçon.
• Ironiq. et pop., Il est joli garçon, se dit D'un homme qui s'est enivré, qui a été battu, qui est en mauvais état. Vous venez du cabaret, vous voilà joli garçon. Vous vous êtes fait joli garçon. Cela se dit également De celui qui a mis ses affaires en désordre par la débauche, par sa mauvaise conduite. Il a dissipé son bien, il s'est fait joli garçon. On dit aussi, dans une acception analogue au premier sens, Il est dans un joli état.
• Fam., Le tour est joli, Le tour est plaisant. On dit de même, Il lui a joué un joli tour.
• JOLI, se dit familièrement De ce qui est avantageux. Le voilà maintenant dans une très-jolie position. Il vient d'obtenir une assez jolie place. On lui donne cent mille francs de dot; cela est fort joli.
• Se dit aussi De ce qui est digne d'être apprécié, remarqué. Ce militaire a fait une jolie action à tel siége, à telle bataille. Ce sens est vieux.
• JOLI, se dit souvent, par ironie et familièrement, D'une personne ou d'une chose déplaisante, ridicule, etc. Je vous trouve bien joli. Vraiment vous êtes joli de me parler de la sorte. Vous tenez là de jolis discours. Cela est joli de se faire attendre. Vous avez fait une jolie action. Il vient de faire là quelque chose de joli.
• JOLI, est quelquefois substantif, dans le premier sens. Le beau est au-dessus du joli. Cela passe le joli.
• Fam., Le joli de l'affaire est que... Le plaisant, le plus piquant de l'affaire est que...

JOLIET
, ETTE. adj.
• Diminutif de Joli. Il n'est guère d'usage qu'au féminin, et dans le langage familier. Elle est joliette.

JOLIMENT . adv.
• D'une manière jolie, bien. Cela est joliment travaillé. Il danse fort joliment. Cet enfant répond joliment. Il écrit joliment, très-joliment.
• Se dit quelquefois par ironie, dans le langage familier. J'ai joliment arrangé le drôle.
• Se dit encore, dans un langage très-familier, pour Beaucoup, extrêmement. Elle l'a joliment tancé. Vous vous êtes joliment trompé.

JOLIVETÉ . s. f.
• Se dit Des babioles, des bijoux, et de certains petits ouvrages qui n'ont pas ou qui ont peu d'utilité. On ne l'emploie guère qu'au pluriel. Il sait faire mille petites jolivetés. Il apporta d'Italie mille petites jolivetés.
• Se dit aussi Des gentillesses d'un enfant. C'est un aimable enfant, il fait, il dit cent petites jolivetés. Dans les deux sens, il est vieux.

JONC .s.m.
• Genre de plantes, à tige droite et flexible, qui croissent ordinairement le long des eaux, ou même dans l'eau, et dont plusieurs espèces servent à faire des liens, des nattes, des cannes, etc. Jonc de marais. Une touffe de joncs. C'est un mauvais terrain, il n'y croît, il n'y vient que du jonc, que des joncs. Lier avec du jonc. Des paniers de jonc. Balai de jonc. Nattes de jonc. Canne de jonc.
• Se dit aussi de Quelques autres plantes qui ne sont pas de véritables joncs, telles que le Jonc marin, le Jonc fleuri, le Jonc odorant, etc.
• Se dit quelquefois absolument d'Une canne de jonc. Acheter un jonc. Cela plie comme un jonc.
• Fam., Être droit comme un jonc, Avoir la taille bien droite. Cette jeune fille est droite comme un jonc.
• JONC, se dit aussi d'Une espèce de bague dont le cercle est égal partout. Un jonc d'argent. Un jonc de diamants. Un jonc de rubis. Un jonc entouré de rubis ou de diamants.

JONCHÉE . s. f.
• Toutes sortes d'herbes, de fleurs et de branchages dont on jonche les rues, les églises, etc., un jour de cérémonie. Jeter de la jonchée. Faire une jonchée d'herbes et de fleurs.
• JONCHÉE, signifie aussi, Un petit fromage de crème ou de lait caillé, fait dans une espèce de panier ou de clisse de jonc. Une jonchée de crème. Vendre, acheter de la jonchée.

JONCHER . v. a.
• Parsemer de jonc, de feuillages, de fleurs, de branchages verts, pour une cérémonie. Les habitants jonchèrent les rues d'herbes odoriférantes. Toutes les églises étaient jonchées de fleurs.
• Se dit aussi, figurément, en parlant D'une grande quantité d'objets que l'on épand, ou qui sont épars çà et là. Les débris dont l'ouragan avait jonché le sol. Les ennemis jonchèrent de leurs morts le champ de bataille. Plus de vingt mille cadavres jonchèrent la place. La terre était jonchée de morts, de cadavres.
• JONCHÉ, ÉE. participe

JONCHETS .s.m. pl.
• Certains petits bâtons fort menus, que l'on jette confusément les uns sur les autres pour jouer à qui en retirera le plus avec un crochet, sans en faire remuer d'autres que celui qu'on cherche à dégager. Des jonchets d'ivoire. Jouer aux jonchets. Les jonchets sont un jeu d'enfants. Quelques-uns disent, Honchets.

JONCTION . s. f.
• Action de joindre; union, réunion. Les deux armées opérèrent leur jonction. La jonction de deux armées. La jonction des deux mers. La jonction de deux rivières, de deux chemins, etc. Depuis la jonction de ces deux princes. La jonction d'un incident au principal. Jugement de jonction.

JONGLERIE . s. f.
• Charlatanerie, tour de passe-passe.
• Se dit, figurément et familièrement, de Toute fausse apparence par laquelle une personne cherche à en imposer. Je ne suis pas la dupe de ses jongleries.

JONGLEUR .s.m.
• Il se disait autrefois d'Une espèce de ménétrier qui allait, chantant des chansons, dans les cours des princes et dans les maisons des grands seigneurs. Il signifie maintenant, Joueur de tours de passe-passe, bateleur, charlatan. C'est un jongleur, un vendeur d'orviétan. Plusieurs peuples sauvages ont des jongleurs qui exercent la médecine et la magie. Les jongleurs indiens.
• Se dit, figurément et familièrement, de Tout homme qui cherche à en imposer par de fausses apparences. Il déjoua les ruses de ces jongleurs politiques.

JONQUE . s. f.
• Sorte de vaisseau fort en usage dans les Indes et à la Chine. Une jonque chinoise.

JONQUILLE . s. f.
• Plante du genre des Narcisses, que l'on cultive dans les jardins à cause de l'élégance de son port et du parfum que ses fleurs répandent. On le dit également de La fleur de cette plante. Jonquille simple. Jonquille double. Odeur de jonquille. Essence de jonquille. Des gants parfumés de jonquille.

JOSEPH . adj.
• .Papeterie. Nom que l'on donne à une sorte de papier mince et transparent. Une feuille de papier joseph.

JOUAIL .s.m.
• .Marine. Voyez JAS.

JOUAILLER . v. n.
• Jouer petit jeu, et seulement pour s'amuser. Il ne fait que jouailler. Il est familier.

JOUBARBE . s. f.
• .Bot. Plante grasse et toujours verte, dont l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les toits et sur les murs. Le suc de joubarbe est calmant et rafraîchissant.

JOUE . s. f.
• La partie du visage de l'homme qui est au-dessous des tempes et des yeux, et qui s'étend jusqu'au menton. Joue droite. Joue gauche. Avoir les joues rouges, les joues vermeilles, les joues enflées, les joues creuses. Avoir une fluxion sur la joue. Baiser à la joue, sur la joue.
• Fig. et fam., Avoir les joues cousues, Avoir les joues creuses, le visage extrêmement maigre.
• Fam., Donner sur la joue, couvrir la joue à quelqu'un, Lui donner un soufflet.
• Tendre la joue, Présenter la joue. Cet enfant vous tend la joue, pour que vous l'embrassiez.
• Coucher, mettre en joue, Ajuster son fusil et viser, pour tirer sur quelqu'un, sur quelque chose. J'ai couché l'animal en joue. Il le tenait couché en joue. On dit elliptiquement, dans les commandements militaires, En joue, feu.
• Fig. et fam., Coucher en joue, Observer, ne pas perdre de vue une personne ou une chose sur laquelle on a quelque dessein. Il était dans un coin, il la regardait, il la couchait en joue. Il aspire à cette charge, à cette place, il recherche cette fille en mariage, depuis longtemps il la couche en joue.
• JOUE, se dit aussi de Cette partie de la tête du cheval qui répond à la joue dans l'homme. Ce cheval a trop de joue.
• JOUE, en termes de Marine, signifie, Cette partie arrondie de la coque d'un navire, qui est comprise entre le mât de misaine et l'étrave. Ce vaisseau a la joue forte.

JOUÉE . s. f.
• T. d'Archit. Épaisseur du mur dans l'ouverture d'une porte, d'une fenêtre, d'un soupirail. Cette fenêtre a beaucoup de jouée. On dit dans un sens analogue, La jouée d'un abat-jour, d'une lucarne.

JOUER . v. n.
• Se récréer, se divertir, s'ébattre, folâtrer. Ces enfants jouent ensemble. Menez-les jouer Ils jouent l'un avec l'autre. Vous jouez un peu rudement, vous m'avez blessé. Ne sauriez-vous jouer sans vous fâcher? Un petit garçon qui joue avec un cheval de bois. Ne jouez pas avec ce pistolet, il est chargé.
• Fig., Jouer avec sa vie, avec sa santé, etc., N'user d'aucun ménagement pour conserver sa vie, sa santé, etc. On dit aussi quelquefois, Jouer avec la vie, Ne point la regarder comme une chose sérieuse, et agir en conséquence.
• Ce cheval joue avec son mors, se dit D'un cheval qui mâche son mors avec action.
• Jouer sur le mot, sur les mots, Faire des allusions, des équivoques sur les mots. Il aime à jouer sur le mot. Ne jouons pas sur les mots, et parlons sérieusement.
• JOUER, s'emploie souvent avec le pronom personnel, dans le même sens. Cet enfant se joue avec tout ce qu'on lui donne. Les petits chats se jouent avec des balles, avec des boules de papier. Des oiseaux qui se jouent dans le feuillage. Se dit quelquefois, poétiquement, Des choses. Un ruisseau qui semble se jouer, qui se joue dans la prairie.
• Faire quelque chose en se jouant, Faire quelque chose en s'amusant, en badinant, sans application et sans peine. Cet ouvrage aurait paru difficile à tout autre, il l'a fait en se jouant.
• Se jouer de quelque chose, Surmonter, braver sans peine, et comme en se jouant, ce qui, pour d'autres, semble difficile, dangereux, etc. Ces hommes robustes se jouent des travaux les plus rudes. Il se joue de toutes les difficultés.
• Fig., Se jouer de quelque chose, S'en moquer, le traiter d'une manière frivole ou dérisoire, témoigner qu'on n'en fait point de cas. C'est un homme sans foi, il se joue de ses engagements. Il ne faut pas se jouer ainsi des lois. Il signifie aussi, Disposer de quelque chose arbitrairement et selon son caprice. Se jouer de la vie des hommes.
• En Jurispr. féodale, on disait qu'Un seigneur pouvait se jouer de son fief, lorsqu'il lui était permis de le démembrer, et même d'en vendre une partie, sans qu'il fût rien dû au suzerain, pourvu qu'il retînt la foi entière et quelque droit seigneurial et domanial sur la partie aliénée. Ce seigneur n'avait pas le droit de se jouer de son fief.
• Fig., Se jouer de quelqu'un, Se moquer de lui, le railler adroitement. Ne Voyez-vous pas qu'on se joue de vous? Penserait-il se jouer de moi? On dit dans un sens analogue, Ce chat se joue de la souris qu'il a prise, ce tigre se joue de sa proie, etc., lorsqu'il feint à plusieurs reprises de la laisser échapper, pour la ressaisir aussitôt.
• Se jouer de quelqu'un, signifie aussi, Le décevoir, tromper ses projets, ses conjectures, etc. La fortune se joue des hommes. La nature semble quelquefois se jouer de la science.
• Se jouer de quelqu'un, signifie encore, Le tromper en lui donnant de belles paroles. Il m'a longtemps fait des promesses, donné des espérances, il se jouait de moi.
• Fig. et fam., Se jouer à quelqu'un, L'attaquer inconsidérément. Ne vous jouez pas à lui, il n'entend pas raillerie. Quoi! il a osé se jouer à moi? Il s'est joué à son maître. On dit aussi, Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas, Ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.
• JOUER, signifie quelquefois, au figuré, Se mettre en danger de; et, dans cette acception, il est toujours suivi de la préposition à. Cet homme joue à se faire pendre. Il joue à tout perdre. Vous jouez à vous casser le cou, à vous noyer. Vous jouez à vous perdre.
• JOUER, signifie aussi, Se divertir, s'occuper à un jeu quelconque. Jouer à colin-maillard, à la main chaude, au roi dépouillé, au propos interrompu, etc. Jouer aux échecs, au trictrac, à la boule, aux cartes, aux dés. Jouer aux barres, à la paume, au volant, au billard, au mail, etc. Jouer à qui fera une chose plus vite, mieux, etc. Jouer à qui perd gagne. Jouer avec quelqu'un. Jouer contre quelqu'un. Jouer deux contre deux. Tirer au sort à qui jouera le premier. Jouer bien. Jouer mal. Il ne sait pas jouer. Il joue de son mieux. Il joue de son reste. Il joue bien, mais il joue de malheur. Gagner avec un aussi mauvais jeu, c'est jouer de bonheur. Il joue à jeu sûr. Jouer à quitte ou double, ou Jouer quitte ou double. Aller jouer dans un tripot. On ne donne plus à jouer dans cette maison.
• Se dit quelquefois absolument en parlant De l'habitude de jouer à des jeux de commerce ou de hasard, et se prend ordinairement dans un sens défavorable. C'est un homme qui joue. Il commence à se ranger, il ne joue plus. Rien ne peut l'empêcher de jouer.
• À certains Jeux de cartes, Faire jouer, Nommer la couleur dans laquelle le coup doit être joué. C'est lui qui fait jouer. On dit aussi, Jouer sans prendre, ou simplement Jouer, et Faire jouer sans prendre, ou simplement Faire jouer, Jouer, obliger l'adversaire à jouer sans écarter et sans prendre de nouvelles cartes. Jouez-vous? Faites-vous jouer?
• Au Quadrille et au Tri, Jouer sans prendre, Jouer sans demander le roi.
• Prov. et par exagérat., Il jouerait les pieds dans l'eau, se dit D'un joueur déterminé.
• Fam. et en plaisantant, Ne jouer que pour l'honneur, ou activement, Ne jouer que l'honneur, Jouer sans intéresser le jeu.
• Fig. et fam., Jouer au roi dépouillé, se dit Quand plusieurs personnes sont autour de quelqu'un pour le piller, le ruiner.
• Fig. et fam., Jouer au plus sûr, Choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque, dont les inconvénients paraissent moins grands et le succès plus certain. Jouer à jeu sûr, Être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
• Fig. et fam., Jouer au fin, au plus fin, Employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.
• Fig. et fam., Jouer de bonheur, Réussir dans une affaire où l'on avait à craindre d'échouer. On dit dans le sens contraire, Jouer de malheur.
• Fig. et fam., Jouer à quitte ou double, ou Jouer quitte ou double, Risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.
• Fig. et fam., Jouer à qui perd gagne, se dit Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
• Fig. et fam., Jouer de son reste, Prendre un moyen extrême après lequel on n'a plus de ressource. Il signifie aussi, Achever de consumer son bien. Il a si bien joué de son reste, qu'il en est à l'aumône. Cela se dit encore en parlant Du dernier parti, des dernières ressources qu'on tire de sa place, de sa situation, etc. Ce ministre joue de son reste. Cette coquette joue de son reste.
• JOUER, s'emploie quelquefois avec le nom de l'espèce de monnaie qu'on met au jeu. Jouer aux écus, aux louis.
• S'emploie aussi, à certains Jeux de Cartes, avec le nom de la couleur dans laquelle on joue. Jouer en carreau, en coeur, en trèfle, etc.
• JOUER, signifie encore, Se servir de l'instrument qui est nécessaire pour jouer à tel ou tel jeu. Jouer du battoir, au battoir. Jouer avec une raquette. Jouer de masse. Jouer de queue.
• Jouer des gobelets, Faire des tours de passe-passe avec des gobelets. On le dit aussi, figurément et familièrement, D'un fourbe, d'une personne qui cherche à tromper ceux avec qui elle traite.
• Jouer des mains, Badiner avec les mains, se donner des coups l'un à l'autre avec les mains. C'est une très-mauvaise habitude que de jouer des mains. Ces enfants jouent toujours des mains.
• Jouer de l'espadon, jouer du bâton à deux bouts, etc., Les manier avec adresse. On dit dans un sens analogue, Jouer du drapeau.
• Fig. et pop., Jouer des jambes, Courir. On le dit surtout D'une personne qui s'enfuit. Il se mit aussitôt à jouer des jambes.
• Fig. et fam., Jouer de la prunelle, Jeter des oeillades, faire quelques signes des yeux. Se dit ordinairement en parlant Des signes qu'un homme et une femme se font l'un à l'autre, quand ils sont d'intelligence.
• Fig. et pop., Jouer des couteaux, Se battre à l'épée.
• Fig. et pop., Jouer de la poche, Tirer de l'argent de sa poche pour payer. Jouer du pouce, Compter de l'argent pour payer.
• JOUER, signifie, par extension, Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, etc. Il joue de toutes sortes d'instruments. Il joue sur tous les tons. Il joue dans le goût, dans la manière d'un tel. Faites jouer les violons.
• JOUER, signifie encore, Se mouvoir, agir d'une certaine façon. En ce sens, il se dit surtout Des ressorts, des machines, etc. Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Expliquer la manière dont les pièces d'une machine jouent entre elles.
• Il signifie également, Avoir l'aisance et la faculté du mouvement. Ce ressort joue bien, ne joue point. Cette serrure ne joue pas bien. Faites en sorte que la clef joue mieux dans cette serrure. Cet os ne joue pas comme il faut dans l'emboîture.
• Fig., Faire jouer toutes sortes de ressorts, Employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.
• JOUER, se dit aussi Des cascades, des jets d'eau, etc., qu'on lâche pour les faire couler ou jaillir. On fit jouer les eaux. Les eaux jouèrent tout le jour. Autrefois, on disait activement, dans le même sens: On joua les eaux. On a joué les eaux.
• Se dit encore D'une mine que l'on fait sauter, d'une pièce d'artillerie, d'un artifice que l'on fait partir, en y mettant le feu. La mine, le fourneau joua. Quand le canon eut joué. Faites jouer la mine, le canon. Faites jouer les pétards. On dit dans un sens analogue, Faire jouer une pompe, des pompes, Les faire aller.
• JOUER, s'emploie aussi comme verbe actif, et signifie, Faire, en parlant D'un jeu ou d'une partie de jeu, d'un coup au jeu, etc. Jouer un jeu. Jouer une partie. Jouer un coup. Jouer une partie de boston. Jouer le piquet. Jouer un cent de piquet. jouer une partie de trictrac. Jouer la partie d'honneur.
• À la Paume, Jouer une balle, Pousser une balle.
• Jouer une carte, Jeter une carte. Jouer coeur, jouer carreau, etc., Jouer une carte de ces couleurs.
• Au Piquet, Jouer bien les cartes, Tirer tout le parti possible de ses cartes. Il écarte bien, mais il joue mal les cartes.
• Jouer le jeu, Jouer suivant les règles du jeu. Vous ne jouez pas le jeu.
• Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Il a bien joué son jeu.
• Jouer un jeu, Le savoir bien jouer, le jouer par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le jouer. Quel jeu jouez-vous? est-ce le boston? est-ce le piquet? Je ne joue que le trictrac.
• JOUER, actif, se dit aussi en parlant De ce que l'on hasarde au jeu. Jouer gros jeu. Jouer un jeu d'enfer. Jouer petit jeu. Jouer deux louis sur une carte. Jouer tant à la partie. Nous ne jouons que dix sous. C'est un homme qui joue tout. Dès qu'il a quelque chose, il va le jouer.
• Fam., Il jouerait jusqu'à sa chemise, Il jouerait tout ce qu'il a.
• Fig. et fam., Jouer gros jeu, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.
• Fig., Jouer sa vie, S'exposer témérairement.
• Jouer quelqu'un, Jouer avec quelqu'un. En ce sens, il ne se dit que dans ces phrases des Jeux de paume et de volant. Je l'ai joué du battoir. Il me gagne toujours, quoiqu'il me joue par-dessous la jambe, par-dessous jambe.
• Fig. et fam., Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe, Déranger avec facilité les projets de quelqu'un, et, par supériorité d'esprit ou de conduite, l'amener aux vues que l'on a soi-même. N'ayez rien à démêler avec lui, il vous jouerait par-dessous la jambe. Il les a tous joués par-dessous jambe.
• Fig., Jouer quelqu'un, Le tromper, l'abuser. Il le joue depuis trois ans, en lui faisant espérer cet emploi. Je vois que l'on m'a joué, que je suis joué. Il avait quelque dépit de se voir joué.
• Fig. et fam., Jouer les deux, Tromper deux personnes ou deux parties qui ont des intérêts opposés, en faisant semblant de les servir l'une contre l'autre.
• Prov. et fig., Jouer une pièce, un tour à quelqu'un, Lui faire un tour ou malin ou méchant. Il a voulu me jouer un tour auprès d'un tel. On lui a joué une pièce sanglante. On dit neutralement, dans le même sens, Jouer d'un tour à quelqu'un, lui en jouer d'une, lui en jouer d'une bonne. S'il me joue de celui-là, je lui en jouerai d'un autre.
• JOUER, actif, signifie en outre, Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. Jouer un air. Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer une contredanse. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc. Écoutez l'air qu'on joue.
• Il signifie encore, Représenter, et se dit en parlant soit De la pièce de théâtre qu'on représente, soit Du personnage qu'on est chargé d'y représenter. Jouer une comédie, une tragédie, une farce. Jouer un personnage, un rôle. Jouer les amoureux, les pères nobles, les ingénues, etc. On a joué Andromaque. Un tel a joué le rôle d'Oreste, a joué Oreste. Absolument: Ce comédien joue fort bien. C'est la première fois qu'il joue. Etc.
• Jouer la comédie, Exercer la profession de comédien. Il veut jouer la comédie. Absolument, Cet acteur a cessé de jouer.
• Jouer la comédie, signifie, par extension, Faire des actions plaisantes pour exciter à rire; et, figurément, Feindre des sentiments qu'on n'a pas, chercher à paraître ce qu'on n'est pas réellement. Vous le croyez affligé, il joue la comédie.
• Fig., Jouer la douleur, la surprise, etc.; jouer l'affligé, jouer l'homme d'importance, etc., Feindre d'être affligé, d'être surpris, d'être un homme d'importance, etc.
• Par extension, Jouer tel rôle, Figurer dans quelque affaire en telle ou telle qualité, ordinairement pour faire ou pour faciliter quelque tromperie. Le prétendu mariage eut lieu: un tel joua le rôle de prêtre, et deux valets du séducteur celui de témoins.
• Fig., Jouer un rôle, Figurer dans quelque affaire, dans certains événements, y prendre part, soit à son avantage, soit d'une manière fâcheuse, avilissante, etc. Il vit bien qu'il jouait le rôle de dupe. Il y a joué un sot rôle, un fort mauvais rôle. Tous ceux qui jouèrent un rôle dans cette grande révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements. On le dit quelquefois De choses personnifiées. Le rôle que joue la mémoire dans les opérations de l'entendement. On dit aussi, mais seulement en parlant Des personnes, Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, etc.
• Jouer un grand rôle, signifie quelquefois, plus particulièrement, Faire une grande figure, occuper une grande place dans l'État. On dit, par opposition, Jouer un petit personnage, Être dans un poste peu honorable, ou Avoir peu d'influence dans une affaire.
• JOUER, signifie aussi, Railler quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre. C'est un tel qu'on a joué dans cette pièce, sous un nom emprunté. Molière a joué les faux dévots.
• JOUER, se dit encore D'une chose qui en imite une autre, qui en a l'apparence. Ce papier joue le velours. Cette étoffe joue la soie. Cette composition joue le diamant.
• JOUÉ, ÉE. participe, Au Jeu de dames, de trictrac, Dame touchée, dame jouée, Lorsqu'on a touché une dame, on est obligé de la jouer.
• Prov., C'est un jeu joué, se dit D'une feinte concertée entre deux ou plusieurs personnes.

JOUEREAU .s.m.
• (On prononce Joûreau.) Celui qui ne joue pas bien à quelque jeu, ou qui joue petit jeu. Il est familier et peu usité.

JOUET .s.m.
• Se dit Des bagatelles qu'on donne aux enfants pour les amuser, et avec lesquelles ils jouent. Jouet d'enfant. Le hochet est le jouet ordinaire des petits enfants. Cela lui sert de jouet. Acheter des jouets.
• Se dit, par extension, Des choses avec lesquelles jouent les animaux, Le jouet d'un chat, d'un jeune chien. Tout sert de jouet aux jeunes animaux.
• Se dit figurément d'Une personne dont on se joue, dont on se moque. Pensez-vous qu'il veuille être votre jouet?
• Se dit quelquefois au figuré, surtout dans le style poétique, De ce qui est abandonné à l'action impétueuse des éléments. Un vaisseau qui est le jouet des vents, des flots, des tempêtes.
• Se dit plus souvent au sens moral, dans une acception analogue. Être le jouet de la fortune, du sort, des événements, etc. Être le jouet de ses passions, de sa vanité. Être le jouet des caprices d'un maître.
• JOUET, en termes de Manége, se dit d'Une petite chaînette suspendue à la brisure du canon qui forme l'embouchure. Mettre un jouet dans la bouche du cheval, pour en solliciter l'action.

JOUEUR
, EUSE s.
• Celui, celle qui joue, qui folâtre avec quelqu'un. En ce sens, il ne s'emploie que dans ces locutions familières, Un rude joueur, une rude joueuse, Une personne qui ne sait point jouer, folâtrer, sans blesser ceux avec qui elle joue.
• Fig. et fam., C'est un rude joueur, C'est un homme à qui il ne fait pas bon se jouer.
• JOUEUR, signifie plus ordinairement, Celui qui joue à quelque jeu où il y a des règles. Combien sont-ils de joueurs? Les académies de jeux sont pleines de joueurs de mauvaise foi. Joueur de paume, joueur de boule, etc. Bon joueur de trictrac. Sot joueur.
• Prov. et fig., La balle cherche le joueur, va au joueur, se dit Quand l'occasion de faire quelque chose se présente à celui qui est le plus capable de s'en bien acquitter. On dit elliptiquement, dans le même sens, Au bon joueur la balle, et La balle au joueur.
• Beau joueur, ou Bon joueur, se dit D'un homme qui joue franchement, et qui est d'une humeur égale, soit qu'il gagne, soit qu'il perde. On dit dans le sens contraire, Mauvais joueur.
• JOUEUR, se dit absolument de Celui qui a la passion du jeu, qui fait en quelque sorte métier de jouer. Ne donnez point votre fille à ce jeune homme, c'est un joueur. Cette femme est une grande joueuse, une joueuse de profession.
• Joueur d'instrument, Celui qui joue de quelque instrument de musique. Il ne se dit guère aujourd'hui que Des musiciens de bas étage. Joueuse de harpe. Joueur de flûte. Joueur d'orgues. Joueur de guitare. Joueur de violon.
• Joueur de farces, joueur de gobelets, joueur de marionnettes, se dit de Ceux qui divertissent le public par des farces, etc.

JOUFFLU
, UE. adj.
• Qui a de grosses joues. Cette femme est trop joufflue.
• S'emploie aussi substantivement. Gros joufflu. Grosse joufflue. Ce mot est familier.

JOUG .s.m.
• (On fait sentir un peu, et comme gue, le G final, même devant une consonne.) Pièce de bois qu'on met par-dessus la tête des boeufs, et avec laquelle ils sont attelés pour tirer, pour labourer. Mettre les boeufs au joug. Leur ôter le joug.
• Il signifie figurément, Servitude, sujétion. Joug pesant, rude, insupportable. Joug honteux. Le joug de la servitude. Le joug de la loi. Mettre sous le joug. Tenir sous le joug. Imposer un joug. Porter le joug. Subir le joug. S'affranchir du joug. Secouer le joug. Le joug s'est appesanti sur leurs têtes. JÉSUS-CHRIST dit, dans l'Évangile, que son joug est doux. Le joug de l'étiquette.
• Le joug du mariage, Le lien du mariage. Il est marié, le voilà sous le joug.
• JOUG, se dit, dans l'Histoire romaine, d'Une pique attachée en travers au bout de deux autres piques fichées en terre, et sous laquelle on faisait passer des ennemis vaincus. Faire passer une armée sous le joug. Passer sous le joug était un opprobre.

JOUIR . v. n.
• Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose, et en tirer tous les fruits, tous les émoluments, tous les avantages, etc. Jouir d'une terre, d'un emploi, d'une pension. Jouir d'une entrée à un spectacle. Jouir d'un privilége, du droit de... Jouir des droits civils, des droits politiques. Il jouit de cent mille francs de rente. Il est majeur, il jouit de son bien. Il jouit de ses droits. Il ne jouit de rien. Jouir d'une chose en bon père de famille. On l'emploie souvent absolument. Il jouissait paisiblement. Il faut le laisser jouir. Vous m'avez vendu votre terre, votre charge, faites-moi jouir. Qui vous empêche de jouir? Jouir de bonne foi.
• Se dit, dans une acception plus étendue, en parlant De toute chose qui procure du bien-être, de l'avantage, de l'agrément, etc. Jouir d'une honnête aisance. Jouir d'une parfaite santé. Jouir du repos, de la paix. Jouir de la félicité. Jouir de la gloire éternelle. Jouir d'une grande réputation, d'un immense crédit. Jouir de la considération publique. Jouir de l'estime de quelqu'un. Jouir de la présence, de la société de quelqu'un. On le dit quelquefois Des animaux et des choses. Les animaux qui jouissent de la faculté de... La réputation dont cet ouvrage a si longtemps joui.
• Il signifie aussi, Profiter d'une chose qu'on a, qu'on possède, en goûter le plaisir, l'agrément, etc. Savoir jouir de sa fortune. Jouir de sa bonne fortune. Il sait jouir de la vie. Il jouit du présent, sans trop s'occuper de l'avenir. Jouir de la victoire. Ce guerrier, cet auteur n'a pas assez vécu pour jouir de toute sa renommée, de toute sa gloire. Jouir du monde, des plaisirs du monde. Dans ce sens, on le dit quelquefois absolument, surtout lorsqu'il s'agit Des biens de la fortune ou des plaisirs. Il est riche, mais il ne sait pas jouir. Le temps fuit, jouissons.
• Jouir de l'embarras de quelqu'un, de son affliction, de sa détresse, etc., Éprouver du plaisir à le voir ou à le savoir embarrassé, affligé, malheureux, etc.
• Jouir de quelqu'un, Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. Nous jouirons de lui pendant son séjour à la campagne. Il est si occupé, que l'on n'en saurait jouir. On n'en jouit pas comme on veut.
• Jouir d'une femme, Avoir commerce avec elle.

JOUISSANCE . s. f.
• Usage et possession de quelque chose. Jouissance paisible. Longue jouissance. Pleine jouissance. La jouissance d'un privilége, d'un droit. La jouissance des droits civils, des droits politiques. Avoir pleine et entière jouissance de ses biens. Il obtint un arrêt qui le mit en jouissance de cette terre. Entrer en jouissance. On lui en a accordé, donné, laissé la jouissance. Après une jouissance de longues années. Assurer à quelqu'un la jouissance d'une chose. Maintenir dans la jouissance. Troubler dans la jouissance. Il n'a point la propriété de cette terre, il n'en a que la jouissance, que l'usufruit, sa vie durant.
• En termes de Finances, Jouissance de telle époque, se dit en parlant De l'époque de l'année où le Trésor public paye les intérêts d'une rente inscrite au grand-livre. Jouissance du vingt-deux mars, du vingt-deux juin, etc.
• Fam., Avoir la jouissance d'une femme, Avoir commerce avec elle. Cette phrase est libre.
• JOUISSANCE, signifie quelquefois, Plaisir, volupté. Pour lui ce travail est une jouissance. Il trouve une sorte de jouissance à remplir ce devoir. Privé de toute jouissance. Goûter de nobles jouissances. Les jouissances que l'homme goûte ici-bas. La civilisation multiplie nos besoins avec nos jouissances.

JOUISSANT
, ANTE. adj.
• .Jurispr. Qui jouit. Majeur usant et jouissant de ses droits. Fille usante et jouissante de ses droits.

JOUJOU .s.m.
• Jouet d'enfant. Il faut lui donner un joujou pour l'apaiser. Donner des joujoux à un enfant. Il est familier.

JOUR .s.m.
• Clarté, lumière que le soleil répand lorsqu'il est sur l'horizon, ou qu'il en est proche. Le jour et la nuit. Avant le jour. Le jour va bientôt paraître. Le jour commence à poindre. Il commence à faire jour. À l'aube du jour. Au point du jour. À la pointe du jour. Il faisait à peine petit jour. La naissance du jour. Il est, il fait jour. Il était déjà grand jour. Le jour brille. Il fait encore jour. Le jour baisse. À la chute du jour. Sur le déclin du jour. Jour pur. Jour serein. Jour brillant. Beau jour. Grand jour. Jour faible. Jour sombre. Jour bas. Il faut travailler à cela de jour, en plein jour. De nuit et de jour. Voir le jour au travers de quelque chose. Il ne faut pas voir cette étoffe dans la boutique, il faut la voir au grand jour, au jour, portez-la au jour. Cette femme n'aime pas le grand jour. Cette beauté peut soutenir le grand jour. Il avait le jour dans les yeux. Le jour vient par là, vient de là, de ce côté-là. Le jour vient d'en haut. Il ne peut souffrir le jour. Cette chambre ne reçoit pas assez de jour. Le jour n'a jamais pénétré dans ces abîmes. Loin du jour. Fuir le jour, la lumière du jour, l'éclat du jour. Poétiq., Le soleil est le père du jour, l'astre du jour, le flambeau du jour, l'astre qui donne, qui fait le jour, etc.
• Prov., Elle est belle comme le jour, se dit D'une très-belle personne. On dit dans un sens analogue, Cet enfant est beau comme le jour.
• Fig., Clair comme le jour, se dit De ce qui est évident ou facile à comprendre, de ce qui est sans obscurité. Cette proposition est aussi claire que le jour. Il est clair comme le jour que c'était là son intention.
• Fig. et fam., C'est le jour et la nuit, ou C'est la nuit et le jour, se dit De deux choses ou même de deux personnes qui diffèrent beaucoup entre elles. On dit dans le même sens, Ces deux personnes, ces deux choses ne se ressemblent pas plus que le jour et la nuit; elles diffèrent autant que le jour et la nuit; etc.
• Fig. et fam., Brûler le jour, se dit Quand on allume des flambeaux pendant qu'il fait encore jour.
• Fig. et fam., Il est jour chez lui, chez elle, se dit en parlant D'une personne qui vient de se lever et chez laquelle on peut entrer. Je crois qu'il n'est pas encore jour chez un tel. On dit aussi, Il est petit jour chez lui, chez elle, en parlant D'une personne qui ne fait que de s'éveiller.
• Demi-jour, Clarté faible. Se placer dans le demi-jour. La chambre n'était éclairée que par un demi-jour.
• Percé à jour, Percé de part en part, en sorte qu'on voie le jour au travers. On dit dans un sens analogue, Broderie à jour, et Points à jour.
• Cet édifice, cette maison est à jour, tout à jour, se dit D'un édifice, d'une maison dont les portes et les fenêtres ne sont pas encore placées, ou n'existent plus.
• Poétiq., Voir le jour, Être né, vivre. Depuis que je vois le jour. Il n'avait pas encore vu le jour. On dit aussi: Mettre au jour, Donner la naissance. Ceux à qui je dois le jour, qui m'ont donné le jour, Ceux de qui je suis né. Perdre le jour, Mourir. Etc.
• Voir le jour, se dit aussi, figurément, Des choses qu'on expose au jour, qu'on retire du lieu où elles étaient cachées, enfouies. Il y a bien des années que ce meuble n'a vu le jour. On le dit quelquefois en parlant De la publication des ouvrages d'esprit. Ce livre n'a vu le jour qu'après la mort de son auteur.
• Fig., Mettre un livre, un ouvrage au jour, Le faire imprimer, le rendre public. Quand mettrez-vous vos poésies au jour?
• Fig., Mettre une chose au jour, au grand jour, La divulguer, la rendre publique. Mettre au jour la perfidie de quelqu'un. On dit de même qu'Un homme craint le jour, pour dire qu'Il craint de se montrer, d'être connu. Il n'ose se produire, il craint le grand jour. On dit quelquefois, dans un sens analogue, Le grand jour de la publicité, le grand jour de l'impression.
• JOUR, se dit quelquefois de Toute autre clarté que celle du jour. Le jour artificiel que donnent les bougies, les lampes. Le faible demi-jour que la lune répand sur les objets.
• S'emploie aussi figurément. Rien n'est plus propre à jeter du jour sur ces questions. Sa découverte répandit un grand jour sur les causes de ce phénomène. L'Évangile fit luire un jour nouveau.
• JOUR, se dit particulièrement de La manière dont un objet est frappé par la lumière. Ce tableau devrait être placé dans un autre jour. Vous avez placé votre modèle dans un mauvais jour. Mettre une chose à un jour ou dans un jour convenable. Cette statue est dans un jour qui en fait ressortir toutes les beautés. Tourner et retourner une étoffe, la présenter à différents jours.
• Faux jour, Lumière qui éclaire mal les objets, de manière à les faire voir autrement qu'ils ne sont. Dans la boutique de ce marchand il y a un faux jour, de faux jours qui trompent sur la couleur des étoffes. Ce tableau est en faux jour, dans un faux jour.
• Mettre quelque chose dans son jour, Le placer à un jour convenable, de manière qu'on puisse le bien voir. Cette étoffe n'est pas dans son jour. Il faut mettre ce tableau dans son jour.
• JOUR, s'emploie aussi figurément, dans le sens qui précède. Il me présenta la chose sous un jour si avantageux, que j'acceptai sa proposition. Une chose qui s'offre, qui se présente, que l'on voit sous un jour favorable. Mettre une affaire dans un faux jour, la présenter sous un faux jour. Mettre une pensée dans son jour, dans tout son jour.
• JOUR, en Peinture, se dit de L'imitation de la lumière qui se répand sur les objets représentés dans un tableau. Dans ce tableau, le jour vient d'en haut, le jour vient de tel côté.
• Placer, mettre un tableau à son jour, Le placer de manière que le jour de l'endroit où on l'expose vienne du même côté que le jour par lequel les objets représentés dans le tableau paraissent éclairés. Ce tableau n'a pas été placé à son jour, n'est pas à son jour.
• JOUR, se dit également, en Peinture, surtout au pluriel, Des touches les plus claires d'un tableau. Savoir bien mêler les jours et les ombres. Observer bien les jours et les ombres. Les jours sont bien entendus et bien ménagés dans ce tableau. Des jours de reflet.
• JOUR, se dit encore Des fenêtres, des ouvertures qu'on fait aux bâtiments, pour qu'ils puissent recevoir le jour. Un jour bien pratiqué. Des jours bien ménagés.
• Tirer du jour d'un certain côté, Pratiquer de ce côté une fenêtre, une ouverture.
• En Jurispr., Jour de coutume, Jour, fenêtre que le propriétaire d'une maison fait ouvrir dans un mur non mitoyen. Jour de servitude, Ouverture ou fenêtre faite dans un mur, en vertu d'un titre, d'une convention particulière. Jour de souffrance, Ouverture ou fenêtre donnant sur la propriété d'un voisin, qui le souffre ou qui l'a permis. On dit dans le même sens, Cette maison a des jours sur la maison, sur la propriété voisine.
• JOUR, se dit pareillement de Certaines ouvertures par où le jour, l'air peut passer. Ces planches ne sont pas bien jointes, il y a du jour entre-deux. Il y a de grands jours dans cette muraille, des jours à y passer la main.
• Se faire jour, Se faire ouverture et passage. Il s'est fait jour au travers des ennemis. On l'emploie aussi figurément. Tôt ou tard la vérité se fait jour.
• JOUR, signifie en outre figurément, Facilité, moyen pour venir à bout de quelque affaire. Si je vois jour à cette affaire. Si je vois jour à cela. Je n'y vois point de jour. S'il y a jour. Je vois jour à le servir.
• JOUR, signifie aussi, Certain espace de temps par lequel on divise les mois et les années. Se dit proprement de L'espace de vingt-quatre heures, que l'on appelle Jour civil, et qui se prend, parmi nous, d'un minuit à l'autre; mais on le dit souvent aussi Du temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil, et que l'on nomme par opposition Jour naturel. Le sens du discours suffit ordinairement pour déterminer quelle est, de ces deux acceptions, celle que le mot doit recevoir. Il y a tant de jours au mois, à la semaine, dans l'année. Le premier jour, le second jour, etc. Quel jour est-il, quel jour est-ce aujourd'hui? Le saint du jour. Les nouvelles du jour. Jour ouvrier. Jour ouvrable. Jour de fête. Jour férié. Jour gras. Jour maigre. Le jour de Noël. Le jour de Pâques. Le premier jour de l'année, le premier jour de l'an, ou Le jour de l'an. Jour solennel. Jour d'audience. Le jour du courrier. Le jour d'hier. Le jour de devant. Le jour d'après. Un jour devant. Un jour après. Un jour trop tôt. Un jour trop tard. Le jour de ses noces. Le jour de son sacre. Un jour de bataille. Un jour de triomphe. Un jour de conseil. Un jour de séance, d'audience. Un jour de cérémonie. Un jour de marché. Il fut condamné à huit jours de prison, d'emprisonnement. Après avoir marché pendant huit jours. Après huit jours de marche. Il fut deux jours absent. On lui a donné huit jours pour mettre ordre à ses affaires. Durant tout le jour. Tout le long du jour. Tant que le jour dure. Travailler tout le jour. Travailler jour et nuit. Passer les nuits et les jours à l'étude. Il vient ici tous les jours. De deux jours l'un. Tous les deux jours. Tous les huit jours. Dans quinze jours. C'est mon habit de tous les jours. Mettre un habit à tous les jours. Passer plusieurs jours à la campagne. Ce fut le plus beau jour de ma vie. En ce beau jour. En ce grand jour. Le jour fatal approchait. Il n'a plus que quelques jours à vivre. Un heureux jour. Un malheureux jour. Marquer, fixer, indiquer, assigner un jour. Prendre un jour. Donner un jour. Prendre jour pour faire telle chose. À jour préfix. À jour nommé. Quand le jour fut venu. Ces trois généraux commandaient alternativement chacun leur jour. C'était le jour d'un tel. Il était de jour. Je l'attends de jour en jour. De jour à autre. D'un jour à l'autre. Il paye tant par jour. J'en ai fait la relation jour par jour. Je l'ai compté jour par jour. Il est mort un an après sa femme, jour pour jour. Le jour du jugement. Le jour du Seigneur sera un jour terrible. Lorsque le Seigneur viendra au jour de sa colère. Un jour viendra que... Souhaiter le bon jour, donner le bon jour à quelqu'un. Bon jour, monsieur. Dans ces trois dernières phrases, on écrit plus ordinairement Bonjour, en un seul mot. Voyez BONJOUR.
• Se dit quelquefois par rapport à la saison, à l'état de l'atmosphère, de la température. Un jour de printemps, d'été, d'automne, etc. Les jours caniculaires. Un jour de beau temps. Un beau jour. Un jour de pluie. Un jour pluvieux. Etc.
• Jour astronomique, L'espace de vingt-quatre heures solaires moyennes, compté d'un midi à l'autre.
• Jours complémentaires, s'est dit, dans le Calendrier républicain, Des cinq ou six jours que l'on comptait à la fin de l'année, pour compléter le nombre de trois cent soixante-cinq ou de trois cent soixante-six jours, les mois de ce calendrier n'étant chacun que de trente jours.
• Les beaux jours, Les premiers jours du printemps. Remettez votre voyage aux beaux jours.
• Fig., Les beaux jours, Le temps de la première jeunesse, ou Les temps les plus heureux de la vie. Ses beaux jours sont passés.
• Les jours gras, signifie particulièrement, Les derniers jours du carnaval, qui sont le jeudi, le dimanche, le lundi et le mardi. Pendant les jours gras.
• Un bon jour, Un jour de grande fête. Le jour de Pâques est un bon jour.
• Prov., Bon jour, bonne oeuvre, se dit en parlant D'une bonne action faite en un jour solennel. Ils se sont réconciliés le jour de Pâques: bon jour, bonne oeuvre. On le dit plus ordinairement par ironie. Il a volé le jour de Noël: bon jour, bonne oeuvre.
• Pop., Faire son bon jour, Faire ses dévotions, recevoir la communion.
• Fam., C'est aujourd'hui son mauvais jour, il est dans son mauvais jour, Il a aujourd'hui un accès de la maladie, de la mauvaise humeur, ou de la mélancolie, etc., à laquelle il est sujet. On dit de même: C'est son jour de fièvre, son jour de mauvaise humeur, de mélancolie, son jour de gaieté, de bonne humeur, etc. Avoir des jours de fièvre. Avoir des jours de gaieté et des jours de tristesse. Avoir de bons et de mauvais jours.
• Jours de barbe, Les jours où l'on a l'habitude de se faire la barbe. Jour de médecine, Le jour où une personne malade prend médecine. Etc.
• Jour critique, Jour où il arrive ordinairement quelque crise, dans certaines maladies. Le septième et le neuvième sont ordinairement des jours critiques. On le dit aussi Des jours où les femmes ont leurs règles.
• Prendre le jour de quelqu'un, Prendre le temps, le moment qui lui convient. Je prendrai votre jour.
• Fam., Gagner sa vie au jour la journée, vivre au jour la journée, au jour le jour, N'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail.
• Prov. et fig., Vivre au jour le jour, au jour la journée, S'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance.
• Prov., À chaque jour suffit sa peine, suffit son mal, Il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir, se faire des chagrins d'avance.
• Fig., Faire du jour la nuit et de la nuit le jour, Dormir le jour et veiller la nuit.
• Fig. et fam., Mettre quelqu'un à tous les jours, L'employer trop souvent, se familiariser trop avec lui, ne point user de discrétion à son égard. Quand on a un aussi bon protecteur, il ne faut pas le mettre à tous les jours. On dit aussi, Se mettre à tous les jours, S'exposer trop, se prodiguer. Il ne faut pas qu'un général d'armée s'expose si souvent aux périls, qu'il se mette trop à tous les jours. Ce grand comédien se met à tous les jours, Il joue très-souvent, presque tous les jours. Ces phrases ont vieilli.
• Fig. et fam., Le saint du jour, se dit d'Un homme qui est à la mode ou en crédit depuis peu.
• Fig., Le goût du jour, Le goût qui règne présentement. C'est le goût du jour. On dit dans un sens analogue: Un homme du jour. Les élégants du jour. La curiosité du jour. Etc.
• Être à son dernier jour, Être au jour, au moment où l'on doit mourir. On dit dans le même sens: Jusqu'à mon dernier jour. Son dernier jour approche. Etc.
• En termes de Commerce, Se mettre à jour, Mettre toute sa correspondance, tous ses comptes en règle. On dit aussi, Être à jour.
• Tous les jours, signifie quelquefois, De jour en jour. Il devient tous les jours plus intraitable.
• Adverbial., Un jour, se dit D'une époque indéterminée dans le passé ou dans l'avenir. Je lui dis, un jour, qu'il m'était impossible de... Un jour que je me promenais. Un jour vous vous repentirez de ne l'avoir point écouté. S'il arrivait, un jour, qu'on voulût...
• Fam., Un beau jour, Un certain jour. Un beau jour, il prit la fuite.
• En termes de Commerce, Jours de faveur, ou Jours de grâce, Dix jours de délai qu'on accordait autrefois à celui sur lequel une lettre de change était tirée.
• Grands jours, se disait autrefois d'Une assemblée ou compagnie extraordinaire de juges, tirés ordinairement des cours supérieures, qui avaient commission d'aller dans les provinces éloignées pour écouter les plaintes des peuples et faire justice. Les grands jours étaient à Clermont en Auvergne. Messieurs des grands jours. Il fut condamné par les grands jours. On transféra les grands jours de Limoges à Poitiers.
• En style de l'Écriture sainte, L'Ancien des jours, Dieu. Mourir plein de jours, Mourir très-vieux.
• JOUR, se dit quelquefois, figurément, d'Un temps plus ou moins long, pour exprimer la rapidité avec laquelle il s'écoule ou s'est écoulé. La vie de l'homme n'est qu'un jour. Ce bonheur n'a duré qu'un jour.
• JOURS, au pluriel, se dit quelquefois d'Une certaine durée, d'une certaine époque, par rapport à ce qui s'y passe, aux événements qui la remplissent. Aux premiers jours du monde. En ces tristes jours. En ces jours de calamité. Des jours malheureux. Elle a connu des jours meilleurs. Les seuls amis qui lui restèrent aux jours de l'infortune. J'ai vu les beaux jours de ce règne glorieux. Nous ne reverrons plus ces jours heureux. Les jours de notre enfance.
• Il signifie plus particulièrement, La vie, l'existence. À la fin de nos jours. Le fil, la trame de mes jours. Trancher le fil de nos jours. Prolonger ses jours. Je tremblais pour vos jours. Les chagrins ont abrégé ses jours. Sauver les jours d'une personne. Souhaiter à quelqu'un des jours longs et heureux. Quand il sera sur ses vieux jours. Nous ne verrons point cela de nos jours. Il coule doucement ses jours.

JOURNAL . adj. m.
• Qui est relatif à chaque jour. Il ne se dit guère que dans cette locution, Livre journal, Registre où l'on écrit, jour par jour et de suite, ce qu'on reçu ou payé, acheté ou vendu, etc. On a dit aussi, dans le même sens, Papier journal, papiers journaux.
• JOURNAL, est aussi substantif, et signifie, Relation jour par jour de ce qui se passe ou s'est passé en quelque pays, en quelque endroit, en quelque affaire, etc. Il a un journal de la campagne de Flandre de telle année. Journal de ce qui s'est passé au siége de... Journal du siége de... Tenir un journal. Faire un journal. Écrire un journal. J'en ai vu deux journaux différents. Journal historique. Journal d'un voyage. Journal d'une traversée. Le journal du bâtiment. Journal des audiences de telle cour.
• Se dit, particulièrement, d'Un ouvrage quotidien ou périodique qui se publie par feuilles, par numéros, et qui fait connaître, soit par de simples annonces, soit par des articles raisonnés, les nouvelles politiques, scientifiques et littéraires, les ouvrages nouveaux, etc. Publier un journal. Les numéros d'un journal. Travailler à un journal, à la rédaction d'un journal. Écrire dans un journal. Rédiger un journal. Les rédacteurs d'un journal. Le bureau d'un journal. Les propriétaires d'un journal. Ce journal ne paraît que tous les deux jours, que deux fois par semaine, que trois fois par mois. Ce journal a cessé de paraître. Que dit le journal, que disent les journaux aujourd'hui? J'ai lu cela dans le journal, dans les journaux. Insérer un article dans un journal. Tous les journaux en parlent. Publier une chose par la voie du journal. Le journal du département. Le journal de telle ou telle ville. Les journaux français, anglais, etc. Les journaux de France, d'Allemagne, d'Angleterre. Journal politique. Journal scientifique et littéraire. Journal de médecine, de jurisprudence, etc.
• JOURNAL, signifie aussi, Une ancienne mesure de terre, en usage encore dans certains départements. Le journal varie suivant les provinces. Deux journaux de terres labourables.

JOURNALIER
, IÈRE. adj.
• Qui se fait chaque jour. C'est un travail journalier. Exercice journalier. Occupation journalière. Ma tâche journalière.
• Il signifie aussi, Inégal, qui est sujet à changer. Son esprit est journalier. Son humeur est journalière. La beauté est journalière. Les armes sont journalières.
• JOURNALIER, s'emploie aussi comme substantif, et se dit d'Un homme qui travaille à la journée. C'est un pauvre journalier. Payer des journaliers.

JOURNALISTE .s.m.
• Celui qui fait, qui rédige un journal, qui travaille, comme rédacteur, à un journal. La profession de journaliste. Il s'est fait journaliste. Le journaliste a été mal informé. Le journaliste anglais prétend que...

JOURNÉE . s. f.
• L'espace de temps qui s'écoule depuis l'heure où l'on se lève, jusqu'à l'heure où l'on se couche. Il a passé la journée tristement. Il a bien employé la journée. La journée fut très-belle, nous n'eûmes pas une goutte de pluie. Je garderai longtemps le souvenir de cette belle, de cette heureuse, de cette grande journée.
• Fam., Vivre au jour la journée, N'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail; et, proverbialement et figurément, S'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance.
• JOURNÉE, se dit aussi Du travail d'un ouvrier pendant un jour. Il travaille à la journée. Un homme de journée. Louer des gens à journée, à la journée. Ce sont des gens de journée. La journée d'un ouvrier, ses journées. Perdre sa journée. Il n'y a pas une journée entière.
• Fig. et fam., Mentir à la journée, Avoir l'habitude de mentir.
• Prov. et fig., Faire tant par ses journées, que... Faire en sorte par son travail, par ses soins, par son industrie, que... Il a tant fait par ses journées, qu'il est venu à bout de telle chose. En mauvaise part et par plaisanterie, Il a tant fait par ses journées, qu'il a été chassé de la cour. Ces phrases ont vieilli.
• JOURNÉE, signifie également, Le salaire qu'on donne à un ouvrier pour le payer du travail qu'il a fait pendant un ou plusieurs jours. Il a bien gagné sa journée. Il faut lui payer sa journée. On lui doit quinze journées. Tenez, voilà vos journées.
• Il se prend quelquefois pour Le chemin qu'on fait d'un lieu à un autre dans l'espace d'une journée. Il y a une journée de chemin de ce lieu à tel autre. La journée est trop grande. Il marchait à grandes journées, à petites journées. Faire de grandes journées. Journée de messager. Journée d'armée.
• JOURNÉE, signifie encore, Un jour de bataille, ou La bataille même. Ce fut une grande journée, une sanglante journée. On désespéra quelque temps du succès de la journée. Il eut presque tout l'honneur de cette journée, de cette fameuse journée. La journée de Poitiers, de Bouvines, de Rocroy, de Fleurus. La journée mémorable de Fontenoy, de Marengo, etc.

JOURNELLEMENT . adv.
• Tous les jours, chaque jour. Il travaille à cela journellement. Il s'y emploie journellement. C'est ce que je lui répète journellement.

JOUTE . s. f.
• Combat à cheval d'homme à homme avec la lance. S'exercer à la joute. Ce n'est plus le temps des joutes et des tournois. Il emporta le prix de la joute. Une joute à lances brisées, à fer émoulu.
• Joute sur l'eau, Espèce de divertissement dans lequel deux hommes, placés chacun sur l'avant d'un batelet, tâchent de se faire tomber dans l'eau, en se poussant l'un l'autre avec de longues lances, au moment où les bateaux s'approchent. À telle fête, il y eut une joute sur l'eau.
• JOUTE, se dit aussi en parlant De certains animaux qu'on fait combattre les uns contre les autres. La joute des coqs. La joute des cailles.

JOUTER . v. n.
• Combattre avec des lances l'un contre l'autre. S'exercer à jouter. Le lieu où l'on joutait.
• Faire jouter des coqs, des cailles, Les faire combattre.
• JOUTER, signifie figurément, Discuter. Je ne vous conseille pas de jouter contre lui. Je n'ai garde de jouter contre un si habile homme, contre un homme d'une si grande réputation.

JOUTEUR .s.m.
• Celui qui joute. Un grand, un habile jouteur.
• Fam., C'est un rude jouteur, C'est un homme avec lequel il ne fait pas bon se mesurer. On le dit au propre et au figuré.

JOUVENCE . s. f.
• Jeunesse. Il n'est usité que dans cette locution, La fontaine de Jouvence, Fontaine fabuleuse qu'on suppose avoir la vertu de rajeunir. Je crois, vraiment, qu'il vient de la fontaine de Jouvence. Il a bu de l'eau de la fontaine de Jouvence.

JOUVENCEAU .s.m.
• Jeune homme qui est encore dans l'adolescence. On ne le dit que par plaisanterie. Un beau jouvenceau. Un aimable jouvenceau. Vous êtes un joli jouvenceau de me venir donner de semblables conseils.

JOUVENCELLE . s. f.
• Jeune fille. Une aimable jouvencelle. Il est vieux, mais on l'emploie quelquefois encore dans le style badin.

JOUXTE . préposition.
• Vieux mot qui signifie, Proche: Jouxte le palais; et Conformément à: Jouxte la copie originale.

JOVIAL
, ALE. adj.
• Gai, joyeux. Esprit jovial. Il est jovial. Humeur joviale. Être de complexion joviale. Face joviale. Il est familier, et n'a point de pluriel au masculin.

JOYAU .s.m.
• Ornement précieux d'or, d'argent, de pierreries, qui sert à la parure des femmes, comme sont les bracelets, les pendants d'oreilles, etc. Beau joyau. Riche joyau.
• En Jurispr., Bagues et joyaux, Les pierreries, perles et autres semblables objets de prix qui appartiennent à une mariée, et que son contrat de mariage lui donne le droit de reprendre après la mort de son mari. Les bagues et joyaux de cette femme furent estimés cinquante mille francs. Allouer tant à une veuve pour ses bagues et joyaux.
• Les joyaux de la couronne, Les joyaux qui appartiennent à la couronne.

JOYEUSEMENT . adv.
• Avec joie. Nous allâmes et nous revînmes joyeusement. Nous passâmes joyeusement la journée.

JOYEUSETÉ . s. f.
• Plaisanterie, mot pour rire. On ne le dit guère que par raillerie. C'est un homme de belle humeur, qui dit force joyeusetés. Ces sortes de joyeusetés ne réussissent pas toujours avec des gens de bon goût. Il est familier.

JOYEUX
, EUSE. adj.
• Qui a de la joie, qui est rempli de joie. Un homme joyeux, bien joyeux. Cela l'a rendu plus joyeux. J'en suis bien joyeux. Je suis tout joyeux de vous voir. Vous le ferez, vous le rendrez bien joyeux. Vivre joyeux et content. Il est d'humeur joyeuse. Tenez-vous joyeux.
• Mener une vie joyeuse, mener joyeuse vie, Vivre dans les plaisirs, se livrer au plaisir.
• Fam., Bande joyeuse, Compagnie de gens qui ne cherchent qu'à se réjouir. Voici la bande joyeuse. Êtes-vous de la bande joyeuse?
• JOYEUX, signifie aussi, Qui exprime la joie. Des cris, des chants joyeux. Des acclamations joyeuses. De joyeux transports. Le joyeux concert des oiseaux.
• Il signifie encore, Qui donne, qui inspire de la joie. Une joyeuse nouvelle. Une chanson joyeuse.
• Le droit de joyeux avénement, se disait d'Un impôt qu'on payait autrefois au roi de France lors de son avénement au trône. Louis XVI fit remise du droit de joyeux avénement.

JUBÉ .s.m.
• Espèce de tribune, lieu élevé dans une église en forme de galerie, et qui est ordinairement entre la nef et le choeur. Il était dans le jubé. Monter au jubé. Chanter l'évangile au jubé. Un beau jubé.
• Prov. et fig., Venir à jubé, Se soumettre, venir à la raison par contrainte, malgré qu'on en ait. Je le ferai bien venir à jubé. Il est venu à jubé.

JUBILAIRE . adj. des deux genres
• Qui appartient au jubilé. Année jubilaire.
• Il est quelquefois synonyme de Jubilé, adjectif. Docteur jubilaire. Voyez ci-après JUBILÉ.

JUBILATION . s. f.
• Réjouissance. Il y avait grande jubilation dans cette maison. Ils étaient en jubilation. Avoir un air de jubilation. C'est un vrai visage de jubilation. Il est familier.

JUBILÉ .s.m.
• C'était, chez les Juifs, dans la loi de Moïse, Une solennité publique qui se célébrait de cinquante ans en cinquante ans, et lors de laquelle toutes sortes de dettes étaient remises, tous les héritages restitués aux anciens propriétaires, et tous les esclaves rendus à la liberté. Quand le jubilé fut venu. Les Juifs ne vendaient pas leurs biens et leurs terres à perpétuité, mais seulement jusqu'à l'année du jubilé.
• Il signifie, dans la Religion catholique, Une indulgence plénière, solennelle et générale, accordée par le pape en certains temps et en certaines occasions. Le grand jubilé. Jubilé universel. Le pape a accordé le jubilé. La bulle du jubilé. Recevoir, publier, ouvrir le jubile. Les stations, les prières du jubilé. Gagner le jubilé. Jubilé pour la paix. Le grand jubilé n'était autrefois que de cent ans en cent ans; il fut ensuite de cinquante en cinquante ans; il est maintenant de vingt-cinq en vingt-cinq ans. Les papes donnent communément un jubilé extraordinaire à leur avénement.
• Faire son jubilé, Faire toutes les pratiques de dévotion ordonnées par la bulle du jubilé.
• Fam., Faire jubilé, signifie, en termes de Jeu, Brouiller le jeu, de manière qu'il n'y ait ni perdants, ni gagnants.
• JUBILÉ, s'emploie aussi comme adjectif, et se dit D'un religieux, d'un chanoine, d'un docteur qui a cinquante ans de profession, de service, de doctorat. Chanoine jubilé. Docteur jubilé.

JUCHER . v. n.
• Se dit Des poules, et de quelques autres oiseaux qui se mettent sur une branche, sur une perche pour dormir. Les poules juchent dans le poulailler. Les faisans juchent sur les arbres.
• S'emploie, dans le même sens, avec le pronom personnel. Quand les poules se juchent.
• Se dit, figurément et populairement, D'une personne logée très-haut, ou placée dans un lieu élevé et peu convenable. Il est allé jucher à un quatrième étage, à un cinquième. Où est-il allé se jucher?
• JUCHÉ, ÉE. participe, En termes d'Art vétérinaire, Cheval juché, Cheval dont le boulet se porte tellement en avant, qu'il marche et repose sur la pince. Un cheval, un mulet juché. On dit plutôt Bouleté, lorsqu'il s'agit des pieds de devant.

JUCHOIR .s.m.
• L'endroit où juchent les poules.

JUDAÏQUE . adj. des deux genres
• Qui appartient aux Juifs. La loi judaïque. Les antiquités judaïques. Superstition judaïque.
• En termes d'Hist. nat., Pierres judaïques, Pierres que l'on trouve en Judée, en Palestine, en Silésie, etc., et qui ressemblent à des olives.

JUDAÏSER . v. n.
• Suivre et pratiquer en quelques points les cérémonies de la loi judaïque. C'est judaïser que de garder le jour du sabbat. Ces hérétiques judaïsaient en s'abstenant de manger de la chair de pourceau.

JUDAÏSME .s.m.
• La religion des juifs. Faire profession du judaïsme.

JUDAS .s.m.
• On ne le met point ici comme nom propre du disciple qui trahit JÉSUS-CHRIST, mais seulement à cause de son emploi dans le sens de Traître. C'est un Judas, un vilain Judas. Il est familier.
• Prov. et fig., Baiser de Judas, Le baiser d'un traître.
• JUDAS, se dit, figurément, d'Une petite ouverture pratiquée à un plancher, pour voir ce qui se passe au-dessous. Ouvrir, fermer le judas. Regarder par le judas.

JUDELLE . s. f.
• T. d'Hist. nat. Sorte d'oiseau aquatique.

JUDICATUM
SOLVI
• Expression empruntée du latin, et dont on se sert au Palais dans cette locution, Caution judicatum solvi, La caution qu'on peut obliger un étranger à fournir lorsqu'il veut intenter une action devant les tribunaux de France contre un Français. La caution judicatum solvi est exigée pour assurer le payement des frais et dommages-intérêts auxquels le procès pourrait donner lieu.

JUDICATURE . s. f.
•État, condition, profession du juge, de toute personne employée à l'administration de la justice. Charge de judicature. Office de judicature. Il a mieux aimé se mettre dans la judicature que dans les finances.

JUDICIAIRE . adj. des deux genres
• Qui est relatif à la justice, à l'administration de la justice. Les membres de l'ordre judiciaire. La hiérarchie judiciaire. Police judiciaire.
• Il signifie aussi, Qui se fait en justice, par autorité de justice. Acte judiciaire. Cela est contre toutes les formes judiciaires. Enquête judiciaire. Poursuites judiciaires. Caution judiciaire.
• Témoin judiciaire, se dit de Toute personne appelée à déposer en justice.
• Bail judiciaire, se disait autrefois Du bail d'un héritage saisi réellement, fait à la poursuite du commissaire aux saisies réelles. On disait, dans un sens analogue, Fermier judiciaire.
• Combat judiciaire, Manière de procéder en justice, qui consistait à soutenir son droit en se battant contre son adversaire.
• En Rhétorique, Genre judiciaire, Celui des trois genres d'éloquence par lequel on accuse ou l'on défend. Ce discours est dans le genre judiciaire.
• Astrologie judiciaire, L'art prétendu de connaître l'avenir par l'observation des astres. L'astrologie judiciaire est une pure chimère.

JUDICIAIRE . s. f.
• La faculté de juger. Cet homme a la judiciaire fort bonne, excellente. Avoir une bonne judiciaire. Il est familier.

JUDICIAIREMENT . adv.
• En forme judiciaire. Informer judiciairement contre quelqu'un.

JUDICIEUSEMENT . adv.
• Avec jugement, d'une manière judicieuse. Il agit toujours judicieusement. Cela est judicieusement pensé.

JUDICIEUX
, EUSE. adj.
• Qui a le jugement bon. Un homme judicieux. Il est fort judicieux. Il est peu judicieux.
• Il signifie aussi, Fait avec jugement. Réflexion judicieuse. Critique judicieuse. Remarque judicieuse. Ce discours est peu judicieux. Trouvez-vous cette action-là bien judicieuse?

JUGE .s.m.
• Celui qui juge, qui a le droit et l'autorité de juger. Dieu est le souverain juge, le juge suprême. L'Église est juge de tout ce qui a rapport à la foi. Les jurés ne sont juges que du fait. Les juges d'un concours.
• Se dit, particulièrement, d'Un homme préposé par autorité publique pour juger, pour rendre la justice aux particuliers. Bon juge. Juge équitable, intègre, désintéressé, incorruptible. Mauvais juge. Juge prévaricateur. Juge corrompu, inique, intéressé, préoccupé, passionné. Juge sévère, rigoureux. Juge impassible. Juge compétent. Juge incompétent. Juge favorable, suspect. Juge souverain, supérieur, inférieur, subalterne. Juge civil, criminel. Premier juge, ou Juge en première instance. Il soutint cela devant les premiers juges. Juge en dernier ressort. Juges d'appel. Juge de police. Juge de commerce. Un tribunal composé de tant de juges. Juge suppléant. Juge auditeur. Être juge dans une cour royale, dans un tribunal inférieur. Nommer, instituer des juges. Les fonctions de juge. Établi juge. Nommé juge. Règlement de juges. Récuser un juge. Prendre le juge à partie. Un juge assisté du greffier. Plaider, procéder par-devant tel juge. Ils sont juges souverains en cette partie. Donner des juges à quelqu'un. On lui donna pour juges ses plus cruels ennemis. Avoir ses pairs pour juges. Elle tremblait comme un criminel devant son juge. Quand il parut devant ses juges. Adresser la parole à ses juges. Émouvoir ses juges. Personne ne peut être juge dans sa propre cause, n'est bon juge dans sa propre cause. On ne peut être à la fois juge et partie.
• Se dit quelquefois, collectivement et absolument, pour Tribunal. Renvoyer devant le juge, par-devant le juge.
• Juges de rigueur, Les juges qui doivent prononcer selon la rigueur de la loi; à la différence Des arbitres, qui peuvent se décider d'après l'équité naturelle. Juges de rigueur, s'est dit aussi Des juges subalternes; à la différence Des juges qui prononçaient en dernier ressort, et qui se permettaient quelquefois d'adoucir la rigueur de la loi.
• Juges naturels, Ceux que la loi assigne aux accusés, aux parties, suivant leur qualité et l'espèce de la cause. Nul ne peut être distrait de ses juges naturels.
• Juges ordinaires, se disait autrefois Des juges à qui appartenait naturellement la connaissance des affaires civiles ou criminelles; à la différence Des juges de privilége, et de ceux qui étaient établis par commission. Il demanda son renvoi par-devant les juges ordinaires. On appelait aussi Juges ordinaires, Ceux qui servaient toute l'année, à la différence de Ceux qui ne servaient que par semestre.
• Juges royaux, se disait autrefois, par opposition aux Juges des seigneurs, de Ceux qui rendaient la justice au nom du roi.
• Juge délégué, Celui qui était commis pour connaître d'une affaire particulière. Il se disait par opposition à Juge permanent.
• Juge-commissaire, Juge désigné par le tribunal dont il fait partie pour procéder à certaines opérations, et en faire son rapport, s'il y a lieu. Nommer un juge-commissaire. Ordonnance du juge-commissaire. Procès-verbal du juge-commissaire.
• Juge d'instruction, Magistrat établi pour rechercher les crimes et délits, en recueillir les preuves ou indices, et faire arrêter et interroger les prévenus. Il fut interrogé par le juge d'instruction.
• Juge de paix, Magistrat principalement chargé de juger sommairement, sans frais, et sans ministère d'avoués, les contestations de peu d'importance, et de concilier, s'il se peut, les différends dont le jugement est réservé aux tribunaux civils ordinaires. Les juges de paix ne sont pas nommés à vie. Le juge de paix du canton de... Le greffier du juge de paix. Citer quelqu'un devant le juge de paix. Le juge de paix ne put concilier les parties.
• Grand juge. Titre qu'on donnait, sous l'empire, au ministre de la justice.
• Juge mage, ou maje. Titre qu'on donnait, dans quelques provinces méridionales de la France, au lieutenant du sénéchal.
• Juge botté, se disait anciennement d'Un juge qui n'était pas gradué. On ne le dit plus que figurément et par dénigrement d'Un juge sans lumières et sans capacité; encore cette acception est-elle peu usitée.
• JUGE, se dit aussi de Toute personne choisie pour prononcer sur un différend, ou au jugement, à l'opinion de laquelle on s'en rapporte sur quelque chose. Il vous a reconnu pour juge. Faire l'office de juge. Convenir d'un juge. Vous serez notre juge. Vous en serez le juge. Je vous en fais juge. Je vous prends pour juge. Je veux bien que monsieur un tel, que madame une telle soit mon juge, en soit le juge.
• Se dit, par extension, de Celui qui est capable de juger d'une chose. Vous êtes mauvais juge, bon juge en cela. Vous n'êtes pas bon juge en poésie, en musique, en peinture, etc. Il a approuvé cet ouvrage, et vous savez qu'il est bon juge. Il n'est pas juge de ces choses-là. Les gens de goût sont les juges naturels des productions littéraires.
• Se faire, s'établir, se constituer juge de quelqu'un, de quelque chose, Prétendre avoir le droit de juger, se croire capable de juger.
• Prov., De fou juge briève sentence, Les ignorants décident sans examiner.
• JUGE, se dit figurément, dans un sens analogue à celui qui précède, en parlant Des sens, de la conscience, etc. L'oreille est un juge difficile. La raison est un juge sévère. L'oeil, l'oreille, sont des juges difficiles à tromper. Les sens sont quelquefois des juges bien trompeurs. La conscience est juge de la moralité des actions.
• JUGE, se dit aussi de Certains magistrats suprêmes qui gouvernèrent le peuple juif, durant la période qui commence à la mort de Josué et qui finit à la naissance de Samuel.
• Le livre des Juges, ou simplement, Les Juges, Le septième livre de l'Ancien Testament, qui contient l'histoire des Juifs pendant la domination des juges.

JUGEMENT .s.m.
• Action de juger, de prononcer une décision; ou La décision prononcée. On l'emploie surtout en termes de Jurisprudence. Il se réserva le jugement de certaines affaires. Assister au jugement d'un procès. Le prononcé d'un jugement. Jugement équitable, juste. Jugement préparatoire. Jugement interlocutoire. Jugement définitif. Jugement provisoire. Jugement contradictoire. Jugement par défaut. Jugement arbitral. Rendre un jugement. Prononcer un jugement en faveur de quelqu'un. Il a été condamné, par jugement de tel tribunal, à... Quand le coupable entendit son jugement. Après son jugement. Subir un jugement. Les motifs, le dispositif d'un jugement. La minute, la grosse, l'expédition d'un jugement. Confirmer un jugement. Infirmer, casser, déclarer nul un jugement. Appeler d'un jugement. Faire signifier un jugement. Exécuter un jugement. En vertu de tel jugement. En parlant Des cours supérieures, on dit, Arrêt.
• Mettre quelqu'un en jugement, Lui faire un procès criminel. Ester en jugement, Être partie dans un procès. La femme ne peut ester en jugement sans l'autorisation de son mari.
• Jugement de Dieu, Dessein, décret de la justice, de la providence, de la miséricorde divine. Les secrets jugements de Dieu. C'est un juste jugement de Dieu. Adorer les jugements de Dieu. Par un jugement de Dieu. Dieu, dont les jugements sont impénétrables.
• Jugement de Dieu, se dit particulièrement de Preuves extraordinaires, comme le duel, l'épreuve du feu, du fer chaud, etc., auxquelles on recourait anciennement pour décider certaines contestations.
• Le jugement dernier, Le jugement par lequel Dieu jugera les vivants et les morts, à la fin du monde. On dit dans le même sens, Le jugement universel, le grand jugement, le jugement final; et absolument, Le jugement, surtout dans ces locutions, Le jour du jugement, la trompette du jugement, etc.
• Jugement particulier, Celui par lequel Dieu juge les âmes aussitôt après la mort.
• JUGEMENT, se dit aussi d'Un acte de l'entendement par lequel on décide qu'il y a ou qu'il n'y a pas convenance entre deux idées. En logique, tout jugement qu'on exprime est une proposition. Faire un faux jugement.
• Se dit également pour Avis, sentiment, opinion. Je me rends à votre jugement. On ne s'en rapporte pas à votre jugement. J'en demeure, je m'en tiens à votre jugement. Porter, donner son jugement sur quelque chose, sur un écrit, sur un ouvrage, sur un auteur. Asseoir, fonder son jugement sur... Je l'ai fait revenir sur son premier jugement. La postérité a réformé le jugement des critiques, elle a confirmé leur jugement. Le jugement de l'histoire.
• Il signifie pareillement, L'approbation ou la condamnation de quelque action morale. Vous pensez mal de votre prochain, vous en faites de mauvais jugements, des jugements téméraires. Un jugement favorable, charitable.
• Il signifie encore, La faculté de l'entendement qui compare et qui juge. Il a le jugement bon, le jugement solide, le jugement sain. Il a du jugement. Le jugement lui manque. Il manque de jugement. C'est un homme de bon jugement, de grand jugement. C'est un homme sans jugement, dénué, destitué, dépourvu de jugement. Il a de l'esprit, mais il n'a point de jugement. Sa passion lui ôte le jugement. Si vous croyez cela, vous ferez tort à votre jugement. Je trouve, selon mon jugement, que... Vous montrez que vous n'avez point de jugement, que vous êtes sans jugement. Il a perdu le jugement. Vous me feriez perdre le jugement. Former le jugement à un jeune homme.

JUGER . v. a.
• Décider une affaire, un différend en qualité de juge. Juger un procès. Quand jugerez-vous cette affaire? Bien juger. Mal juger. Juger définitivement. Juger précipitamment. Juger impartialement. Juger sur les pièces. Juger avec connaissance de cause. Juger contre droit et raison. Juger en dernier ressort. Juger les causes d'appel. Juger une requête civile. L'affaire est prête à juger, est en état d'être jugée, se jugera demain.
• Prov. et fig., Juger sur l'étiquette du sac, ou absolument, sur l'étiquette, Porter son jugement sur quelque affaire, sur quelque personne, sans avoir examiné les pièces, les raisons. Vous y allez bien légèrement, vous jugez sur l'étiquette du sac. Il ne faut pas juger sur l'étiquette.
• Juger une personne, Juger son procès. Je serai jugé demain. Je vous jugerai quand j'aurai vu les pièces. Juger par contumace. Il a été jugé, on l'a jugé à mort. On l'a jugé, il est absous. On dit dans un sens analogue, Dieu viendra juger les vivants et les morts.
• JUGER, signifie aussi, Décider comme arbitre, et comme étant choisi par ceux qui sont en différend. C'est notre arbitre, il nous jugera. Jugez-nous, je vous prie. Jugez ce coup-là. Je m'en rapporte à ce qu'il en jugera. Un coup difficile à juger. On l'emploie, dans le même sens, avec la préposition de. Regardez-nous jouer, vous jugerez des coups.
• Il signifie encore, absolument, Reconnaître la convenance ou la disconvenance de deux idées. Dès que l'enfant est en état de raisonner et de juger.
• Il signifie souvent, Se former, avoir, énoncer un avis, une opinion sur une personne ou sur une chose. Vous jugez cet homme trop sévèrement. Vous le jugez bien, c'est un vrai fripon. Vous me jugez fort mal, si vous avez une telle opinion de moi. Je l'ai jugé tel au premier abord. Juger un ouvrage, un tableau, une pièce de théâtre. C'est là nous juger témérairement. Les préventions nous empêchent de juger sainement. On l'emploie avec le pronom personnel, soit comme verbe réfléchi, soit comme verbe réciproque. Il se juge lui-même très-sévèrement. Nous nous jugeons rarement comme les autres nous jugent. Ce poëte s'est jugé lui-même dans sa préface. Ils ne se jugeaient pas l'un l'autre bien favorablement.
• S'emploie souvent aussi, dans le sens qui précède, avec la préposition de, ou un équivalent. Juger des gens sur l'apparence, sur la mine. Juger de la pièce par l'échantillon. Je ne pouvais pas bien juger de la distance. Pour mieux juger de la chose, pour mieux en juger. Il juge mal des événements, parce qu'il n'en connaît point les véritables causes. Juger sainement des choses. On dit dans un sens analogue: L'oeil juge des couleurs. L'oreille juge des sons. Etc.
• Il signifie particulièrement, Décider du défaut ou de la perfection de quelque chose. Il juge bien de la poésie, de la peinture. Il juge mal de ces sortes de choses, il ne s'y connaît point. J'en jugerais comme un aveugle des couleurs.
• Il signifie également, Décider en bien ou en mal du mérite d'autrui, de ses pensées, de ses sentiments, du motif de ses actions. Bien juger, mal juger de quelqu'un, ou de ses actions. Juger mal de son prochain. Il faut toujours bien juger de tout le monde. Vous en jugez légèrement, témérairement. Jugez favorablement de lui. Absolument: Ne jugez point, si vous ne voulez être jugé. Jugez équitablement.
• Juger d'autrui par soi-même, Estimer les sentiments d'autrui par les siens. Jugez d'autrui par vous-même, et Voyez si vous seriez bien aise qu'on se conduisît ainsi avec vous.
• JUGER, signifie aussi, Conjecturer. Si j'en juge par ce premier essai, nous réussirons. Je jugeai, à son air, qu'il était fort inquiet. Il n'est pas difficile de juger ce qui en arrivera. Je jugeai que telle chose arriverait. Que jugez-vous de cela? Je ne sais qu'en juger.
• Au Jeu de paume, Juger la balle, Prévoir où la balle doit tomber; et, figurément et familièrement, Prévoir quel tour une affaire prendra.
• JUGER, signifie encore, Croire, estimer que, être d'avis, d'opinion que, etc. Si vous jugez qu'il puisse remplir cette mission. Si vous jugez qu'il en soit capable. Si vous l'en jugez digne. Le parti que vous jugerez le meilleur, le plus convenable. Que jugez-vous que je doive faire? Je juge qu'il conviendrait de partir. Il n'a pas jugé à propos de s'y trouver. Jugez-vous cela nécessaire? On a jugé nécessaire d'y pourvoir de bonne heure. On l'emploie aussi avec le pronom personnel, soit comme verbe réfléchi, soit comme verbe réciproque. Vous en jugez-vous capable? Ils se jugèrent faits l'un pour l'autre.
• Il signifie aussi, Se figurer, s'imaginer. Vous jugez, vous pouvez bien juger qu'il n'en fut pas fort content. Jugez combien je fus surpris. Jugez un peu de ma surprise. Jugez si je fus ravi de le voir. Jugez quelle fut ma joie. Il est aisé de juger d'où cela part.
• JUGÉ, ÉE. participe, En Jurispr., La chose jugée, se dit d'Un point de contestation qui a été jugé par les tribunaux. Il y a chose jugée quand... Le respect dû à la chose jugée. L'autorité de la chose jugée.
• Jugement passé en force de chose jugée, Décision qui ne peut plus être réformée par aucune voie légale, attendu que la partie condamnée ne s'est pas pourvue dans le délai fixé.
• Bien jugé, mal appelé; mal jugé, bien appelé. Formules employées dans les arrêts, quand un juge supérieur confirme ou casse la sentence d'un juge subalterne. On dit substantivement, dans le même sens, Le bien jugé. Maintenir le bien jugé.

JUGULAIRE . adj. des deux genres
• T. d'Anat. Qui appartient à la gorge. Les glandes jugulaires. Fosse jugulaire. Veines jugulaires.
• Il se prend quelquefois substantivement au féminin, et se dit Des veines jugulaires. Les jugulaires. On l'a saigné à la jugulaire.
• JUGULAIRE, substantif, se dit aussi, dans le langage ordinaire, Des mentonnières d'un shako, d'un casque, etc., qui sont de cuir, et recouvertes de lames de métal. Baisser, relever les jugulaires d'un shako.

JUIF
, IVE. adj. et s.
• Celui, celle qui professe la religion judaïque. Il est juif. Elle est juive. Un marchand juif. Les juifs de Pologne, d'Allemagne, de France. Une juive.
• Prov., Être riche comme un juif, Être fort riche.
• Le Juif errant, Personnage imaginaire que l'on suppose condamné à errer jusqu'à la fin du monde.
• Fig. et fam., C'est le Juif errant, se dit D'un homme qui change souvent de demeure, qui voyage sans cesse.
• JUIF, se dit aussi, figurément et familièrement, de Celui qui prête à usure ou qui vend exorbitamment cher, et en général de Quiconque cherche à gagner de l'argent par des moyens injustes et sordides. C'est un juif, il prête à quinze pour cent. Vous êtes un juif, un vrai juif.

JUILLET .s.m.
• (On mouille les L.) Le septième mois de l'année. Au mois de juillet. Le premier, le deux de juillet. Le premier, le deux juillet. Il est né en juillet. À la mi-juillet.

JUIN .s.m.
• Le sixième mois de l'année. Au mois de juin. Le premier, le deux de juin. Le premier, le deux juin. À la mi-juin.

JUIVERIE . s. f.
• Quartier d'une ville habité par les juifs. La juiverie de Metz.
• JUIVERIE, se dit aussi, familièrement, d'Un marché usuraire. C'est une vraie juiverie. Il m'a fait une juiverie.

JUJUBE . s. f.
• Le fruit du jujubier, qui consiste en un noyau à deux loges renfermé dans une enveloppe pulpeuse, et qui s'emploie fréquemment en médecine comme pectoral et adoucissant. Pâte de jujube.

JUJUBIER .s.m.
• .Bot. Arbre de la même famille que le houx et le fusain, dont le bois tortueux est armé de fortes épines. Le jujubier croît naturellement en Provence et dans les autres contrées méridionales.

JULE .s.m.
• T. d'Entomologie. Voyez IULE.

JULE .s.m.
• Nom d'une monnaie qui a cours en Italie, et surtout à Rome. Le jule vaut environ trente centimes, et tire son nom du pape Jules II.

JULEP .s.m.
• (On prononce le P.) .Médec. Potion adoucissante que l'on administre particulièrement la nuit. Julep rafraîchissant. Julep cordial. Julep somnifère. Donner, prendre un julep, des juleps.

JULIENNE . adj. f.
• .Chronologie. Se dit De l'année commune de trois cent soixante-cinq jours, ou bissextile de trois cent soixante-six, ainsi que De la correction qui a introduit les années bissextiles, suivant le calendrier de Jules César. Année julienne. Correction julienne.
• Période Julienne, Espace de temps qui renferme sept mille neuf cent quatre-vingts ans, et qui résulte de la multiplication des trois cycles ordinaires, c'est-à-dire, le cycle solaire, le cycle lunaire, et l'indiction. Scaliger est l'inventeur de la période Julienne.

JULIENNE . s. f.
• .Bot. Genre de plantes crucifères, qui se rapprochent beaucoup des giroflées, et dont plusieurs espèces sont employées en médecine, ou cultivées dans les jardins d'agrément.

JULIENNE . s. f.
• .Cuisine. Potage fait avec plusieurs sortes d'herbes et de légumes. Servir une julienne. On dit aussi, Potage à la julienne.

JUMART .s.m.
• Animal qu'on supposait engendré soit d'un taureau et d'une ânesse, ou d'un âne et d'une vache, soit d'un cheval et d'une vache, ou d'un taureau et d'une jument.

JUMEAU
, ELLE. adj.
• Se dit De deux ou de plusieurs enfants nés d'un même accouchement. Deux frères jumeaux. C'est sa soeur jumelle. On le dit quelquefois en parlant Des animaux. Deux chiens jumeaux.
• Il est souvent substantif. Elle accoucha de deux jumeaux, de trois jumeaux. C'est un jumeau.
• JUMEAU, se dit aussi Des fruits quand il s'en trouve deux joints ensemble; et alors il ne s'emploie jamais que comme adjectif. Une pomme jumelle. Des abricots jumeaux. Des cerises jumelles. Cette noix est jumelle. Amande jumelle. Des grains de raisin jumeaux.
• Lits jumeaux, Deux lits de même forme et de même dimension, placés parallèlement dans la même pièce.
• En termes d'Anat., Muscles jumeaux, ou substantivement, Jumeaux, se dit de Deux petits muscles qui concourent au mouvement de la jambe; et, Artères, veines jumelles, nerfs jumeaux, de Certaines artères, etc., qui aboutissent, qui se perdent dans les muscles jumeaux.

JUMELÉ
, ÉE. adj.
• .Blason. Se dit D'un sautoir, d'un chevron, de toute pièce formée de deux jumelles.

JUMELLES . s. f. pl.
• .Charpenterie. Se dit de Deux pièces de bois montantes qui entrent dans la composition d'un pressoir.
• Se dit en général, dans presque tous les Arts, de Deux pièces de bois ou de métal qui sont semblables, et qui entrent dans la composition d'une machine ou d'un outil. Les jumelles d'une presse de bois, d'un tour. Les jumelles d'un étau. Etc.
• JUMELLES, en termes de Blason, se dit de Deux petites fasces, bandes, barres, etc., parallèles, qui n'ont que le tiers de la largeur ordinaire.
• JUMELLES, se dit aussi d'Une espèce de double lorgnette, dont on se sert principalement au spectacle.

JUMENT . s. f.
• Cavale, la femelle du cheval. Bonne, grande, petite, belle jument. Jument poulinière. Jument de haras. Être monté sur une jument. Monter une jument. Jument pleine. Cette jument fait, porte de beaux poulains.
• Prov., fig. et pop., Jamais coup de pied de jument ne fit mal à cheval, Un galant homme ne s'offense point de recevoir un coup ou une injure d'une femme.

JUNON . s. f.
• T. d'Astron. Planète qui est entre Vesta et Cérès, et qui fait sa révolution autour du soleil en mille cinq cent quatre-vingt-onze jours.

JUNTE . s. f.
• Nom qu'on donne à différents conseils, en Espagne et en Portugal. Junte sanitaire. La junte du commerce. La junte apostolique. La junte suprême.

JUPE . s. f.
• La partie de l'habillement des femmes qui descend depuis la ceinture jusqu'aux pieds. Jupe de dessus. Jupe de dessous. Jupe de serge. Jupe de taffetas, de satin, etc. Corps de jupe. Cette femme met deux, trois jupes. Sous la jupe. Lever sa jupe. Troussez vos jupes.

JUPITER .s.m.
• (On prononce l'R.) T. d'Astron. Planète qui est entre Pallas et Saturne, et qui fait sa révolution autour du soleil en quatre mille trois cent trente-trois jours. Quand Jupiter est en conjonction avec Saturne... Les satellites de Jupiter. Jupiter est la plus grosse des planètes. Les bandes de Jupiter. Les taches de Jupiter.
• JUPITER, est aussi Le nom de l'étain, en termes d'Alchimie.

JUPON .s.m.
• Courte jupe que les femmes mettent sous les autres jupes. Jupon de ratine, de basin, etc. Jupon piqué.

JURANDE . s. f.
• La charge de juré d'un métier, ou Le temps pendant lequel on l'exerçait. Passer par la jurande. Pendant sa jurande. Les jurandes ont été abolies en France.
• Il signifiait aussi, Le corps des jurés. La jurande était assemblée.

JURAT .s.m.
• Nom que l'on donnait aux consuls ou échevins de Bordeaux. Les jurats de Bordeaux. Le premier jurat. La livrée, le chaperon des jurats. Faire des jurats. Élire des jurats.

JURATOIRE . adj.
• .Jurispr. Il n'est usité que dans cette locution, Caution juratoire, Serment que fait quelqu'un en justice de représenter sa personne, ou de rapporter quelque chose dont il est chargé. On l'a élargi à sa caution juratoire. Il a eu main-levée sur sa caution juratoire. Il a reçu l'usufruit des meubles sous sa caution juratoire.

JURÉ
, ÉE. adj.
• Il se disait autrefois, dans les Corporations, De celui qui avait fait les serments requis pour la maîtrise. Chirurgien juré. Écrivain juré. Juré vendeur de marée, de volaille. Juré crieur. Jurée lingère.
• Il se disait aussi, dans les Corps d'artisans, Des hommes qui étaient préposés pour faire observer les statuts et règlements à ceux de leur métier. Les maîtres jurés. Dans ce sens, il s'employait quelquefois substantivement. La visite des jurés. Il était juré de sa communauté. Il fut fait juré.
• Écolier juré, se disait autrefois de Celui qui avait fait ses études de philosophie dans l'université, et qui en avait le certificat, pour être ensuite reçu maître ès arts.
• JURÉ, se dit aujourd'hui, substantivement, de Chacun des citoyens appelés à prononcer sur l'existence d'un délit, d'un crime, et sur la part que l'accusé y a prise. Les jurés ne sont juges que du fait. La liste des jurés pour telle session. Tirer au sort le nom des douze jurés auxquels une affaire doit être soumise. Récuser un juré. Faire prêter serment aux jurés. Jugement par jurés.

JUREMENT .s.m.
• Serment qu'on fait en vain, sans nécessité et sans obligation. On ne vous croira pas, malgré tous vos jurements.
• Se dit plus ordinairement dans le sens de Blasphème, imprécation, exécration. Il fit d'horribles jurements. Proférer un jurement, un affreux jurement.

JURER . v. a.
• Affirmer par serment, en prenant Dieu, ou quelqu'un, ou quelque chose à témoin. Dieu en vain tu ne jureras. Jurer sa foi. Il jure son Dieu, sa foi, que...
• Il signifie quelquefois simplement, Assurer, certifier une chose. Je vous jure qu'il n'en est rien.
• Il signifie aussi, Blasphémer. Il ne fait que jurer le nom de Dieu. Jurer Dieu.
• JURER, signifie souvent, Confirmer, ratifier une chose par serment; ou S'engager par serment à quelque chose. Jurer la paix. Jurer l'alliance. Quand la paix fut jurée par les deux rois. Jurer fidélité. Jurer obéissance. Vous jurez de dire la vérité.
• Il signifie aussi, Promettre fortement, quand même ce serait sans jurer. Ils se sont juré une amitié éternelle. Il lui avait juré le secret. Jurer fidélité à son ami. Jurer une haine mortelle à quelqu'un.
• Il signifie également, Résoudre fermement une chose. Jurer la mort de quelqu'un, jurer sa ruine, sa perte. Ils ont juré de le perdre. J'ai juré qu'on ne m'y reprendrait plus.
• JURER, s'emploie souvent comme neutre, dans le sens d'Affirmer ou de s'engager par serment. Il en a juré par son Dieu et par sa foi. Il jure sur son honneur... Il faut le croire, puisqu'il en jure. En voudriez-vous bien jurer? Je n'en jurerais pas. Jurer sur les saints Évangiles, sur l'Évangile. Jurer sur les autels. Il a juré devant le juge. Je l'en ferai jurer. Jurer en levant la main. Il a juré faux. Jurer en vain.
• Prov., Il ne faut jurer de rien, Il ne faut jamais répondre de ce qu'on fera, ni de ce qui peut arriver.
• JURER, neutre, signifie aussi, Faire des serments sans nécessité, par emportement, ou par une mauvaise habitude. Il jure à tout propos. On ne croit pas ceux qui jurent tant.
• Il signifie également, Blasphémer. J'ai horreur de l'entendre jurer. Il vint à moi en jurant. Jurer comme un païen. Il jure comme un charretier, comme un charretier embourbé.
• JURER, neutre, se dit encore figurément De deux choses dont l'union est choquante. Le vert jure avec le bleu. Des airs évaporés jurent avec des cheveux gris. Des airs évaporés et des cheveux gris jurent ensemble.
• Se dit aussi D'un violon ou de quelque autre instrument, lorsqu'il rend un son aigre. Un violon qui jure sous l'archet.
• JURÉ, ÉE. participe, Ennemi juré, Ennemi irréconciliable et déclaré.

JUREUR .s.m.
• Celui qui jure beaucoup par mauvaise habitude ou par emportement. C'est un jureur, un grand jureur du nom de Dieu.

JURI .s.m.
• Voyez JURY.

JURIDICTION . s. f.
• Pouvoir du juge, de celui qui a droit de juger. Juridiction ecclésiastique. Juridiction laïque. Juridiction ordinaire. Juridiction contentieuse. Juridiction gracieuse. Cela est de votre juridiction, sous votre juridiction. Ces officiers-là n'ont point de juridiction. Exercer sa juridiction. Faire acte de juridiction. On lui a attribué la juridiction sur toute cette étendue de pays. Chaque juge peut défendre sa juridiction. Usurper la juridiction. Conflit de juridiction. Reconnaître la juridiction. Décliner la juridiction.
• Degré de juridiction, Chacun des tribunaux devant lesquels une même affaire peut être successivement portée. Cette affaire a passé par les deux degrés de juridiction. Le premier, le second degré de juridiction.
• JURIDICTION, signifie quelquefois, Le ressort, l'étendue du lieu où le juge a pouvoir de juger. La juridiction de cette cour est fort étendue. Cela est dans votre juridiction, hors de votre juridiction. Vous passez les limites de votre juridiction.
• Fig. et fam., Cela n'est point de votre juridiction, se dit À quelqu'un qui se mêle d'une chose qu'il n'entend pas.
• JURIDICTION, se dit aussi, quelquefois, Des corps mêmes de judicature. Ce juge appartient à telle juridiction. Les juridictions inférieures. Cette juridiction est bien, est mal composée.

JURIDICTIONNEL
, ELLE. adj.
• Qui est relatif à la juridiction. Droit, pouvoir juridictionnel.

JURIDIQUE . adj. des deux genres
• Qui se fait en justice, qui est conforme à la manière de procéder en justice. Sentence juridique. Cela n'est pas juridique. Intenter une action juridique. Procédure, acte juridique. Formes juridiques.

JURIDIQUEMENT . adv.
• D'une manière juridique. Une sentence prononcée juridiquement. Il faut y procéder juridiquement. Être condamné juridiquement à...

JURISCONSULTE .s.m.
• Celui qui est versé dans la science du droit et des lois, et qui fait profession de donner son avis sur des questions de droit. Savant jurisconsulte. Bon jurisconsulte. Les jurisconsultes romains. Les réponses des jurisconsultes. Nos jurisconsultes disent... Il n'est pas grand jurisconsulte.

JURISPRUDENCE . s. f.
• La science du droit et des lois. Il est savant en jurisprudence. Il entend, il sait la jurisprudence. Enseigner la jurisprudence. Termes de jurisprudence.
• Il signifie particulièrement, L'ensemble des principes de droit qu'on suit dans chaque pays ou dans chaque matière. La jurisprudence romaine. La jurisprudence française. La jurisprudence commerciale. Ce principe n'est point admis dans notre jurisprudence. Jurisprudence criminelle.
• Se dit aussi de La manière dont un tribunal juge habituellement telle ou telle question. La jurisprudence de la cour n'a jamais varié sur ce point. Jurisprudence constante. Jurisprudence des arrêts de la cour de cassation.

JURISTE .s.m.
• Celui qui écrit, qui a écrit sur les matières de droit. Tous les juristes disent que... C'est un savant juriste.

JURON .s.m.
• Certaine façon de jurer dont une personne se sert habituellement. Ventre-saint-gris était le juron de Henri IV. C'est son juron, son grand juron.
• Se dit aussi de Toute espèce de jurement. Lâcher un juron, un gros juron. Il est familier dans les deux sens.

JURY .s.m.
• (Quelques-uns écrivent, Juri.) .Jurispr. Criminelle. Le corps, la réunion des jurés. Se dit, soit de Tous les citoyens qui peuvent être jurés, soit de Tous les jurés désignés pour une session, ou seulement Des douze jurés auxquels une affaire est soumise. Former, dresser la liste générale du jury. Former la liste du jury pour telle session. Former le jury. Les membres du jury. Faire partie du jury. Le chef du jury auquel une affaire est soumise. La déclaration, la décision du jury.
• Jury d'accusation, Jury qui décide s'il y a lieu d'admettre une accusation. Jury de jugement, Jury qui décide si l'accusé est coupable des faits qui lui sont imputés. Nous n'avons en France que le jury de jugement.
• JURY, se dit quelquefois de L'usage de faire prononcer sur les faits criminels par des jurés. L'institution du jury. L'établissement du jury en France.
• JURY, se dit également de Certaines commissions chargées d'un examen particulier. Le jury de l'exposition des produits de l'industrie.

JUS .s.m.
• Suc, liqueur que l'on tire de quelque chose, soit par pression, soit par coction, soit par préparation. Jus de citron. Jus d'orange. Du jus d'herbes. Ces pommes ont bien du jus, rendent beaucoup de jus. Exprimer, tirer le jus. Le jus d'un gigot de mouton. Jus de viande. Cela est plein de jus. Le jus en est nourrissant. Des oeufs au jus.
• Prov., Le jus de la vigne, le jus de la treille, Le vin.
• Jus de réglisse, Le suc de la racine de réglisse préparé, soit en blanc, soit en noir. Du jus de réglisse anisé. Un bâton de jus de réglisse.

JUSANT .s.m.
• .Marine. Reflux de la marée. Ces navires attendent le jusant pour sortir du port. On dit, Flot et jusant, pour Flux et reflux.

JUSQUE . Préposition
• qui marque un certain terme au delà duquel on ne passe pas, qu'on n'excède point. Depuis la Loire jusqu'à la Seine. De Paris jusqu'à Rome. Depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte. Il alla jusqu'en Afrique. Jusqu'à ce que cela soit fait. Jusqu'à ce qu'on l'ait contenté. Jusqu'à la mort. On n'avait point vu cela jusqu'à cette heure, jusqu'ici, jusqu'à présent, jusqu'à notre temps. Lisez ce livre jusqu'au dixième feuillet, jusqu'au bout. Jusqu'où faut-il que j'aille? Jusque-là. Jusqu'à quel temps, jusqu'à quand souffrirez-vous que... Allons ensemble jusqu'à tel endroit. Ils en vinrent jusque-là qu'on crut qu'ils s'allaient battre. Jusque sur le trône. Jusque dans les enfers. Jusque par-dessus la tête. Jusqu'au revoir. Jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à concurrence de telle somme. On écrit quelquefois, Jusques, avec une s à la fin, quand une voyelle suit; et l'on fait sentir la liaison. Jusques au ciel. Cette nouvelle n'était pas encore venue jusques à nous. Jusques à quand?
• Fam., Jusqu'à tant que, se dit quelquefois pour Jusqu'à ce que.
• JUSQUE, marque aussi quelque excès, quelque chose qui va au delà de l'ordinaire, soit en bien, soit en mal. Il aime jusqu'à ses ennemis. Ils ont tué jusqu'aux enfants. Il n'est pas jusqu'aux valets qui ne s'en mêlent. Tous les pères, jusqu'aux plus graves, jouent avec leurs enfants. Il salua tout le monde, jusqu'au moindre des valets. Il fait sa cour à tout le monde, jusqu'aux derniers commis des ministres.

JUSQUIAME . s. f.
• .Bot. Genre de plantes de la famille des Solanées, dont l'espèce commune, la Jusquiame noire, ou Hanebane, est vénéneuse, narcotique, d'une odeur désagréable, et s'emploie en médecine comme calmant.

JUSSION . s. f.
• Commandement. Il se disait autrefois de Lettres scellées, adressées par le prince aux juges d'une compagnie supérieure, ou d'une autre, pour leur enjoindre de faire quelque chose qu'ils avaient refusé de faire. La première, la seconde, la troisième jussion. Après trois jussions réitérées. Le roi envoya des lettres de jussion au parlement.

JUSTAUCORPS .s.m.
• Espèce de vêtement à manches qui descend jusqu'aux genoux et qui serre le corps. Justaucorps de drap. Justaucorps de velours. Justaucorps brodé.

JUSTE . adj. des deux genres
• Équitable, qui est conforme au droit, à la raison et à la justice. Un arrêt, une sentence juste. Rien de plus juste, assurément. Ce que vous me demandez n'est pas juste. Est-il juste de vouloir que... Il est juste que vous le dédommagiez. Cela est tout à fait juste et raisonnable. Juste punition. Juste récompense. Juste jugement de Dieu. On l'emploie quelquefois substantivement, au masculin. La science du juste et de l'injuste.
• Il signifie aussi, Fondé, légitime. Une juste colère. Un juste ressentiment. Je respecte une douleur si juste. Un juste orgueil. De justes prétentions. De justes espérances. De justes motifs d'espérer. De justes soupçons. De justes craintes.
• Se dit également Des personnes qui jugent ou qui agissent selon l'équité. Un prince juste. Ce magistrat est très-juste. Dieu est juste.
• Par exclamation, Juste Dieu! Juste ciel!
• JUSTE, signifie encore, Qui observe exactement les devoirs de la religion, qui unit la piété à la vertu. Un homme juste. Il était juste et craignant Dieu. Dans ce sens, on l'emploie souvent comme substantif. Dieu fait luire le soleil sur les justes et sur les pécheurs. Dieu est le protecteur du juste.
• Le séjour, la demeure des justes, Le paradis, le ciel.
• JUSTE, signifie aussi, Qui est exact, ou qui s'ajuste bien, qui convient bien, qui est tel qu'il doit être. Balance juste. La juste mesure. La juste proportion. Le juste poids. Juste prix. Calcul juste. Juste grosseur. Habit juste. Un son juste. Une cadence juste. Une voix juste. Expression juste. Métaphore juste. Comparaison juste. Avoir une idée juste de quelque chose. S'en faire une juste idée. Votre conjecture était juste.
• Cette montre, cette pendule, etc., est juste, Elle marque exactement l'heure.
• Prov., Cela est juste comme l'or, se dit De ce qui a précisément le poids, la qualité, etc., qu'il doit avoir.
• JUSTE, signifie quelquefois particulièrement, Qui a le caractère de la justesse et du bon sens. Cette pensée est plus brillante que juste. Réflexion, observation juste. Ce raisonnement est fort juste, est on ne peut plus juste.
• Il signifie également, Qui apprécie bien, qui juge des choses avec exactitude. Avoir l'oreille juste, le coup d'oeil juste. Cet homme a l'esprit juste. C'est un esprit très-juste.
• JUSTE, signifie en outre, Qui est plus court, plus étroit, etc., qu'il ne faut. Dans ce sens, il se dit surtout Des vêtements, et on ne l'emploie guère qu'avec les adverbes bien, trop, etc. Ce tailleur m'a fait mon habit bien juste. Voilà des souliers qui me sont trop justes. Ils sont si justes, que je ne puis les mettre. On dit adverbialement, Être chaussé trop juste, Avoir des souliers trop étroits.
• JUSTE, se dit aussi D'une arme de jet qui porte droit au but. Cette arbalète est juste. Ce fusil est très-juste.
• Se dit pareillement De celui qui tire, quand il donne au point où il vise. C'est un bon tireur, il est bien juste. Juste arquebusier. Cette acception vieillit.
• JUSTE, est quelquefois adverbe, et signifie, Dans la juste proportion, ou Exactement, comme il faut. Peser juste. Mesurer juste. Cela entre juste. Il chante juste. Il a deviné juste. Il raisonne juste. Il faut parler bien juste devant vous. Il tire fort juste.
• Il a aussi la signification de Précisément. Voilà tout juste l'homme qu'il nous faut. Il est arrivé juste à l'heure du dîner. N'est-ce pas là ce que vous me demandez? Juste, tout juste.
• AU JUSTE. loc. adv. Justement et précisément. Se dit Du prix, du nombre, du poids et de la mesure. Je vous dirai au juste ce que cela coûte, à combien cela me revient. Dites-m'en le prix au juste, au plus juste, tout au plus juste. Je voudrais savoir au juste le nombre des soldats. Je veux savoir au juste quel âge il a. Voyez au juste ce que cela pèse.

JUSTE .s.m.
• Habillement de paysanne.

JUSTEMENT . adv.
• Avec justice. Il a jugé justement. Il agit justement. Il a été puni justement.
• Il signifie aussi, Dans la juste proportion, ni plus ni moins qu'il ne faut, précisément. Voilà justement ce qu'il vous faut. Vous arrivez justement à l'heure qu'il faut. C'est justement cela. Vous entrez justement dans ma pensée.

JUSTESSE . s. f.
• Qualité de ce qui est juste, exact, convenable, tel qu'il doit être. Cette balance est d'une grande justesse, d'une extrême justesse. La justesse de la voix. La justesse des sons. La justesse d'une expression, d'une métaphore. La justesse d'une idée, d'une observation, d'un raisonnement. Des réflexions pleines de justesse.
• Se dit aussi de La qualité qui fait apprécier les choses d'une manière exacte. La justesse de l'oreille. La justesse du coup d'oeil. La justesse de l'esprit.
• Il signifie encore, La manière de faire une chose avec exactitude, avec précision, sans faute ni écart. Il tire de l'arquebuse, il vise avec beaucoup de justesse. Il joue du violon, il chante avec justesse. Il manie un cheval, il va sur les voltes avec une justesse parfaite. Il écrit, il pense, il parle avec beaucoup de justesse. Répondre avec justesse.

JUSTICE . s. f.
• Vertu morale qui fait que l'on rend à chacun ce qui lui appartient, que l'on respecte tous les droits d'autrui. La justice est la première des vertus. Ce prince gouverne avec justice. On vante sa justice. La justice règne dans ses conseils. Des actes de justice. Chacun le sien, c'est justice. Il n'y a point de justice à cela. Il se conduit avec justice et raison. Il a bien servi, il faut le récompenser; c'est justice. Cela est de toute justice.
• Justice commutative, Celle qui regarde le commerce, les ventes, etc., et qui, dans l'échange d'une chose contre une autre, oblige à rendre autant qu'on reçoit.
• Justice distributive, Celle par laquelle on adjuge à chacun ce qui lui appartient, on distribue les récompenses et les peines.
• JUSTICE, signifie aussi, Bon droit, raison. Ne comptez pas tant sur la justice de votre cause. J'ai la justice de mon côté. Il a reconnu la justice de mes prétentions. On le blâme avec justice.
• Il signifie encore, Le pouvoir de faire droit à chacun, de récompenser et de punir; ou L'exercice de ce pouvoir. La justice divine. La justice humaine. Avoir droit de justice. L'administration de la justice. Le garde des sceaux, ministre de la justice. Il y a bonne justice en ce pays. Bonne et briève justice. Prompte justice. Exercer la justice. La justice aura son cours. Les magistrats chargés par le souverain d'exercer la justice, de rendre la justice aux peuples. Toute justice émane du roi.
• Avoir justice d'un juge, Obtenir qu'il s'occupe de l'affaire, qu'il la juge.
• Déni de justice, Le refus qu'un juge fait de juger.
• Faire justice de quelqu'un, Punir, châtier, traiter quelqu'un comme il le mérite. Se dit au propre et au figuré. On à fait justice de ces brigands. Il en a fait une sévère justice. On dit de même, Faire justice de quelque chose, surtout au figuré. La comédie fait justice des ridicules et des travers de la société. L'opinion publique a fait prompte, a fait bonne justice de ces impostures, de ces doctrines absurdes, etc.
• JUSTICE, signifie particulièrement, L'action de reconnaître le droit de quelqu'un à quelque chose, d'accueillir sa plainte, etc.; et, dans une acception plus étendue, L'action d'accorder à une personne ce qu'elle demande et qu'il est juste qu'elle obtienne. Faire justice à quelqu'un. Soyez certain que l'on vous fera justice, que justice vous sera faite. Demander, obtenir justice. Se faire rendre justice. Ne vous pourVoyez pas à ce tribunal, car vous n'aurez pas de justice. Nous ne pouvons obtenir justice. On dit à peu près dans le même sens: Il n'y a plus de justice, il n'y a pas de justice en ce pays. N'y a-t-il donc plus de justice? Etc.
• Se faire justice à soi-même, Se venger soi-même, se payer par ses mains, etc., sans avoir recours aux voies ordinaires de la justice. On ne doit pas se faire justice à soi-même.
• Absol., Se faire justice, Se condamner quand on a tort. Examinez votre conduite, et faites-vous justice à vous-même. Personne ne se fait justice.
• Rendre justice à quelqu'un, lui rendre la justice qui lui est due, etc., Apprécier ses bonnes qualités, sa conduite, etc. Je lui rends justice, il a fait tout ce qu'il pouvait faire. Le public lui rendra tôt ou tard justice. Au fond de son coeur, il me rend justice, il me rend plus de justice. Les historiens n'ont pas rendu assez de justice à ce prince. On doit lui rendre cette justice, ou simplement, On lui doit cette justice. C'est une justice que j'aime à lui rendre. On dit aussi, Rendre justice au mérite, au courage, aux bonnes intentions de quelqu'un, etc.
• JUSTICE, désigne aussi Les tribunaux, les officiers et magistrats qui sont chargés d'administrer la justice. Les gens de justice. Un homme de justice. La justice en connaîtra. Déférer quelqu'un à la justice. Mettre en justice. Appeler en justice. La justice est descendue en tel endroit. La justice s'est saisie du corps. La justice est à sa recherche. Pour obéir à justice. Un homme repris de justice. Le garde des sceaux est le chef de la justice. Ce criminel a demandé pardon à Dieu et à la justice. De par le roi, la loi et justice. Sous le nom de Gens de justice, sont compris quelquefois les officiers inférieurs.
• Fam., Se brouiller avec la justice, S'exposer aux poursuites de la justice par quelque méfait. On dit dans un sens analogue, Ce qu'il a fait le brouillera, pourrait bien le brouiller avec la justice.
• JUSTICE, se prend aussi pour Juridiction. Justice civile. Justice criminelle. Justice militaire. Justice de paix.
• Justice seigneuriale, Celle qui s'exerçait au nom des seigneurs, et que l'on nommait aussi Justice subalterne, par opposition à La justice exercée au nom du roi, qu'on appelait Justice royale. On disait de même, La justice de ce seigneur, de cette terre s'étend sur tant de paroisses. Par extension, on appelait aussi Justice, Les fourches patibulaires. Ce seigneur avait tant de piliers à sa justice.
• Haute justice, La juridiction d'un seigneur dont le juge connaissait de toutes les affaires civiles et criminelles, excepté des cas royaux. Moyenne justice, La justice d'un seigneur dont le juge connaissait de toutes les actions civiles, mais ne pouvait juger au criminel que les délits dont la peine n'excédait pas soixante et quinze sous d'amende. Basse justice, Celle des seigneurs dont le juge connaissait seulement des droits dus aux seigneurs, des actions personnelles au civil jusqu'à soixante sous parisis, et des délits dont l'amende n'excédait pas dix sous parisis. Ce seigneur avait, dans sa terre, haute, moyenne, basse justice.
• JUSTICE, signifie encore, La rectitude que Dieu met dans l'âme par sa grâce. La justice originelle. Persévérer dans la justice.
• Il se prend aussi, dans le style de l'Écriture, pour L'observation exacte des devoirs de la religion. Accomplir toute justice. Souffrir persécution pour la justice. Marcher dans les voies de la justice. Des oeuvres de justice et de charité.

JUSTICIABLE . adj. des deux genres
• Qui doit répondre devant certains juges. Il est domicilié à Versailles, et par conséquent justiciable de la cour royale de Paris. Vous êtes justiciable de ce juge de paix.
• S'emploie aussi comme substantif. Je ne suis pas votre justiciable. Il fut regretté de tous ses justiciables.

JUSTICIER . v. a.
• (Il est de quatre syllabes. ) Punir quelqu'un d'une peine corporelle, en exécution de sentence ou d'arrêt. Il a été justicié. On en a justicié quatre.
• JUSTICIÉ, ÉE. participe

JUSTICIER .s.m.
• (Il n'est que de trois syllabes.) Celui qui aime à rendre, à faire justice. Ce prince était grand justicier.
• Il signifie aussi, tant adjectivement que substantivement, Celui qui a droit de justice en quelque lieu. Il en était seigneur justicier. Haut justicier.

JUSTIFIABLE . adj. des deux genres
• Qui peut être justifié. Sa conduite n'est pas justifiable. Ses procédés ne sont pas justifiables.

JUSTIFIANT, ANTE. adj.
• .Théologie. Qui rend juste intérieurement. Il n'est guère usité que dans ces deux locutions: La grâce justifiante. La foi justifiante.

JUSTIFICATIF, IVE. adj.
• Qui tend, qui sert à justifier quelqu'un, ou à prouver ce qu'on avance, ce qu'on allègue. Fait justificatif. Moyen justificatif. Mémoire justificatif. Titre justificatif. Pièce justificative. Le mémoire est accompagné des pièces justificatives. Les pièces justificatives d'une histoire, d'une relation, d'un rapport, etc.

JUSTIFICATION . s. f.
• Action de justifier quelqu'un, de se justifier; ou Les preuves qui servent à justifier. J'entreprendrai leur justification. Il sera reçu, admis à sa justification. Je veux travailler à ma justification. Publier sa justification. Ce mémoire contient ma justification. La justification de mes actes, de ma conduite. Après sa justification.
• Il signifie quelquefois, La preuve que l'on fait de quelque chose par titres, par témoins, etc. La justification d'un fait.
• Il signifie aussi, en termes de l'Écriture sainte, L'action et l'effet de la grâce pour rendre les hommes justes. La justification des hommes. La justification des pécheurs.
• JUSTIFICATION, en termes d'Imprimerie, signifie, La longueur des lignes. La justification est fixée invariablement dans le composteur de l'ouvrier. Justification ordinaire. Grande justification. Ce vers dépasse la justification.

JUSTIFIER . v. a.
• Montrer, prouver, déclarer que quelqu'un est innocent, qu'il ne mérite point de châtiment, de blâme. Il a été justifié de ce crime. Cela le justifie pleinement. Justifier la mémoire de quelqu'un. Vous ne parviendrez point à le justifier de cette faute, à le justifier. On le dit également en parlant Des actions, des paroles, etc. Je dois justifier ma conduite, mes actions. Vous ne sauriez justifier un tel procédé, une telle faute. On l'emploie aussi avec le pronom personnel. Je vous aiderai à vous justifier. On me reproche telle chose, mais je m'en justifierai. Je me justifierai de ce reproche, de ces imputations, de ces calomnies.
• Il signifie également, Faire qu'une chose soit juste, légitime. Les qualités du défunt justifient bien les regrets de ses amis. Il justifie, par sa conduite, la sévérité qu'on a déployée contre lui. L'intérêt public ne saurait justifier une telle violation des lois.
• Il signifie particulièrement, Prouver, faire voir qu'une chose n'était point fausse, erronée, mal fondée. On disait que ce conseil était dangereux, mais l'événement l'a justifié. Il n'a point justifié les espérances qu'on avait conçues de lui. Il a justifié ma confiance.
• Il signifie aussi, Montrer la vérité de ce qu'on avance, de ce qu'on allègue. Justifier un fait. Je vous justifierai le contraire. Je justifierai qu'il n'en est rien. J'ai avancé telle proposition, je puis la justifier par des passages de l'Écriture sainte, par les conciles, etc. Il justifiait sa noblesse de père en fils, depuis quatre cents ans, par de bons titres. C'est ce que vous ne sauriez justifier. On dit aussi, Justifier de quelque chose, mais seulement en termes de Jurisprudence. Il devra justifier de sa qualité. Il justifia du dépôt, en produisant un récépissé. Justifier de son hypothèque par le certificat du conservateur. Il en a justifié.
• Il signifie encore, Donner la justice intérieure. Dieu l'a justifié par sa miséricorde. Nous sommes justifiés par le sang de JÉSUS-CHRIST.
• JUSTIFIER, en termes d'Imprimerie, signifie, Donner à une ligne la longueur qu'elle doit avoir. Justifier une ligne. Cette ligne n'a pas été bien justifiée. Absolument, Cet ouvrier justifie avec exactitude.
• JUSTIFIÉ, ÉE. participe

JUTEUX, EUSE. adj.
• Qui a beaucoup de jus. Melon juteux. Pêche juteuse.

JUXTAPOSER (SE). v. pron.
• .Physique. Se dit Des molécules matérielles qui viennent se joindre successivement à d'autres déjà réunies en une masse sensible. Un minéral croît par l'agrégation successive de molécules qui se juxtaposent.
• JUXTAPOSÉ, ÉE. participe, Molécules juxtaposées.

JUXTAPOSITION . s. f.
• .Physique. Action des molécules qui se juxtaposent. Les cristaux qui se forment avec lenteur dans une dissolution tranquille, augmentent graduellement de volume par juxtaposition.

K ..s.m.
• Lettre consonne, la onzième de l'alphabet. On la nomme Ka suivant l'appellation ancienne et usuelle, et Ke suivant la méthode moderne. Un grand K. Un petit k.
• Cette lettre ne s'emploie guère que dans quelques noms propres, comme Stockholm, York, Locke, etc., et dans quelques mots tirés du grec ou des langues étrangères.

KABAK .s.m.
• .Relation. Nom que les Moscovites donnent à une espèce d'estaminet où l'on vend du vin, de la bière, de l'eau-de-vie, des cartes, etc.

KABIN .s.m.
• .Relation. Mariage en usage chez les mahométans, par lequel un homme épouse une femme pour un temps limité.

KAHOUANNE . s. f.
• Espèce de tortue dont l'écaille s'emploie dans les ouvrages de marqueterie.

KAKATOËS .s.m.
• (On prononce Kakatoua. Quelques personnes disent, par corruption, Katakoua.)
• T. d'Hist. nat. Sorte de perroquet remarquable par une huppe formée de longues plumes, jaunes ou rouges, qui se couchent et se redressent au gré de l'oiseau. Un kakatoës de la grande espèce.

KALI .s.m.
• .Bot. Nom que les Arabes donnent à la soude. Se dit particulièrement, en français, d'Une espèce de soude à feuilles épineuses qui croît abondamment sans culture sur les bords de lamer, dans les parties méridionales de l'Europe.

KAMICHI .s.m.
• T. d'Hist. nat. Grand oiseau noir de l'ordre des Échassiers, dont la tête est ornée d'une espèce de casque, et dont les ailes sont armées d'éperons. Le kamichi habite dans les marécages de la Guyane et du Brésil.

KAN .s.m.
• .Relation. Prince, commandant chez les Tartares, les Persans, etc. Le kan des Tartares. Le grand kan.
• KAN, se dit aussi d'Un lieu où les caravanes se reposent. Nous atteignîmes le kan avant la nuit.

KANDJAR .s.m.
• (Quelques-uns écrivent et prononcent, Kangiar.) Sorte de poignard à lame très-large, dont se servent les Asiatiques et les Africains.

KANGUROO .s.m.
• T. d'Hist. nat. Quadrupède de la Nouvelle-Hollande, remarquable par le volume de sa queue, sur laquelle il s'appuie en sautant, et par l'extrême longueur de ses membres postérieurs. Une peau de kanguroo.

KAOLIN .s.m.
• Nom chinois d'une terre qui entre dans la composition de la porcelaine.

KARABÉ .s.m. - Voyez CARABÉ.

KARAT .s.m. - Voyez CARAT.

KARATA .s.m.
•Espèce d'aloès qui croît en Amérique, et dont les sauvages tirent une sorte de fil qui leur sert à faire de la toile, des filets, des hamacs, etc.
• Se dit aussi d'Une autre espèce d'aloès fort commune aux Antilles et à la Jamaïque, dont le fruit, assez semblable à une prune, est d'un goût aigre-doux fort agréable.

KARMESSE . s. f. - Voyez KERMESSE.

KATAKOUA .s.m. - Voyez KAKATOËS.

KÉRATOPHYTE .s.m.
• Nom donné par les anciens naturalistes à toute production polypeuse dont la substance est transparente comme la corne.

KERMÈS .s.m.
• (On prononce l'S.) T. d'Hist. nat. Espèce de cochenille qui vit sur un petit chêne vert, et qui donne une belle teinture écarlate. Le kermès est aujourd'hui beaucoup moins employé pour la teinture que la cochenille du Mexique. Les anciens naturalistes prenaient le kermès pour une excroissance du chêne vert. Par opposition au sens qui suit, on dit, Kermès animal.
• KERMÈS, se dit aussi d'Une préparation rouge d'antimoine, qui est souvent employée en médecine comme expectorante, et qu'on nomme vulgairement Poudre des chartreux. Par opposition au sens qui précède, on dit, Kermès minéral.

KERMESSE ou KARMESSE. s. f.
• Nom qu'on donne, en Hollande et dans les Pays-Bas, à des foires annuelles qui se célèbrent avec des processions, et avec des mascarades, des danses et autres divertissements.

KILOGRAMME .s.m.
• Poids de mille grammes, équivalant à un peu plus de deux livres de l'ancien poids de marc. Cinq cents kilogrammes. On dit souvent par abréviation, dans le Commerce, Kilo. Cinquante kilos.

KILOLITRE .s.m.
• Mesure de capacité, qui contient mille litres.

KILOMÈTRE .s.m.
• Mesure itinéraire de mille mètres, qui vaut environ cinq cents toises, ou un quart de lieue ancienne. À deux kilomètres de distance.

KING .s.m.
• Se dit Des livres sacrés des Chinois, contenant la doctrine et la morale de Confucius. Les cinq Kings.

KININE . s. f. - Voyez QUININE.

KINO .s.m.
• Substance dure, opaque et d'un rouge foncé, qui s'emploie souvent en médecine comme tonique, et qui est fournie par un arbuste de la même famille que le caféier et le quinquina.

KIOSQUE .s.m.
• Mot emprunté du turc. Se dit de Certains pavillons dont on décore les jardins, les parcs, et qui sont dans le goût oriental.

KIRSCH-WASSER .s.m.
• Mot emprunté de l'allemand, qui signifie Eau de cerises, et qui se dit d'Une espèce d'eau-de-vie obtenue par distillation du suc des cerises sauvages. Une bouteille de kirsch-wasser. On dit souvent, par abréviation, Kirsch. Boire du kirsch. Un verre de kirsch.

KLEPHTE .s.m.
• Voyez CLEPHTE.

KNOUT .s.m.
• (On prononce le T.) Supplice usité en Russie, qui consiste à frapper le dos du patient avec un fouet dont les coups emportent la chair Le supplice du knout. Donner le knout.
• Se dit aussi Du fouet même. Le patient mourut sous les coups du knout.

KOPECK .s.m.
• Monnaie de cuivre, qui est en usage dans la Russie, et qui vaut à peu près quatre centimes de France. Cent kopecks font un rouble. Une pièce de dix kopecks, de cinq kopecks.

KORAN .s.m. - Voyez CORAN.

KOUAN .s.m.
• .Bot. Plante dont la graine sert à faire du carmin.

KREUTZER .s.m.
• Monnaie d'Allemagne, qui est la soixantième partie du florin.

KURTCHIS .s.m. pl.
• .Relation. Se dit, chez les Persans, d'Un corps de cavalerie composé de l'ancienne noblesse.

KYNANCIE . s. f. .Médec. Voyez CYNANCIE.

KYRIELLE . s. f.
• Litanie. Il est peu usité dans ce sens.
• Se dit, figurément et familièrement, d'Une longue suite de choses ennuyeuses ou fâcheuses. Une kyrielle d'invectives, de reproches. Une longue kyrielle d'injures. Une longue kyrielle de noms inconnus et barbares.

KYSTE .s.m.
• .Chirur. Membrane en forme de vessie qui renferme des humeurs ou autres matières contre nature. Extirper un kyste.

KYSTIQUE . adj. des deux genres
• .Chirur. Qui appartient, qui a rapport au kyste. Tumeur kystique.

KYSTOTOME .s.m. - Voyez CYSTOTOME.

KYSTOTOMIE . s. f. -Voyez CYSTOTOMIE.

 


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