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« The liberty
of speaking and writing guards our other liberties. (1808).
»
« La liberté de parler et
d'écrire est la gardienne de nos autres libertés. (1808).
»
« La libertad de hablar y
de escribir es la guardiána de nuestras otras libertades. (1808).
»
Thomas Jefferson, homme politique américain co-rédacteur de la
Déclaration d'Indépendance des États-Unis (1776), ambassadeur en France
(1784-1789), ami de La Fayette et troisième président des États-Unis de 1801 à
1809, né le 13 avril 1743 à Albermarle County, Virginie décédé
le 04 juillet 1826 à Monticello en Virginie.
ALA-OIF American
Library Association - Office of Intellectual Freedom
Article XIX
Global campaign for free expression
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FFE Feminists For free
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Réseau Voltaire Pour
la liberté d'expression
LIBERTÉ DE PENSER
PAR
VOLTAIRE
1764
Vers l’an 1707, temps-où les Anglais gagnèrent la bataille de Saragosse, protégèrent
le Portugal, et donnèrent pour quelque temps un roi à l’Espagne, milord Boldmind,
officier général, qui avait été blessé, était aux eaux de Barége. Il y rencontra
le comte Médroso, qui, étant tombé de cheval derrière le bagage, à une lieue et
demie du champ de bataille, venait prendre les eaux aussi. Il était familier de
l’inquisition ; milord Boldmind n’était familier que dans la conversation : un
jour, après boire, il eut avec Médroso cet entretien.
Boldmind
Vous êtes donc sergent des dominicains ? vous faites là un vilain métier.
Médroso
Il est vrai ; mais j’ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j’ai préféré
le malheur de brûler mon prochain à celui d’être cuit moi-même.
Boldmind
Quelle horrible alternative ! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des
Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et
qui, tout vainqueurs qu’ils étaient, ne s’arrogeaient pas le droit inouï de tenir
les âmes dans les fers.
Médroso
Que voulez-vous ? il ne nous est permis ni d’écrire, ni de parlcr, ni même de
penser. Si nous parlons, il est aisé d’interpréter nos paroles, encore plus nos
écrits. Enfin, comme on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées
secrètes, on nous menace d’être brûlés éternellement par l’ordre de Dieu même,
si nous ne pensons pas comme les jacobins. Ils ont persuadé au gouvernement que
si nous avions le sens commun, tout l’État serait en combustion, et que la nation
deviendrait la plus malheureuse de la terre.
Boldmind
Trouvez-vous que nous soyons si malheureux, nous autres Anglais qui couvrons les
mers de vaisseaux, et qui venons gagner pour vous des batailles au bout de l’Europe
? Voyez-vous que les Hollandais, qui vous ont ravi presque toutes vos découvertes
dans l’Inde, et qui aujourd’hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits
de Dieu pour avoir donné une entière liberté à la presse, et pour faire le commerce
des pensées des hommes ? L’empire romain en a-t-il été moins puissant parce que
Tullius Cicero a écrit avec liberté ?.
Médroso
Quel est ce Tullius Cicero ? Jamais je n’ai entendu prononcer ce nom-là la sainte
Hermandad.
Boldmind
C’était un bachelier de l’université de Rome, qui écrivait ce qu’il pensait, ainsi
que Julius Cesar, Marcus Aurelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneca, et
autres docteurs.
Médroso
Je ne les connais point ; mais on m’a dit que la religion catholique, basque et
romaine, est perdue, si on se met à penser.
Boldmind
Ce n’est pas à vous à le croire ; car vous êtes sûr que votre religion est divine,
et que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle(16). Si cela est,
rien ne pourra jamais la détruire.
Médroso
Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la
Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans
le malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les
hommes continuent à suivre leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt
à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l’enfer prévalent
jamais jusque-là, que deviendra le saint-office ?
Boldmind
Si les premiers chrétiens n’avaient pas eu la liberté de penser, n’est-il pas
vrai qu’il n’y eût point eu de christianisme ?
Médroso
Que voulez-vous dire ? je ne vous entends point.
Boldmind
Je le crois bien. Je veux dire que si Tibère et les premiers empereurs avaient
eu des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiens d’avoir des plumes
et de l’encre ; s’il n’avait pas été longtemps permis dans l’empire romain de
penser librement, il eût été impossible que les chrétiens établissent leurs dogmes.
Si donc le christianisme ne s’est formé que par la liberté de penser, par quelle
contradiction, par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd’hui cette liberté
sur laquelle seule il est fondé ? Quand on vous propose quelque affaire d’intérêt,
n’examinez-vous pas longtemps avant de conclure ? Quel plus grand intérêt y a-t-il
au monde que celui de notre bonheur ou de notre malheur éternel ? Il y a cent
religions sur la terre, qui toutes vous damnent si vous croyez à vos dogmes, qu’elles
appellent absurdes et impies ; examinez donc ces dogmes.
Médroso
Comment puis-je les examiner ? je ne suis pas jacobin.
Boldmind
Vous êtes homme, et cela suffit.
Médroso
Hélas ! vous êtes bien plus homme que moi.
Boldmind
Il ne tient qu’à vous d’apprendre à penser ; vous êtes né avec de l’esprit ; vous
êtes un oiseau dans la cage de l’inquisition ; le saint-office vous a rogné les
ailes ; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l’apprendre
; tout homme peut s’instruire : il est honteux de mettre son âme entre les mains
de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent ; osez penser par vous-même.
Médroso
On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion.
Boldmind
C’est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement
son avis, et la paix n’est point troublée ; mais si quelque protecteur insolent
d’un mauvais poète voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur
paraît mauvais, alors les sifflets se feraient entendre, et les deux partis pourraient
se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une fois à Londres. Ce sont ces
tyrans des esprits qui ont causé une partie des malheurs du monde. Nous ne sommes
heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son
avis.
Médroso
Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien.
Boldmind
Vous êtes tranquilles, mais vous n’êtes pas heureux ; c’est la tranquillité des
galériens, qui rament en cadence et en silence.
Médroso
Vous croyez donc que mon âme est aux galères ?
Boldmind
Oui ; et je voudrais la délivrer.
Médroso
Mais si je me trouve bien aux galères ?
Boldmind
En ce cas vous méritez d’y être.
François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778).
SAFE
Student Association for Freedom of Expression (MIT)
« Laissez-vous emprisonner, laissez-vous pendre, a dit notre maître Paul-Louis
Courier, mais publiez votre pensée. », Armand Carrel (1800-1836), Extrait
du dossier d'un prévenu (1835).
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