SOCIO-POLITICS AND TRADE-UNIONISM TRANSLATING DICTIONARY (SOCIAL DIALOGUE)
DICTIONNAIRE DE TRADUCTION DE SOCIO-POLITIQUE ET DU SYNDICALISME (DIALOGUE SOCIAL)
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LES GRÈVES QUELQUES MOTS AUX TRAVAILLEURS PAR NAPOLÉON ROUSSEL NICE 1871
Tous les patrons sont des égoïstes ! C'est vrai. Qui ne pensent qu'à s'enrichir aux dépens des pauvres ouvriers. J'en conviens. Ils nous traitent comme un vil troupeau. Combien faut-il à
la bête de foin pour vivre ? Tant. Ce n'est que trop vrai. Ils nous nourrissent juste assez pour que nous ayons la force de faire leur travail. S'ils voient que nous économisons trois francs par semaine, vite ils nous diminuent dix sous par jour. Cela s'est vu. Et puis ils sont fiers, durs comme des parvenus qu'ils sont. Oui, ils se font haïr et non respecter. Aussi nous voulons nous en affranchir. Et comment ? En devenant nos propres patrons nous-mêmes. Bien pensé ; mais comment vous y prendrez-vous ? Voici. Chacun versera ce qu'il pourra, et de cet argent nous monterons une fabrique dont nous serons nous mêmes les ouvriers. Bien imaginé. Nous aurons à la fois les bénéfices du maître et ceux du travailleur. C'est parfait. Mais en attendant que nous ayons assez de fonds, nous comptons sur un autre moyen. Lequel ? La grève. Aïe ! cela se gâte ! Mais les patrons s'entendent bien entre eux pour baisser les prix. Ne pouvons-nous pas nous entendre pour les faire monter ? Ils nous renvoient quand nous n'acceptons pas la baisse ; ne pouvons-nous pas cesser de travailler pour obtenir une hausse ? C'est selon. Si vous vous en tenez là , la simple grève,
je n'ai rien à dire. Je n'ai pas dit : C'est mauvais, mais seulement
: ça se gâte, car je sais ce qui va suivre. On va courir les rues
par bandes, on va vider bouteille pour s'échauffer la tête. Puis
l'on viendra débaucher ceux qui seront restés à l'ouvrage.
S'ils résistent, on les bouscule, on les frappe jusqu'à ce
qu'ils cèdent ; tout cela au nom de la liberté. Mais si on les empêche
de travailler aujourd'hui, pourquoi ne les y forcerait-on pas demain, toujours
au nom de cette même liberté ? Oui, mais avant d'en venir là , nous ferons peur aux maîtres. Comment ? D'abord, en ne travaillant pas pour eux, nous leur enlèverons leurs bénéfices. Oui, et en même temps vous perdrez vos journées, si bien qu'il y aura double perte : bénéfices du maître, journées de l'ouvrier. Tout ira un peu plus mal : l'ouvrier, sans le sou, pourra moins attendre ; le maître aura fait des pertes, il pourra moins supporter l'augmentation du salaire, et cette double difficulté risque finalement de retomber sur nous. Un moment ; nous n'attendrons pas jusque là . Si le patron ne cède pas, on lui casse les vitres... Oui, en attendant qu'on lui jette du pétrole ! N'avais-je pas raison de dire : ça se gâte ? La taquinerie de la grève ne conduit-elle pas à la violence et au crime ? Violence envers ses propres compagnons, crime envers ses patrons ? Quand l'usine sera démolie, un autre maître sera-t-il bien encouragé à la relever, au risque de la voir incendier un jour ? Que deviendront les commandes ? N'est-ce pas nous qui les aurons chassées vers les usines étrangères ? L'augmentation de salaire, obtenue, les fera-t-elle revenir ? Alors il faut se laisser plumer sans crier ? Je ne dis pas cela ; j'ai même accepté la grève paisible, bien que j'eusse préféré m'en passer ; mais enfin faisons-la, mais sans bamboche qui nous souille et nous ruine ; sans violence envers les camarades travailleurs, violences qui font de nous des tyrans-ouvriers, ce qui ne vaut pas mieux que des tyrans-maîtres, et enfin gardons-nous de porter la main sur la fabrique, qui non-seulement n'est pas notre propriété, mais qui est notre gagne-pain. Que penser d'un ouvrier qui, pour s'enrichir, brise ses outils, et qui, pour devenir plus libre, s'expose à la prison ? Car enfin il faudra bien finir par là. Si l'émeute l'emporte, plus d'ordre, plus de travail ; tout est fini. Si l'émeute est vaincue, où donc ira l'émeutier ? Alors que conseilles-tu donc ? D'abord, étudier tranquillement la question, appeler à cette étude des hommes capables ; proposer aux mîtres les solutions trouvées. S'ils n'en veulent pas, en appeler à l'opinion pour nous aider à nous émanciper en joignant les capitaux des acheteurs à ceux des ouvriers et devenir ainsi nos propres patrons. Enfin j'accepte tous les moyens qu'on voudra, pourvu qu'on ne tue pas la poule aux ufs d'or. Pourquoi ? Parce qu'elle ne pondra plus. Mais quels sont ces ufs d'or ? Le travail. Qui les produit ? Parbleu ! le coq et la poule. Mais qui est la poule ? L'usine. Et le coq ? L'ouvrier.
Napoléon Roussel (1805-1878). Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LB57-2775.
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D.R. BELAIR
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